Éric Ciotti au Figaro : «Si nous renonçons à employer la force contre les barbares, c’est la République qui s’effondrera»

Éric Ciotti au Figaro : «Si nous renonçons à employer la force contre les barbares, c’est la République qui s’effondrera» ENTRETIEN - Parquet national antiterroriste, réponse pénale et pénitentiaire, privations d’aides et de logements sociaux... Après les violences du 17 octobre, le président de l’UDR expose les solutions qu’il imposerait avec Marine Le Pen si elle était élue en 2027.
LE FIGARO -. Quel est le bilan des pillages et destructions à Nice ? Éric CIOTTI .- J’ai rencontré hier ce commerçant courageux qui, heureusement, s’en sort sans blessure après avoir résisté aux émeutiers. Il incarne ces Français qui ont eu le courage de faire face aux sauvages. Un policier a également été grièvement blessé à Nice, souffrant d’une double fracture à la jambe. Il a été opéré hier et je lui ai rendu visite lundi après-midi. Au total, 16 de nos commerces ont été touchés, dont quatre entièrement pillés. À cela s’ajoutent les arrêts de tramway et les véhicules de police dégradés, les feux tricolores coupés à la disqueuse, les caméras de vidéosurveillance cisaillées par les dealers, confirmant la convergence entre narcotrafiquants, islamistes et ultragauche. Nous estimons à 400 000 euros les dégâts causés aux équipements publics. Au sein de la manifestation, un groupe de 200 casseurs était venu pour en découdre, avec une cible bien précise : l’uniforme. Heureusement, notre police municipale, exemplaire aux côtés de la police nationale, a été pleinement mobilisée et a permis d‘éviter le pire contrairement à des villes de gauche. Qui va payer ? Les casseurs doivent payer. Grâce à nos 4 000 caméras de vidéosurveillance, les auteurs présumés de la quasi-totalité des délits commis, soit près de 600 personnes, sont identifiables. Nous avons déposé plusieurs plaintes à leur encontre auprès du parquet de Nice. Il appartient désormais à la justice de mener les enquêtes pour les poursuivre. Tous les responsables doivent être recherchés et condamnés, y compris les mineurs, dont les parents doivent également être tenus pour responsables. Nous allons les traquer et les punir. Quel jugement portez-vous sur la réponse du président de la République dimanche soir ? Une nouvelle fois, Emmanuel Macron a parlé pour ne rien dire. Un énième exercice de verbiage que les Français ne supportent plus. C’est indigne de la part d’un président de la République, tant par le vide de ses propos que par le mépris qu’ils traduisent à l’égard de nos concitoyens, pris pour des benêts. Les Français ne croient plus en la parole du chef de l’État, et à juste titre ! J’espérais pourtant un sursaut de dignité de la part d’Emmanuel Macron. Il aurait pu reconnaître le danger de laisser notre pays s’enfoncer dans la crise pendant six mois supplémentaires et en tirer les conséquences, en quittant ses fonctions pour permettre d’accélérer le calendrier électoral. Il n’en fut évidemment rien. Ce week-end marque un véritable basculement. L’effondrement du beffroi de l’Hôtel de Ville de Limoges est le symbole de celui de la République socialo macroniste, impuissante face à l’intifada qui frappe notre pays et que rien ne saurait justifier. Face à ce fascisme rouge, ce sera eux ou nous : la République doit tenir. Quelles responsabilités identifiez-vous ? La responsabilité vient du sommet. Monsieur Nunez est le pion d’un système défaillant. Un autre pion que lui aurait été tout aussi incompétent. C’est tout le système qu’il faut radicalement changer, en tournant définitivement la page du « en même temps », qui n’a jamais fait de la sécurité une priorité, a laissé nos frontières ouvertes à une immigration de masse tout en provoquant une crise financière qui menace notre économie. Le macronisme, c’est la double faillite financière et sécuritaire. Dimanche, c’était tout cela : des jeunes issus de l’immigration, sans repères, qui ne respectent ni les règles ni les lois. C’étaient aussi les réseaux islamistes qui entretiennent la violence, les narcotrafiquants qui s’attaquent à la République, le tout fédéré par une ultragauche à laquelle le pouvoir a toujours refusé de s’attaquer. Depuis des mois, on ne cesse d’agiter le spectre de « l’extrême droite ». Mais ceux qui menacent la République, ce sont d’abord M. Mélenchon et ses amis qui, malgré les événements de ces derniers jours, ont encore le culot de poursuivre leurs attaques contre la police ! C’est pourquoi je ne participerai pas à cette énième réunion proposée par Sébastien Lecornu, pas plus que Jordan Bardella et Marine Le Pen, qui ont également refusé de s’y rendre. Nous ne voulons pas de cette pseudo-concertation, alibi de l’inaction. Nous n’avons pas besoin de commissions, mais d’ordre. Quelles réponses concrètes proposez-vous ? Je souhaite, dès l’alternance du printemps prochain, autour de Marine le Pen et Jordan Bardella, une grande loi de programmation pour la sécurité et la justice pour organiser, sur cinq ans, un véritable réarmement de l’État et de ses forces régaliennes. Il est inacceptable qu’aujourd’hui nos policiers, nos gendarmes, nos magistrats et nos pompiers ne disposent pas des moyens nécessaires à l’accomplissement de leurs missions. Ils sont les parents pauvres de la République, alors que c’est « open bar » pour ceux qui viennent en France sans droit ni titre ! Sur 1 000 euros de dépense publique, moins de dix sont consacrés à la sécurité et quatre à la justice. Une fois déduites les dépenses de personnel et de retraites, nous consacrons moins de cinq milliards d’euros à la sécurité : c’est dérisoire ! Cette loi devra prévoir la construction de plusieurs dizaines de milliers de places