Faute de pouvoir financer plus de 4 millions d’euros de travaux, un village du vignoble nantais veut raser son église

Faute de pouvoir financer plus de 4 millions d’euros de travaux, un village du vignoble nantais veut raser son église Faut-il aller jusqu’à raser une église pour la sauver ? La commune de Mouzillon a fait son choix : l’édifice néogothique, fragilisé et fermé depuis sept ans, serait démoli puis reconstruit sur le même site… Mais en plus petit.
C’est un sujet auquel les maires de communes rurales sont particulièrement confrontés : la gestion du patrimoine religieux. Jusqu’où faut-il aller pour sauver les églises, cœur battant de nos villages ? Au cœur du vignoble nantais, la commune de Mouzillon (Loire-Atlantique), peuplée de 2900 habitants, y fait face. Depuis 2019, l’église Saint-Martin est fermée au public, dans un souci de sécurité publique. Il y a sept ans, « la chute d’un chapiteau au niveau d’un vitrail a fragilisé la structure » stipule l’arrêté municipal toujours en vigueur. Un élément du clocher est par ailleurs tombé sur le capot d’une voiture qui passait devant. Dans ce contexte, des commissions ont été mises en place pour réfléchir à l’avenir de ce lieu de culte. « Au vu de la vétusté de l’édifice, du coût estimé des travaux pour la rénovation et l’incertitude de la pérennité des reprises, les conclusions se rejoignent sur la déconstruction de celle-ci et la reconstruction, sur le même site, d’une nouvelle église, adaptée à la paroisse », mentionne une délibération du conseil municipal adoptée le 22 septembre. Ce projet de déconstruction-reconstruction , permettant d’éviter de débourser plus de 4 millions d’euros dans les travaux, n’est pas nouveau mais il y a quelques jours, une première étape a été franchie. Les élus ont voté l’autorisation de demander au préfet la désaffectation cultuelle, comme le préconise la procédure. Le diocèse de Nantes l’avait acceptée de son côté en juin dernier.
Une construction fragile
« Le projet est de la déconstruire et d’en reconstruire une plus petite », confirme au Figaro Hervé Godin, l’affectataire des lieux et curé de la paroisse Saint-Vincent-des-Vignes, joint par téléphone. Construite à la fin du XIXe siècle, l’église Saint-Martin pouvait accueillir près de 1000 fidèles, à une époque « où les catholiques ont voulu réaffirmer leur puissance, avec un sursaut de foi dans l’Ouest», raconte l’abbé. À l’époque, le département s’est « doté de nouvelles églises pour remplacer les anciennes trop vétustes ou abîmées par la terreur révolutionnaire ». Ces édifices n’ont pas été érigés avec les mêmes matériaux qu’au Moyen Âge, « ce qui leur donne une longévité assez réduite ». L’église néogothique de Mouzillon en est la parfaite illustration. Parmi ses défauts, « elle a été construite sur un remblai de terre qui s’est affaissé, donc le chœur s’enfonce», relate le prêtre. Aussi, les arcs-boutants n’ont pas été suffisamment déployés et les murs s’effritent car la chaux se dissout. Autant de raisons de la raser pour mieux la rebâtir. « En construisant une église, on manifeste que la foi catholique est toujours vivante. C’est rare mais ça existe quand même », se réjouit le père Hervé Godin. Une communauté de fidèles continue d’y être bien présente. Actuellement, la messe du samedi soir est tournante dans les cinq clochers. Lorsque vient le tour de Mouzillon, la célébration est préparée par les catholiques mouzillonnais et est célébrée à Vallet, à trois kilomètres de là. Par ailleurs, il arrive que des baptêmes soient célébrés dans la crypte de l’église qui sera conservée dans le futur projet.
Récupérer des vitraux de l’ancienne église
« Ce qui est singulier, c’est qu’on est dans une reconstruction portée par la commune, avec un bâtiment énorme à l’échelle de la commune », signale l’abbé Godin, alors que cet édifice, localisé place de la Vendée, s’inscrit dans un réaménagement plus vaste du bourg. « C’est beau de voir que dans le contexte actuel, des communes comme Mouzillon sont capables de porter un projet fédérateur qui inscrit une page de plus dans l’histoire. » Quand on l’interroge sur l’apparence du futur édifice, l’homme d’Église indique que c’est trop tôt pour répondre. « J’ai dit que si on construit un cube blanc en béton, ça n’a pas de sens et on se prive d’un joyau patrimonial », note-t-il simplement. Sollicité, le maire Jean-Marc Jounier n’était pas joignable cette semaine mais « le principe est de reconstruire une autre église sur le site. Nous allons pouvoir récupérer certaines parties, notamment les vitraux » avait-il énoncé, lors de ses vœux en janvier 2024, dans un article relayé par Ouest-France. « Le nouveau lieu de culte pourrait également être un lieu de culture , d’expositions », avait-il aussi déclaré ce soir-là. Le projet a été inscrit dans son programme de campagne aux dernières municipales. Pour l’heure, le travail se trouve encore à un stade très préliminaire, d’autant que l’architecte des Bâtiments de France doit aussi s’en mêler.