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Elections sénatoriales 2026 : ce qu'il faut retenir

Les Échos · 27/09/2026 · ← revue

Par Valérie Mazuir

L'entrée en force du RN au Sénat, le premier sénateur LFI, des personnalités battues ou élues par surprise… ce qu'il faut retenir des élections sénatoriales, qui ont eu lieu le 27 septembre 2026, à sept mois de l'élection présidentielle. A sept mois de l'élection présidentielle, les élections sénatoriales, qui ont eu lieu le 27 septembre 2026 ont été particulièrement scrutées, entre alliances locales et ambitions nationales, avec des bastions de droite menacés par le Rassemblement national et la gauche guettée par la désunion. Une soixantaine de départements et territoires d'outre-mer étaient concernés par le renouvellement de 178 sièges à la Chambre haute, soit un peu plus de la moitié de l'hémicycle (348 sièges). Un collège de 93.000 « grands électeurs », essentiellement des élus locaux, étaient appelés au vote dans cette élection atypique, où scrutins majoritaire et proportionnel cohabitent.

· LES RESULTATS DU SCRUTIN

L'entrée en force du Rassemblement national au Sénat, le premier sénateur LFI, des personnalités battues ou élues par surprise… tour d'horizon de ce qu'il faut retenir du vote du 27 septembre 2026.

Groupe plus large que prévu pour le RN

C'était le suspense le plus important du scrutin : le Rassemblement national va bien pouvoir constituer avec son allié de l'UDR un groupe d'au moins 15 sénateurs. Une première sous la Ve République, qualifiée par la candidate à la présidentielle Marine Le Pen de « victoire historique » et d'« étape majeure ». Grâce à son implantation locale, en particulier aux dernières municipales, le parti lepéniste peut revendiquer de nouveaux élus dans les Bouches-du-Rhône, le Var, le Gard, le Vaucluse, l'Hérault, ainsi qu'en Seine-Maritime et en Gironde, remportée par la députée Edwige Diaz, pressentie pour prendre la tête du groupe. Pour l'UDR, deux sénateurs ont été élus dans les Alpes-Maritimes. Le parti d'Eric Ciotti a également revendiqué la victoire de la divers droite Sylvie Goy-Chavent, ex-LR élue sans adversaire RN ni UDR dans l'Ain.

Stabilité des trois premiers groupes

La droite, le centre et le Parti socialiste restent les trois forces principales du Sénat, malgré une érosion du groupe LR liée en particulier à la percée de l'extrême droite dans la couronne méditerranéenne. Selon un décompte partiel réalisé par l'AFP, en attendant encore les affiliations et certains résultats outre-mer, LR (131 sièges avant le vote) perdrait environ sept sénateurs. Le groupe socialiste resterait stable et toujours à la deuxième place, devant l'union centriste, également stable. Ce sont les Ecologistes, les macronistes et les radicaux de gauche qui perdent proportionnellement le plus de plumes.

LFI entre au Palais du Luxembourg

Avec l'élection surprise du député insoumis Gabriel Amard dans le Rhône, La France insoumise fait son entrée à la chambre haute. Après avoir remporté trois villes du département aux municipales, les Insoumis sont parvenus à transformer l'essai. Le parti mélenchoniste a également revendiqué la victoire en Haute-Garonne du divers gauche Marc Péré, à la tête d'une liste LFI-EELV-Générations. LFI n'a pas eu la même chance chez les Français de l'étranger où sa candidate a manqué la marche de 3 voix, entraînant une passe d'armes entre le coordinateur de LFI Manuel Bompard et les Ecologistes. Les deux camps qui n'avaient pas réussi à trouver un accord électoral s'en sont renvoyés la responsabilité par X interposé.

Gagnants et perdants

Renaud Muselier (Renaissance) a été élu dans les Bouches-du-Rhône malgré la liste des Républicains, avec lesquels il devait initialement s'allier. Mais la sortante Valérie Boyer, qui a été réélue, était finalement partie seule, soutenue par Bruno Retailleau, facilement réélu en Vendée. Marie-Caroline Le Pen, la soeur de Marine, n'a en revanche pas réussi son pari dans la Sarthe. La ministre de l'Aménagement du territoire François Gatel a remporté son pari dans l'Ille-et-Vilaine. Ancien ministre du second quinquennat d'Emmanuel Macron, le socialiste François Rebsamen a été élu. S'il a repris sa carte au PS, rien ne dit qu'il rejoindra ce groupe. · LE MODE D'EMPLOI DU SCRUTIN · La moitié des sièges en jeu : La Chambre haute est renouvelée environ de moitié tous les trois ans : 178 sièges étaient à pourvoir cette année sur les 348 que compte l'hémicycle, pour un mandat de six ans. Cette élection se déroule à l'échelon départemental, avec 58 départements métropolitains concernés, de l'Ain (01) à l'Indre (36) et du Bas-Rhin (67) au Territoire de Belfort (90). La quasi-totalité de la couronne méditerranéenne était donc appelée aux urnes, tout comme les deux départements de Corse, la Guyane ainsi que 4 collectivités d'outre-mer. Six élus des Français de l'étranger - une circonscription unique - étaient aussi renouvelables. L'Ile-de France et Paris ne rééliront en revanche leurs sénateurs qu'en 2029, tout comme le Nord et le Pas-de-Calais, par exemple.