de prison, notamment dans des structures modulaires ou des centres provisoires pouvant accueillir les émeutiers. Une autre loi fixera des orientations de politique pénale beaucoup plus fermes, avec notamment la suppression de l’excuse de minorité, véritable carburant de la délinquance. Mais sans attendre l’adoption de ces textes, le futur gouvernement devra apporter un soutien inconditionnel à nos forces de l’ordre. En donnant aux préfets des consignes de modération, le président de la République a désarmé la police et, ce faisant, encouragé ceux qui s’en prennent à elle. Face à la violence, nous devons opposer la force légitime de la République, celle qu’incarnent nos policiers nationaux et municipaux, ainsi que nos gendarmes. Si nous renonçons à l’employer contre les barbares, c’est la République elle-même qui s’effondrera. Je veux également réarmer nos services de renseignement territorial, aujourd’hui laissés en jachère. Je souhaite les rattacher à la DGSI afin de mieux traquer les groupuscules d’extrême gauche qui préparent l’insurrection contre la République. Enfin, nous ne devons pas nous interdire de recourir à l’état d’urgence dans certaines villes, pour une durée déterminée. La création de places de prison est-elle réaliste compte tenu de l’état des finances du pays ? Il faut se donner les moyens de la politique que nous voulons mener. Depuis soixante ans, la part de notre richesse nationale consacrée aux missions régaliennes de l’État a été divisée par deux. Du temps du général de Gaulle, nous consacrions 6,5 % de notre richesse nationale à la sécurité, à la défense et à la justice. Aujourd’hui, c’est à peine plus de 3 % ! L’État n’est pas là pour distribuer des allocations sociales, mais d’abord pour protéger ses concitoyens. Il est temps de redéfinir nos priorités et de redonner à l’État les moyens d’exercer pleinement ses missions régaliennes. Chaque nuit, en Île-de-France, 50 000 lits d’hôtel sont loués pour héberger des immigrés clandestins, pour un coût annuel estimé à 1,2 milliard d’euros. Cet argent ne serait-il pas mieux employé au service de notre police ? En dix ans, Emmanuel Macron n’a pas réussi à construire les 10 000 places de prison promises, quand le Salvador en a bâti 40 000 en huit mois. La politique est avant tout une affaire de choix et de volonté. À combien chiffrez-vous votre projet de réarmement régalien ? Le coût se chiffrera à au minimum trois milliards d’euros par an, soit quinze milliards pour un quinquennat. C’est un effort à mettre en perspective avec les 150 milliards d’euros de notre déficit budgétaire. Tout va se jouer en 2027. Et je pose une question simple : comment ceux qui, comme Édouard Philippe, ont été incapables d’agir hier pourraient-ils agir demain ? Voilà pourquoi je fais alliance avec le Rassemblement national, autour de la candidature de Marine Le Pen à la présidence de la République, avec Jordan Bardella à Matignon. C’est la seule perspective qui puisse, à mes yeux, changer profondément la donne dans notre pays. Les autres aventures politiques de droite sont des candidatures de témoignages stériles et dangereuses dans la situation que traverse notre pays. Une action au niveau des aides sociales et des logements sociaux serait-elle efficace ? Le procureur de la République de Nice m’a indiqué qu’il était aujourd’hui quasiment impossible d’incarcérer les dizaines de mineurs interpellés dans les actes de violence de ce week-end. Pour sortir de cette impuissance, il faut responsabiliser les parents des mineurs pris la main dans le sac et leur faire assumer les conséquences des actes de leurs enfants, notamment par la suppression de leurs allocations et, lorsqu’ils en bénéficient, de leur logement social. J’ajoute que nous devons pouvoir expulser les ressortissants étrangers impliqués dans ces émeutes et condamnés, qu’ils soient en situation régulière ou irrégulière. Votre projet est-il intégré dans le programme présidentiel du RN ? Sur ces sujets, nous sommes en parfaite convergence avec Marine Le Pen. Le rétablissement de l’ordre et de l’autorité sera l’une des grandes priorités du prochain quinquennat. Marine Le Pen sera la présidente de la restauration de l’ordre et d’une France apaisée. Vous réclamez la dissolution des mouvements d’ultragauche. Lesquels ? Il faut dissoudre tous les groupuscules antifas et les inscrire sur la liste des organisations terroristes. Les événements de ces derniers jours devraient également conduire à saisir le Parquet national antiterroriste. Car lorsqu’on incendie un édifice public, qu’on cherche à assassiner des policiers, quand on tente de s’emparer des lieux de pouvoir comme l’Élysée ou des mairies, quand on menace des journalistes de droite et qu’on appelle à l’assassinat ciblé de chef d’entreprise comme Bernard Arnault ou Vincent Bolloré, nous sommes bien dans le champ du terrorisme. Bruno Retailleau a-t-il raison de poser la question de l’interdiction de LFI ? Je suis réservé sur une telle interdiction, car elle ne déboucherait sur rien. Les Insoumis comptent aujourd’hui 70 parlementaires à l’Assemblée nationale : si leur mouvement était interdit demain, il leur suffirait de changer de nom. C’est sur le terrain politique qu’il faut les combattre. S’ils sont aussi nombreux aujourd’hui, c’est grâce à Emmanuel. Macron, mais aussi à certains responsables LR, comme Laurent Wauquiez, qui ont conclu des accords de désistement au second tour des dernières élections législatives. J’entends Édouard Philippe, Sébastien Lecornu ou Gabriel Attal nous faire la leçon, alors que ce sont eux qui ont construit cette alliance allant de LR aux Insoumis pour faire barrage au bloc national que l’UDR formait avec le RN en 2024. Halte à l’hypocrisie !