Guillaume Lepers, président de l’AMF47 - ladepeche.fr

Guillaume Lepers, président de l’AMF47 ‘‘ L’adaptation climatique des communes va figurer parmi les priorités de 2027 ’’ Quelques mois après les élections municipales, quel regard portez-vous sur les premiers pas des nouvelles équipes élues dans votre département ? Observez-vous déjà des priorités ou des préoccupations communes qui émergent sur le terrain ? Ce début de mandat est particulièrement intense pour les équipes municipales et communautaires. De nombreux maires nous témoignent de la complexité de la fonction. Les premiers mois du mandat sont une période critique, marquée par une forte pression. Les élus doivent installer leur équipe, organiser les projets et faire face, dès les premiers mois, à la complexité administrative, à la recherche de financements pour leurs projets de campagne et aux fortes attentes des citoyens. Ils doivent aussi s’approprier la gestion héritée d’une précédente équipe municipale pour près de 45 % des maires élus pour la première fois. Toutefois, il ne faut pas noircir le tableau. La majorité des maires considèrent cet engagement comme une évidence, avec pour motivation principale : améliorer le cadre de vie et le quotidien des habitants. Mais être maire aujourd’hui, c’est être un chef d’entreprise qui doit être compétent en tout et disponible à chaque instant. Les maires entament ce mandat dans un contexte marqué par des tensions budgétaires persistantes, des besoins d’investissement importants et une forte attente de proximité de la part des habitants. Comment les communes peuvent-elles concilier ces différentes exigences sans renoncer à leurs ambitions ? En France, les collectivités territoriales réalisent près de 60 % de l’investissement public civil, le bloc communal - communes et intercommunalités - représentant une part majeure de cet effort d’équipement de proximité. Ces investissements nécessaires se heurtent à l’effort global de redressement des comptes publics demandé aux collectivités. En 2026, la DGF reste globalement stable à 27,4 milliards d’euros, tandis que la progression des dotations de péréquation est financée par des redéploiements internes. La DETR est maintenue à son niveau de 2025, alors que la DSIL est ramenée de 420 à 220 millions d’euros en autorisations d’engagement. Les crédits du Fonds vert ont également fortement diminué. L’effort demandé aux collectivités pour 2026 fait l’objet d’évaluations différentes : le Gouvernement l’a chiffré à environ 4,6 milliards d’euros, tandis que des représentants des collectivités l’évaluent à plus de 8 milliards d’euros en intégrant notamment la hausse des cotisations à la CNRACL et d’autres réductions de crédits. Le casse-tête budgétaire contraint les maires à inventer et à innover afin de répondre aux besoins de proximité des administrés, que ce soit en matière de services publics, de sécurité ou de solidarité. C’est là toute la force d’une équipe municipale : insuffler aussi une méthode et un état d’esprit. Logement, accès aux soins, mobilité, revitalisation des centres-bourgs, adaptation au vieillissement de la population : quels sont aujourd’hui les sujets qui remontent le plus fortement des maires de votre département et qui devraient structurer l’action locale au cours des prochaines années ? Tous ces sujets sont importants mais la baisse de la démographie scolaire va redessiner le maillage des écoles et de nos communes rurales et avoir des conséquences sur tous les sujets précités. La baisse de la natalité en France entraîne une diminution structurelle des effectifs scolaires dans les communes. D’ici 2035, le pays devrait perdre près de 1,7 million d’élèves, avec des évolutions très contrastées selon les académies et les départements. De nombreuses petites communes rurales sont confrontées à des suppressions de postes et à des fermetures d’écoles, qui peuvent affecter la vie des villages. Les mairies doivent réajuster leurs investissements, adapter les services périscolaires - cantines, garderies - et parfois leurs moyens humains. Les baisses d’effectifs varient fortement selon les départements et les académies, certaines zones connaissant un recul plus prononcé que d’autres. Un futur casse-tête annonçant des débats passionnés. Face aux épisodes climatiques de plus en plus fréquents, à la gestion de la ressource en eau ou encore à la rénovation du patrimoine communal, les collectivités sont en première ligne. Comment les élus abordent-ils concrètement cette nouvelle étape de l’adaptation des territoires ? L’adaptation climatique des communes va figurer parmi les priorités de 2027. La transition énergétique déjà engagée va s’enrichir de mesures d’adaptation, à la fois économes en eau et protectrices face aux excès climatiques. Informer, planifier, organiser l’urbanisme (PLUi), la gestion de l’eau et les infrastructures pour faire face aux canicules, aux sécheresses et aux inondations : autant d’actions qu’il faudra concrétiser. Les syndicats départementaux de gestion de l’eau et de l’énergie sont de précieux atouts et partenaires pour les collectivités. Des choix et des orientations doivent être pris collectivement sur la gestion, le stockage et le partage des ressources. Les aides financières devront être revues, à tous les échelons, pour soutenir les collectivités. L’intelligence artificielle, la dématérialisation des services publics ou encore l’évolution des usages numériques transforment progressivement le fonctionnement des collectivités. Selon vous, comment les communes peuvent-elles tirer parti de ces outils tout en préservant la proximité qui fait la force de l’action municipale ? L’intégration de l’intelligence artificielle dans les collectivités territoriales est en progression et s’impose progressivement comme un levier de transformation de l’action publique, d’amélioration des services aux usagers et d’optimisation de la gestion locale. Les relations avec les usagers vont en effet évoluer, avec des réponses automatisées aux questions simples, une aide à la recherche d’emploi local ou encore une assistance aux démarches administratives via des agents numériques. L’IA peut aussi devenir un assistant pour l’optimisation des réseaux de transport et de collecte des déchets, la maintenance des bâtiments, la gestion intelligente de l’éclairage ou encore la détection d’incidents et de dépôts sauvages. Parmi les défis et les risques figurent la sécurité des données, qui pousse au développement d’outils sécurisés, ainsi que la fracture territoriale, les petites communes manquant souvent de moyens par rapport aux grandes collectivités. Nous sommes encore au début des possibilités qu’offre l’IA.