Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeAbonné (cookies session)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

Impôts : pourquoi la taxe d'habitation coûte de plus en plus cher mais rapporte moins aux communes

Les Échos · 21/10/2026 · ← revue

Par Marie-Eve Frénay

Voici une situation en apparence des plus paradoxales. L'an dernier, les redevables ont vu en moyenne le montant de leur taxe d'habitation sur les résidences secondaires (THRS) progresser de 1 % à 1.094 euros. Et pourtant, sa collecte par l'administration fiscale a rapporté 10 % de moins aux communes en 2025 par rapport à 2024. Une chute drastique alors que seulement 0,9 % d'entre elles ont baissé leur taux en 2025. Tous ces chiffres ont été publiés ce 20 octobre par la Direction générale des finances publiques. A l'origine de cette bizarrerie mathématique, se trouve la mise en place de « Gérer mes biens immobiliers » (GMBI) en 2023. Cette interface destinée à déclarer la nature d'occupation des logements possédés a encore posé des problèmes aux contribuables en 2024. Cela a engendré des envois par erreur de taxe d'habitation en cas de déclarations erronées ou incomplètes et gonflé artificiellement les recettes de THRS.

700 millions d'euros remboursés en 2024

« Si la taxe d'habitation a toujours été complexe à établir pour les services de la direction générale des finances publiques (DGFIP), le coût des erreurs de taxation a augmenté depuis l'introduction de GMBI », relevait d'ailleurs l'Inspection générale des finances dans un rapport rédigé en octobre 2025 mais publié il y a seulement quelques jours sur le site de l'IGF. D'après ce rapport, sur les 4,6 millions de logements taxés en 2024 au titre de la taxe d'habitation sur la résidence secondaire ou sur les biens vacants, 1,2 million de biens ont été imposés à tort, soit un sur quatre. De quoi donner du relief aux statistiques diffusées ce 20 octobre par le Trésor Public. Selon la DGFIP, à cause des avis de THRS incorrects, l'administration a accordé 700 millions d'euros de dégrèvements en 2024. C'est, certes, 200 millions d'euros de moins que pour la première année de GMBI, mais encore 400 millions de plus qu'en 2022. Ces remboursements sont ponctionnés non pas dans les caisses des communes, mais dans celles de l'Etat. « L'Etat étant engagé à verser la THRS calculée initialement par lui aux collectivités locales, ces dégrèvements sont sans incidence pour les recettes de THRS des collectivités locales, ils sont supportés par le budget de l'Etat », rappelle en effet la DGFIP dans sa note statistique.

Fin de l'effet d'aubaine pour les communes

Pour 2025, les propriétaires semblent s'être acclimatés au nouvel outil déclaratif puisque les remboursements ont baissé de 57 %, à 300 millions d'euros, « en raison d'une meilleure identification des biens taxables », explique l'administration fiscale. Cette fiabilisation des bases foncières se traduit par une diminution du nombre de logements pour lesquels une taxation est appelée. 3 millions de logements étaient dans le champ de la THRS en 2024, contre 2,7 millions en 2025. La correction est plus importante sur le segment des appartements avec un nombre de biens imposables en repli de 12 % l'an passé, contre une diminution de 8 % pour les maisons entre 2024 et 2025. Pour les finances des collectivités locales, ce retour à la normale n'est pas indolore. Ces avis d'imposition erronés avaient dopé leurs recettes fiscales. La collecte au titre de la THRS était passée de 3 milliards d'euros en 2022 à 3,9 milliards en 2023 et 2024. A cause de la fiabilisation de GMBI, leurs recettes ont chuté de 18 % en 2025, retombant à 3,2 milliards d'euros. Ce manque à gagner va-t-il inciter les municipalités à augmenter plus fortement le taux d'imposition des résidences secondaires ? En tout cas, depuis la loi de finances pour 2026, davantage de communes peuvent leur appliquer une majoration de la taxe d'habitation. Selon la DGFIP, d'après des données publiées en juillet dernier, 1.666 communes l'ont fait cette année contre 1.629 en 2025.

Marie-Eve Frénay