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Incendie de la mairie de Limoges : le plateau de Millevaches, cette «base arrière» de l’ultragauche qui est dans le viseur des élus locaux

Le Figaro · 21/10/2026 · ← revue

Incendie de la mairie de Limoges : le plateau de Millevaches, cette «base arrière» de l’ultragauche qui est dans le viseur des élus locaux RÉCIT - Depuis l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges, les regards se tournent vers ce territoire rural du Limousin où la mouvance radicale a pris racine il y a près de vingt ans. Le député de la Creuse Bartolomé Lenoir réclame la dissolution des groupes et dénonce la complicité de certains élus.

« L’ultragauche française , celle qui vit toute l’année pour partie repliée dans les localités du plateau de Millevaches. » Au lendemain de l’incendie qui a ravagé l’hôtel de ville de Limoges, samedi, le maire LR Guillaume Guérin n’a pas cherché bien loin les coupables. « Il s’agit sans doute de zadistes du plateau de Millevaches et d’autres types de black blocs venus des territoires périphériques », a-t-il avancé. Avant de trancher : « C’est signé. C’est l’ultragauche anarchiste. » À une heure de route à l’est de la préfecture de la Haute-Vienne, le plateau s’étire à cheval sur la Creuse, la Corrèze et la Haute-Vienne. Entre forêts de résineux, landes et tourbières, on y compte moins de dix habitants au kilomètre carré. Mais derrière le paysage pastoral, au bord des routes, les murs racontent autre chose : « Acab », « Police partout, justice nulle part », « Plateau, réveille-toi »… Ces dernières années, les tags ont essaimé, traces les plus visibles de l’implantation de militants radicaux.

Une présence militante qui remonte à près de 20 ans

Tout commence en 2008 avec l’affaire de Tarnac, ce village corrézien dont plusieurs habitants avaient été soupçonnés d’avoir saboté des caténaires de lignes TGV, avant d’être pour l’essentiel relaxés dix ans plus tard. La ministre de l’Intérieur de l’époque, Michèle Alliot-Marie, les rattachait déjà à l’ultragauche. Depuis, la mouvance a resurgi au gré des faits divers et s’attire régulièrement des accusations. Comme en novembre 2022, quand le parcours de l’En’duo du Limousin, une course d’enduro, avait été défléché, égarant des pilotes dont plusieurs avaient fini en hypothermie. L’ancien député LREM de la Creuse Jean-Baptiste Moreau avait alors dépeint sur Twitter une « ultragauche néofasciste en train de s’enkyster, de parasiter et de métastaser sur le plateau tel un cancer ». L’élu, en janvier 2020, avait été contraint de délocaliser une cérémonie de vœux prévue à Felletin, après des menaces venant de l’ultragauche. On retrouve aussi ces militants à Notre-Dame-des-Landes ou à Sainte-Soline, où une barricade arborait le nom du plateau. En 2021, après l’incendie d’un émetteur aux Cars, qui avait privé plus de 1 million de personnes de radio et de télévision, la directrice de l’école de Gentioux-Pigerolles, commune du Plateau, figurait parmi les six interpellés. Elle a obtenu un non-lieu en décembre 2025. Ce mardi, le Raid a interpellé à Val-d’Issoire, dans le nord-ouest de la Haute-Vienne, un homme de 34 ans fiché S pour son appartenance à l’ultragauche, soupçonné d’avoir participé à l’incendie de la mairie de Limoges. Aucun lien avec le Plateau n’est établi à ce stade. Mais, pour un habitant de la zone, rompu aux échanges houleux avec ses nouveaux voisins, le doute est mince. « Je ne serais pas surpris que le gars qui a mis le feu à la mairie de Limoges soit lié de près ou de loin à la mouvance du Plateau. Ils se connaissent tous de toute manière. » Ce sont des colons, des néoruraux, des bourgeois, qui viennent imposer leur mode de vie aux autres, dans la violence et l’insulte

