Incendie de la mairie de Limoges : « Nous, élus du plateau de Millevaches, refusons les amalgames et les caricatures qu’on fait de notre territoire »

L’incendie de la mairie de Limoges, le 17 octobre, nous a tous, en tant qu’élus et élues du plateau de Millevaches, consternés et affectés. Une mairie est un bâtiment public, une maison commune, un lieu où les habitants et les habitantes peuvent trouver une aide, une écoute, un service public, parfois le seul restant dans nos petites communes rurales. Aussi, comme beaucoup d’autres élus en France, nous avons exprimé sans ambiguïté notre solidarité vis-à-vis des élus et des agents de Limoges en nous joignant aux divers rassemblements appelés par les associations de maires. Or le 18 octobre, le maire Les Républicains (LR) de Limoges, Guillaume Guérin, au côté de David Lisnard, le maire ex-LR de Cannes et président de l’Association des maires de France, a accusé « l’ultragauche française, celle qui vit toute l’année pour partie repliée dans les localités du plateau de Millevaches » d’avoir incendié la mairie. Ces accusations ont ensuite été largement reprises par un certain nombre de médias, M. Lisnard allant jusqu’à parler de « l’existence de camps d’entraînement de terroristes d’extrême gauche » sur le plateau et le député creusois Union des droites pour la République Bartolomé Lenoir surenchérissant sur « la complicité de certains élus » locaux. Nous, élus de ce territoire, sommes choqués par ces propos accusatoires qui sont tenus alors que l’enquête sur l’incendie de la mairie de Limoges vient à peine de commencer et qu’aucune preuve ne vient les étayer. Nous refusons les amalgames et les caricatures qu’on fait de notre territoire. Nous contestons fermement ces dénonciations infondées, qui attaquent les élus mais aussi les habitants du plateau des Millevaches. Dans leur quotidien et leur travail, ces habitants s’efforcent de concrétiser le vivre-ensemble et de valoriser notre territoire, dans des conditions parfois difficiles, liées à notre ruralité montagnarde et à un contexte de désengagement de l’Etat.
Pluralité des opinions
Comme partout, nous avons sur nos communes des personnes de sensibilités politiques diverses et, bien sûr, des personnes que l’on peut qualifier d’extrême gauche (et d’autres d’extrême droite, du reste). Cela ne fait pas automatiquement d’elles les incendiaires de la mairie de Limoges. La pluralité des opinions politiques, même extrêmes, fait encore partie du fonctionnement démocratique. Nous rappelons à MM. Guérin, Lisnard et Lenoir, ainsi qu’aux personnes qui reprennent leurs accusations, que, dans ces circonstances dramatiques, des élus responsables doivent se montrer dignes d’un fonctionnement républicain et non partisan, ne pas instrumentaliser des événements au bénéfice de leurs stratégies électorales et politiciennes, et respecter des élus issus d’élections démocratiques, ainsi que les habitants de notre territoire. Nous refuserons toujours la stigmatisation, qui plus est quand les propos relèvent de l’affabulation, de la paranoïa ou du délire. Non, il n’y a pas de « camps d’entraînement » sur le plateau de Millevaches. Non, nous, élus, ne sommes pas « complices » d’improbables bases arrière terroristes. Non, les participants à ce mouvement social ne peuvent être caricaturés de manière méprisante comme « de jeunes écervelés » ou des « bourgeois croyant faire la révolution ». Ces clichés oblitèrent ce qui demeure le plus important : ce qui s’est déroulé le 17 octobre l’a été dans le cadre d’un mouvement social de très grande ampleur qui porte des revendications légitimes d’une très grande partie de la population. Comme partout ailleurs en France, le plateau de Millevaches connaît des difficultés liées au manque d’emploi ou au manque de logement, à l’éloignement des services publics, aux coûts de la mobilité et du chauffage, aux dégradations des conditions de vie. Ces sujets, aucune polémique politicienne ne devrait les éclipser. Ils concernent chacune de nos collectivités où les habitants et les habitantes souhaitent simplement vivre dignement. Signataires : Sophie Bezeau, maire de L’Eglise-aux-Bois (Corrèze) ; Philippe Brugère, maire de Meymac (Corrèze) ; Olga Boudin, maire de Lacelle (Corrèze) ; Anthony Buys, maire de Royère-de-Vassivière (Creuse) ; Olivier Cagnon, maire de Felletin (Creuse) ; Romain Chaumeil, maire de Saint-Yrieix-le-Déjalat (Corrèze) ; Nicolas Derieux, maire de Saint-Martin-Château (Creuse) ; Jean-Paul Gaulier, maire de Faux-la-Montagne (Creuse) ; Fabienne Gustin, maire de Toy-Viam (Corrèze) ; Benjamin Simons, maire de Gentioux-Pigerolles (Creuse). La liste complète des signataires est à retrouver ici.