Revue de presse

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Face à l’effondrement du BHV, l’impuissance de la Mairie de Paris

Le Monde · 29/10/2026 · ← revue

C’est comme s’ils assistaient à un naufrage depuis la rive, sans rien pouvoir y faire. D’un côté de la rue de Rivoli, le BHV Marais, de l’autre, l’Hôtel de ville : impossible pour les élus parisiens d’ignorer le lent effondrement de l’enseigne historique fondée il y a cent soixante-dix ans dans le bâtiment voisin du leur. La demande de l’enseigne d’être placée en redressement judiciaire auprès du tribunal des activités économiques de Lyon, mardi 27 octobre, ainsi que l’audience de vendredi au tribunal de Paris, également pour placement en redressement judiciaire, sur saisine du procureur de Paris, sont venues confirmer le délitement de cette institution parisienne. Une chute amorcée depuis bientôt trois ans et la reprise du BHV par la société de Frédéric Merlin, en 2023, et que la Mairie de Paris semble impuissante à enrayer. « Je suis même stupéfait qu’ils aient réussi à tenir aussi longtemps avant de demander le placement en redressement judiciaire, s’étonne Ariel Weil, maire (Parti socialiste, PS) de Paris Centre. Il y a un an [quand Shein a ouvert une boutique au sixième étage], je ne leur donnais pas six mois. » De son côté, l’élu a fait la seule chose qui était en son pouvoir : une lettre à la procureure de la République de Paris en application de l’article 40 du code de procédure pénale, selon lequel tout fonctionnaire qui suspecte l’existence d’un crime ou d’un délit doit en aviser la justice. Dans ce courrier, en date du 26 octobre et consulté par Le Monde, le maire relaie les interpellations des salariés qui « font état de soupçons de fraude fiscale et sociale ». « Plus préoccupant », ajoute-t-il, « certaines vérifications techniques périodiques obligatoires concernant la sécurité incendie n’auraient pas été réalisées dans les délais réglementaires et n’auraient été effectuées qu’à la suite d’injonctions de l’inspection du travail ». Encore marqué par l’incendie du marché des Enfants-Rouges, à quelques rues de là, le 12 octobre, Ariel Weil dit craindre pour la sécurité du bâtiment du BHV et pour les salariés. Il espère, par ce courrier, « attirer l’attention du procureur pour vérifier que la direction fait bien face à ses obligations ».

« On a fait le maximum »

Ni lui ni le maire de Paris, Emmanuel Grégoire (PS), ne semblent pouvoir faire plus. Le 12 octobre, ce dernier avait publiquement fait part de ses « plus grandes inquiétudes » sur le BHV mais expliquait ensuite en privé son échec à obtenir des « informations fiables » sur la situation financière du magasin. Bien que « profondément agacé », l’édile reconnaissait ne pas avoir de « moyen légal » pour agir davantage. En décembre 2025, sa prédecesseure, Anne Hidalgo, avait proposé que la Ville se porte acquéreur du bâtiment si celui-ci était à vendre mais le budget municipal est déjà suffisamment compliqué à boucler qu’un tel achat est désormais inenvisageable. « On a fait le maximum », affirme Ariel Weil à la veille de l’audience du 30 octobre. Pour autant, le maire de Paris Centre assure qu’il n’est « pas forcément pessimiste » quant à la suite de l’histoire. Comme le 7e arrondissement de la capitale, le quartier du Marais est régi par la réglementation urbanistique assez stricte d’un « plan de sauvegarde et de mise en valeur » qui dote la Ville et l’Etat de certains leviers d’action visant à protéger le patrimoine historique. « Le repreneur devra faire des travaux pour relancer le projet et nous serons un partenaire indispensable sur les demandes de permis de construire », veut croire Ariel Weil, presque soulagé de pouvoir peut-être bientôt passer enfin à une nouvelle étape pour le BHV. « Ce à quoi on assiste depuis deux ans est tellement triste que ça ne peut pas être pire… »