Un habitant du plateau de Millevaches

David Lisnard, présent à Limoges ce dimanche, a lui aussi pointé du doigt ce territoire limousin dont les habitants pourraient avoir leur part de responsabilité dans les violences. Il souligne qu’il y a « un certain nombre d’ex-zadistes de Notre-Dame-des-Landes, de black blocs, parfois même venant de l’étranger, qui se retrouvent dans certains villages ». Selon le maire de Cannes, ces « individus » « se regroupent, s’entraînent à la guérilla urbaine, acquièrent du matériel, qui est du matériel lourd, d’attaque ». Une source proche des renseignements territoriaux le confirme : « Ça se développe petit à petit, avec le soutien de certains élus politiques. » Le phénomène n’a rien de nouveau pour les services de l’État et fait l’objet d’une surveillance étroite. Avant les déplacements d’Emmanuel Macron dans la Creuse, en janvier puis en septembre 2022, les renseignements territoriaux avaient adressé à l’Élysée une note classant ce secteur parmi les zones potentiellement à risques. Sur place, cette effervescence militante crispe une partie des habitants. « Ce sont des colons, des néoruraux, des bourgeois, qui viennent imposer leur mode de vie aux autres, dans la violence et l’insulte, rapporte l’un d’entre eux. J’ai peur qu’un jour ça se termine mal. Car, ici, des personnes ont un fusil. » Quand je vais là-bas, je dois prévenir les gendarmes en amont et j’ai déjà été la cible d’antifas. Cette bataille, elle existe, elle est très réelle.

Bartolomé Lenoir, député de la Creuse (UDR)

Élu député de la Creuse en 2024 sous l’étiquette UDR, allié du RN, Bartolomé Lenoir en a fait son cheval de bataille. En novembre 2024, il interpellait déjà le gouvernement sur un centre de vacances du comité d’entreprise d’Enedis, loué à une association prônant une société « post-apocalyptique ». « La Creuse pourrait devenir une nouvelle ZAD, le risque est bien réel », alertait-il. Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, avait admis la présence de militants radicaux, sans parler encore de ZAD. Depuis samedi, l’élu creusois ne décolère pas. « J’ai fait plusieurs saisines au ministre de l’Intérieur actuel. Sur ces différents sujets-là, c’est insupportable. Ils se planquent sur le plateau de Millevaches et c’est une base arrière. C’est une évidence. » Le parlementaire confie vivre dans ce climat au quotidien. « Quand je vais là-bas, je dois prévenir les gendarmes en amont et j’ai déjà été la cible d’antifas. J’avais été menacé de mort à l’époque. Cette bataille, elle existe, elle est très réelle. » » LIRE AUSSI - Bartolomé Lenoir : « Quand le carburant devient un luxe, on ne va plus chez le médecin » Pour lui, l’incendie de Limoges doit ainsi servir d’électrochoc. « Ce qui vient de se passer permet une prise de conscience sur cette réalité. Ça fait deux ans qu’on crie dans le vide, et il ne se passe rien. » Il réclame des mesures radicales. « Maintenant, il faut dissoudre ces groupes, aller sur place, et arrêter de croire que c’est parce qu’ils sont là-bas qu’on peut les surveiller. Il faut les empêcher d’aller dans nos campagnes car ils ont une volonté de les occuper. Leur objectif est de nous imposer leur mode de vie et de transformer la Creuse. Il faut dissoudre ces groupes antifas. » Bartolomé Lenoir pointe également la « complicité de certains élus », ciblant explicitement La France insoumise dont la représentante locale, Catherine Couturier, avait été élue députée en 2024. Depuis plusieurs élections, la mouvance lorgnerait désormais sur les conseils municipaux. Certains édiles limousins fustigent « des communes trop conciliantes » face aux squats de résidences secondaires. Partie du sud de la Creuse, la contestation gagne, selon Bartolomé Lenoir, tout le département. L’élu ne s’est pas privé de réagir, cette semaine, à l’annonce de la venue prochaine de Jean-Luc Mélenchon dans son département. Car le leader Insoumis y a ses habitudes. Le 11 novembre 2024, il s’était recueilli avec des élus LFI devant le monument aux morts pacifiste de Gentioux-Pigerolles, l’un des rares de France, gravé de l’inscription « Maudite soit la guerre ». Il doit y revenir le 11 novembre prochain dans ce contexte singulier.