· Plus de 93.000 « grands électeurs »

Surnommé « Chambre des territoires », le Sénat représente les collectivités territoriales. Les sénateurs sont donc élus par un collège électoral d'élus locaux. Ils étaient plus de 93.000 « grands électeurs » appelés aux urnes le 27 septembre, parmi lesquels 95 % sont des conseillers municipaux ou des délégués désignés par ces derniers. Le poids des communes - en particulier les petites et moyennes - est donc massif dans ce scrutin. Le résultat des sénatoriales découle donc quasiment mécaniquement des résultats des dernières élections municipales. Les députés, sénateurs, conseillers régionaux et départementaux font aussi partie du collège électoral. Le vote est obligatoire pour ces grands électeurs, sous peine de 100 euros d'amende. Pour les candidats, qui doivent être âgés d'au moins 24 ans, la campagne se déroule donc discrètement et localement, en tête-à-tête avec le maire ou en petit comité avec les élus municipaux.

Le pouvoir des sénateurs

Les sénateurs disposent du pouvoir législatif comme les députés : ils votent la loi et contrôlent le gouvernement. Ils représentent les collectivités territoriales et examinent, avant l'Assemblée nationale, les projets de loi ayant pour principal objet l'organisation des collectivités territoriales. En matière de contrôle, les sénateurs ont les mêmes pouvoirs que les députés, mais ne peuvent pas mettre en cause la responsabilité du gouvernement par le vote d'une motion de censure. En cas de désaccord entre les deux assemblées, le dernier mot revient à l'Assemblée nationale sauf pour certaines lois particulières. · Deux modes de scrutin : Dans les circonscriptions les moins peuplées, où sont élus 1 ou 2 sénateurs, l'élection a lieu au scrutin majoritaire à deux tours. 59 sièges sur les 178 à renouveler sont concernés. Au premier tour, organisé le matin de l'élection, est élu le candidat ayant obtenu la majorité absolue des suffrages exprimés et représentant au moins 25 % des inscrits. En cas de ballottage, le second tour est organisé l'après-midi, chacun pouvant maintenir sa candidature. Celui qui emporte le plus de voix gagne l'élection. En cas d'égalité, le plus âgé est élu. Le candidat et son remplaçant doivent être de sexe différent. Dans les autres départements, où 3 sénateurs ou plus sont élus, l'élection a lieu au scrutin proportionnel de liste à un tour. 119 sièges à renouveler sont concernés. Les candidats se regroupent sur des listes comportant autant de noms que de sièges à pourvoir, plus deux, avec une alternance homme/femme. Les listes sont bloquées. Le panachage n'est pas autorisé. Les sièges sont répartis entre les listes suivant les règles de la plus forte moyenne., une méthode de calcul complexe pour attribuer les derniers sièges. Les bureaux de vote, souvent situés en préfecture, fermeront à 17 h 30 en métropole.

· Le président, troisième personnage de l'Etat

Le président du Sénat est élu tous les trois ans après chaque renouvellement partiel du Sénat. En cas de démission ou de décès du président de la République, c'est lui qui assure l'intérim jusqu'à la tenue d'élections présidentielles anticipées. Dans l'ordre protocolaire, il est le troisième personnage de l'Etat, derrière le président de la République et le Premier ministre et devant le président de l'Assemblée nationale. Le président du Sénat Gérard Larcher (LR), qui cumule déjà quinze ans à son poste, devrait être reconduit pour trois ans le 1er octobre, sauf immense surprise.

Les présidents du Sénat de la Ve République

1958-1968 : Gaston Monnerville

1968-1992 : Alain Poher

1992-2008 : René Monory

1998-2008 : Christian Poncelet

2008-2011 : Gérard Larcher

2011-2014 : Jean-Pierre Bel

Depuis 2014 : Gérard Larcher

Valérie Mazuir (avec AFP et Vie publique)