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Entre la Mairie de Paris et les riverains du canal Saint ...

Le Monde · 13/07/2026 · ← revue

Les nuits de juin ont été pour eux particulièrement pénibles, mais les riverains du canal Saint-Martin, à Paris, qui expriment leur désarroi insistent sur un point : le problème qu’ils dénoncent ne se restreint pas aux dernières semaines. « Cela fait des années que nos nuits sont perturbées par les dérives nocturnes non régulées du canal Saint-Martin avec des niveaux sonores incompatibles avec un sommeil », insiste Bertrand Lukacs, président de l’Association des riverains du canal Saint-Martin et meneur infatigable de la bataille pour plus de quiétude. « Ce problème est certes paroxystique en période de canicule, mais dure absolument toute l’année », confirme Arthur Richer, un habitant du quartier depuis 2021. Si la maire du 10e arrondissement, Alexandra Cordebard (Parti socialiste, PS), reconnaît que « la période a été très éprouvante pour eux », elle semble cantonner le problème à son dernier pic. « Il y a eu une surfréquentation très compliquée à réguler du fait que le canal était le seul site de baignade ouvert [à partir du 17 juin] », rapporte-t-elle, soulignant la concomitance d’un épisode de canicule, de la fin des cours et de la Fête de la musique. Popularisé par des images virales qui ont fait le tour du monde sur les réseaux sociaux, « le canal a été victime de son succès » et ceux qui venaient parfois de loin pour en profiter restaient tard dans la nuit, avec enceintes et musique amplifiée. Alors que le cabinet du maire, Emmanuel Grégoire (PS), a dû forcer la main aux services administratifs de la Ville pour permettre l’ouverture précoce de la baignade dans le canal, Mme Cordebard considère a posteriori que c’était une « erreur » de n’ouvrir qu’un seul site. « Je n’avais pas les moyens de répondre à l’afflux de fréquentation, j’ai dû faire appel à du renfort et je reconnais qu’il y a eu un délai », justifie-t-elle. Les divisions territoriales d’arrondissement de la police municipale ne sont pas assez nombreuses pour assurer la surveillance de nuit et il a fallu le renfort des divisions d’appui, qui ne sont pas légion non plus – une dizaine d’équipes de deux policiers chaque nuit pour tout Paris. La Préfecture de police a également apporté son « aide très significative », salue Mme Cordedard, en envoyant des policiers nationaux, dont l’action est plus dissuasive.

« Un lieu qui se partage »

Désormais, l’élue soutient que la situation s’est améliorée depuis que les autres sites de baignade ont ouvert le 4 juillet. « Ce qui est difficile pour les riverains, c’est de considérer que le lieu leur échappe quand il y a du monde, je le comprends. Mais le canal est un lieu qui se partage, ce sera toujours fréquenté, ce n’est pas possible d’en faire une zone silencieuse », estime-t-elle. Ce à quoi les concernés répondent, comme M. Lukacs, qu’ils « ne sont pas contre la fête » mais que cela ne justifie pas pour autant de sacrifier leurs nuits, donc leur santé. Depuis 2024, le volume sonore est objectivé par cinq capteurs de Bruitparif, l’organisme de mesure des nuisances sonores en Ile-de-France. « Les niveaux de bruit nocturnes peuvent atteindre voire dépasser les 70 décibels A certaines nuits, le créneau 22 heures-minuit étant généralement le plus bruyant. Ce n’est pas nouveau, les niveaux ne sont pas très différents de ceux qu’on observait les étés précédents sur les périodes de soirée et de nuit », analyse le président de l’organisme, Olivier Blond. « Dans tous les cas, sur le canal, on est au-delà de la valeur limite retenue pour le bruit routier, qui est de 62 décibels A », poursuit-il, rappelant qu’il n’existe pas, à ce jour, de valeur limite recommandée pour le bruit récréatif. Pendant la campagne municipale, comme les autres candidats, Emmanuel Grégoire avait répondu à un questionnaire sur le bruit soumis par des associations de riverains et reconnu « la lutte contre la pollution sonore environnementale comme un enjeu majeur de santé publique ». Il avait promis des « mesures prioritaires » comprenant « des plans ultra-localisés de réduction du bruit dans chaque quartier de Paris » et « des brigades anti-incivilités au sein de la police municipale ». Aujourd’hui, il dit être toujours préoccupé par le sujet et prévoit de rencontrer « bientôt » les riverains. Lors d’une réunion publique avec Alexandra Cordebard, le 4 juin, ces derniers étaient venus nombreux pour exprimer leur « inquiétude que l’endroit devienne une boîte de nuit permanente », selon un élu présent. Si certains, comme Arthur Richer et Bertrand Lukacs, dénoncent un « manque de volonté politique » de la maire, cette dernière assure pourtant de son écoute et de ses efforts. « Je suis révolté, on crée une morbidité et tout le monde s’en fout », dénonce inlassablement Bertrand Lukacs. Comme dans d’autres secteurs persiste un décalage entre des habitants qui ne s’estiment pas écoutés et des élus certifiant que les concertations se font bien. Le 11e arrondissement voisin, avec ses nombreux bars et terrasses, n’est pas non plus étranger au sujet, et les échanges sont réguliers entre les riverains et la police municipale qui, là aussi, garantit faire de son mieux. Avec le réchauffement climatique, des moyens pérennes et efficaces seront plus que jamais indispensables pour concilier les usages entre les noctambules de l’espace public et les riverains ayant besoin de dormir la fenêtre ouverte.