En 2017, le hold-up d’Emmanuel Macron et de ses fidèles « prêts à le suivre jusqu’en enfer »

En 2017, le hold-up d’Emmanuel Macron et de ses fidèles « prêts à le suivre jusqu’en enfer » COMMENT GAGNER UNE PRÉSIDENTIELLE (3/3) - Un surgissement peut perturber une campagne dont l’issue est certaine selon les sondages. En 2017, Emmanuel Macron profite du discrédit des partis de gouvernement et du besoin de renouvellement exprimé par les Français pour rafler la mise. Comment gagner une élection présidentielle ? Incarner la rupture avec son camp au pouvoir, imposer ses idées radicales, ouvrir à des personnalités du camp d’en face, peuvent être les clés d’une victoire. Le Figaro Magazine revient sur trois précédentes réussites qui pourraient inspirer les prétendants de 2027. Explorer notre série
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En cours de lectureEn 2017, le hold-up d’Emmanuel Macron et de ses fidèles « prêts à le suivre jusqu’en enfer » Il y a le mythe. Et la réalité. Le mythe de l’élection présidentielle de 2017 est celui d’un homme quasiment seul, sans mouvement politique qui se présente, surgissant de nulle part, contre le système en place et l’emporte finalement. La réalité est évidemment très différente. Si Emmanuel Macron est inconnu de la quasi-totalité des Français lorsqu’il devient ministre de l’Économie, fin août 2015, il ne va pas le rester longtemps grâce à sa façon de prendre le contre-pied systématique de son premier ministre, Manuel Valls, et de son président François Hollande. La présidentielle de 2017 ? Il la prépare méticuleusement depuis Bercy avec sa petite équipe de fidèles, à qui il demande dès l’automne 2015 de regarder particulièrement deux campagnes présidentielles, celle de 1995 et celle de 2007, ainsi que de mettre en place les structures de la future campagne. Pour Sibeth Ndiaye, « ceux qui sont victorieux savent s’entourer de gens prêts à les suivre jusqu’en enfer. Ils travaillent ensemble depuis longtemps, ils peuvent tout se dire. » Après « la firme » de Nicolas Sarkozy (2007), place aux « mormons » d’Emmanuel Macron.
Socle électoral
Enfin, il crée un mouvement, En marche, un an avant la date du scrutin. Ce n’est pas un parti traditionnel, mais il arrive à avoir une force militante qui se démultipliera dans la campagne et n’aura rien à envier à celle de Marine Le Pen et de François Fillon. Être ambitieux et organisé est une chose. Avoir de la chance en est une autre. Emmanuel Macron bénéficiera d’un alignement des planètes comme rarement un homme poli tique a pu en avoir ! Il devait compter sur l’absence de concurrents dans son camp. Dès avril 2016, Emmanuel Macron et ses équipes ont la conviction que François Hollande ne pourra pas se représenter. Toutes les études en leur possession montrent que le président socialiste a perdu son socle électoral. Son renoncement le 1er décembre est tout sauf une surprise, tout comme la défaite de Manuel Valls à la primaire organisée par le PS face à Benoît Hamon. La piste de décollage parfaite pour prendre son envol.
Notre cauchemar, c’était que Nicolas Sarkozy soit désigné
Benjamin Griveaux, ancien ministre
Mais pour entrer à l’Élysée, il lui faut aussi que le camp d’en face ne désigne pas un candidat qui le priverait d’une partie des électeurs qu’il a ciblés. « Notre cauchemar, c’était que Nicolas Sarkozy soit désigné, reconnaît aujourd’hui Benjamin Griveaux, ancien ministre. On prenait plus d’électeurs à Nicolas Sarkozy qu’à Alain Juppé. Pour nous, le premier fixait la droite quand le second libérait la gauche. » Les électeurs de droite lui rendront sans le savoir un sacré service en désignant François Fillon à l’issue de la primaire, le 27 novembre 2016. Si les circonstances sont favorables pour lui, Emmanuel Macron a encore du chemin à faire pour convaincre les électeurs. À la fin de l’année 2016, l’ancien ministre est loin de décrocher son ticket pour le second tour. Quand Marine Le Pen et François Fillon naviguent entre 24 et 30 % des intentions de vote, il ferraille avec Jean-Luc Mélenchon pour la troisième place, entre 13 et 17 %. Les jeux semblent faits. Comment rattraper un tel écart ? En 2026, si l’un des candidats du bloc central possède une telle avance sur ses concurrents, les pressions seront énormes pour qu’ils se désistent en sa faveur. Instruits par le précédent de 2017, oseront-ils résister et commettre le même « hold-up » ?
L’effet Bayrou
Quel événement a permis à Emmanuel Macron de doubler ses concurrents, tel Lewis Hamilton sur un circuit de Formule 1 ? L’histoire politique a retenu que le ralliement de François Bayrou le 22 février a été décisif. Le leader centriste aurait pu profiter lui aussi de la crise des deux principaux partis de gouvernement. Mais les Français voulaient aussi du renouvellement. Il a compris qu’Emmanuel Macron l’incarnait plus que lui. En renonçant à se présenter, puis en soutenant le jeune banquier qu’il critiquait sévèrement quelques mois plus tôt, le centriste change la donne. Le candidat En marche progresse fortement dans les sondages et s’installe durablement à la deuxième place. Mais Benjamin Griveaux a une autre lecture du tournant de la campagne. Pour lui, l’inversion des courbes se produit avant. Dès le début du mois de février, l’ancien secrétaire général de l’Élysée profite de la chute de l’ancien premier ministre. Entre décembre et janvier, ce dernier perd 4 points (Ifop), puis à nouveau 6,5 entre janvier et février (Ifop). La raison de cette chute est double. Les affaires révélées par Le Canard enchaîné, le 24 janvier, ont produit une déflagration chez les électeurs. Mais une partie avait déjà quitté le navire. Pour Benjamin Griveaux, la clé de la campagne est là : les critiques sur le projet de François Fillon concernant l’assurance-maladie. « Alain Juppé lui colle le sparadrap pendant la primaire. » Ensuite, François Fillon part se reposer plusieurs jours et laisse ses lieutenants le défendre sans réussir à échapper à la polémique sur la baisse des prises en charge de son programme. Pour profiter à plein de l’effet du ralliement de François Bayrou, Emmanuel Macron annonce deux jours plus tard la suppression de la taxe d’habitation. La combinaison des deux lui assure la première place dans les intentions de vote. « Il faut arriver à faire coïncider la personnalité du candidat et la vision, estime Sibeth Ndiaye. S’il y a un alignement entre ce que le candidat pense et ce qu’il incarne, ça génère de la confiance. » Cette confiance est indispensable pour arriver à gérer les événements d’une campagne. « Une campagne, c’est une crise permanente. Tous les matins, il y a un problème à régler, se souvient l’ancienne porte-parole. Ça va d’une salle qui ne convient pas à une déclaration du candidat qui fait turbuler le système. » En 2027, s’ajoutera l’intelligence artificielle et l’utilisation qu’en feront des puissances étrangères. Emmanuel Macron a subi des attaques en 2017. Celles de 2027 seront sans doute pires. « 2027 sera la première méta-élection présidentielle », prévient Benjamin Griveaux. Les candidats sont-ils prêts ?