En Allemagne, les déboires du maire conservateur de ...
Encore considéré comme favori il y a quelques semaines, le maire sortant de Berlin, Kai Wegner, a annoncé, vendredi 10 juillet, qu’il ne se représenterait pas aux élections régionales du 20 septembre. Cet élu de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) dirigeait depuis 2023 une coalition avec les sociaux-démocrates du SPD. Son élection à la mairie avait alors marqué une rupture dans une ville aux mains de la gauche depuis plus de vingt ans. Berlin étant une ville-Etat, le scrutin régional équivaut à des élections municipales. Stefan Evers, actuel adjoint aux finances à la mairie, a été designé comme le nouveau candidat de la CDU par les responsables du parti vendredi dans la soiree. Conservateur issu de l’aile droite de la CDU, Kai Wegner, un ancien assureur de 53 ans, était dans l’incertitude depuis plusieurs mois. Sa mauvaise gestion de la gigantesque coupure de courant d’origine criminelle survenue le 3 janvier, dans le sud-ouest de la ville, lui valait des critiques incessantes depuis le début de l’année. Consécutive au sabotage, par un groupe d’extrême gauche, d’une centrale thermique alimentant la capitale, cette panne avait privé 45 000 foyers d’électricité pendant près d’une semaine en plein hiver et mis en danger le système hospitalier, obligeant la municipalité à décréter l’état d’urgence et à fermer 19 écoles. Le maire de Berlin avait alors multiplié les erreurs, affirmant avoir géré la situation à distance dès les premières heures de la crise, dissimulant le fait qu’il était en réalité parti jouer au tennis. Le quotidien berlinois Tagesspiegel avait ensuite révélé qu’il avait menti en assurant avoir téléphoné dès le début de la matinée, le 3 janvier, alors que ses premiers appels dataient du milieu de la journée. Ces mensonges répétés, éclipsant tout autre sujet dans la campagne, ont fini par excéder jusqu’à sa propre majorité au Parlement régional. Plusieurs élus s’en sont ouvertement émus, l’appelant à renoncer à sa candidature dans une lettre rendue publique par la presse jeudi 9 juillet. « Ce n’est pas le match de tennis qui pose problème. C’est le schéma qui se répète : dissimulation, réinterprétation, menaces, démentis », énonce la lettre.
Die Linke, première force politique
Kai Wegner a convoqué la presse vendredi 10 juillet pour annoncer son retrait de la course, même s’il restera dans ses fonctions jusqu’à la désignation de son successeur, après les élections. Il a reconnu des erreurs et affirmé vouloir « laisser la voie libre afin que la CDU ne soit pas davantage affaiblie par des débats sur les personnes au cours des prochains jours et prochaines semaines ». Son objectif est d’« empêcher la formation d’une coalition de gauche », a-t-il ajouté, la ville devant rester sur une « voie du centre ». Une coalition entre partis de gauche pour le prochain mandat semble, en l’état des enquêtes d’opinion, l’option la plus plausible. Dans les sondages, la CDU a pâti très nettement des suites de la crise de janvier. Selon la dernière étude d’Infratest Dimap en date du 1er juillet, la CDU, avec 17 % des intentions de vote, est désormais devancée non seulement par le parti de gauche radicale Die Linke, en tête avec 20 %, mais aussi par les Verts (19 %) et par le parti d’extrême droite Alternative für Deutschland (18 %). En 2023, la CDU avait obtenu 28,2 % des voix. Le parti Die Linke est devenu la première force politique à Berlin lors des élections législatives fédérales de 2025, récoltant près de 22 % des voix dans la capitale. La tête de liste Elif Eralp, âgée de 45 ans et issue d’une famille d’immigrés kurdes arrivés en Allemagne en 1980, a mené jusqu’ici une campagne centrée sur le logement abordable et le plafonnement des loyers.