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Education : en Ile-de-France, les collectivités face au casse-tête des perspectives démographiques

Les Échos · 01/09/2026 · ← revue

Par Audrey Guettier, Catherine Bocquet, Hugo Robert, Alain Piffaretti, Laurence Albert Continuer à concevoir des établissements scolaires, tout en se préparant à accueillir moins d'élèves. C'est le paradoxe délicat auquel l'Ile-de-France devra faire face dans la prochaine décennie. Dans l'académie de Créteil, où 365.450 collégiens et lycéens font leur rentrée dans un établissement public, ils ne seraient plus que 340.187 en 2035 selon les récentes projections de l'Education Nationale. Dans celle de Versailles, les effectifs du secondaire public chuteront de 442.508 à 408.050. La décrue s'amorce dès 2028 à Versailles, et l'année suivante à Créteil. L'évolution est à géométrie variable : certains territoires continueront de « gagner » des élèves, tandis que d'autres salles de classe commenceront à se vider. « Nous suivons attentivement ces évolutions », reconnaît James Chéron, vice-président de la Région Ile-de-France chargé des lycées. Dans le Val-de-Marne, les Hauts-de-Seine, une légère baisse est attendue alors que la Région identifie un « grand croissant » dynamique du Val-d'Oise à la Seine-Saint-Denis en passant par l'ouest de la Seine-et-Marne et une partie de l'Essonne, dans lequel elle a prévu de concentrer ses efforts de construction. La France entière est concernée par ce big bang des effectifs scolaires, qui verra s'évaporer 1,7 million d'élèves en dix ans. L'exercice de prévision est cependant particulièrement complexe et mouvant en Ile-de-France, où les enjeux de logement, d'emploi et de transport brouillent les cartes. En Seine-Saint-Denis, où la pression démographique a conduit à construire 10 collèges supplémentaires en quinze ans, il pourrait y avoir 9.000 élèves de moins en 2035. « Ce n'est pas totalement stabilisé. Il y a de nombreuses incertitudes liées à l'arrivée du Grand Paris Express. Nous allons accueillir 22 gares, et tous les projets urbains ne sont pas finalisés. Il est difficile d'évaluer l'impact », tempère Stéphane Troussel, le président du département. Pour les collectivités locales chargées de la construction et de l'entretien des établissements, cette nouvelle donne démographique est loin d'être anodine dans un contexte budgétaire tendu. « Là où il y a des besoins, on continuera de construire. Là où il y en a moins, on s'adapte », résume, pour les lycées, James Chéron. « Maintenir des établissements à moitié vides n'a pas de sens, ni en termes de gestion des deniers publics, ni en termes de dynamique collective des équipes pédagogiques ». Au risque parfois, cependant, de l'impopularité. Lafermeture de sept lycées parisiens avait crispé il y a quelques années, et la semaine dernière, l'opposition régionale de gauche, a dénoncé, avant même la rentrée, « l'abandon » de projets d'établissements, à Colombes et dans le sud du Val-de-Marne, ainsi que la « suspension du projet de Bagneux ». Une version que conteste la région.

· Le Val-d'Oise révise son « Plan Marshall »

Après des années passées à construire à tour de bras pour suivre une démographie dynamique, le Val-d'Oise fait machine arrière. Selon l'Education nationale, le nombre de collégiens (actuellement 66.000) augmentera jusqu'en 2028 avant de décroître en 2033. A l'aune de ces résultats, le conseil départemental s'est résolu à mettre un coup d'arrêt à son emblématique « Plan Marshall des collèges ». En dix ans, il a construit sept collèges et deux autres sont en chantier à Bezons et Saint-Ouen-l'Aumône. Ce sont donc deux établissements au parcours sinueux qui en feront les frais : une suspension de trois ans a été annoncée à Villiers-le-Bel et à Argenteuil, où la capacité actuelle est jugée suffisante. Ferraillant pour ce nouvel établissement depuis des années, la maire PS de Villiers-le-Bel, Djida Techtach est vent debout. En contrepartie, le département s'est engagé à débloquer des fonds pour mener à bien des rénovations d'ampleur.

· Le Val-de-Marne songe au modulaire

D'ici à 2035, le Val-de-Marne va voir ses effectifs se réduire de 7.700 élèves. « Cela fait environ deux ans que l'on observe une baisse graduelle », note Olivier Capitanio, président (LR) du conseil départemental. Des réflexions sont menées pour répondre aux besoins spécifiques. Les nouveaux quartiers de Vitry-sur-Seine et d'Ivry-sur-Seine risquent, par exemple, d'enregistrer une forte hausse… puis une chute du nombre de collégiens. « Nous envisageons de construire des établissements modulaires comme à Choisy-le-Roi », explique l'élu. Ce dernier, démontable, permettra d'accueillir 400 collégiens et jusqu'à 200 supplémentaires si besoin. A Vincennes, la reconstruction du collège Saint-Exupéry a également été réinterrogée. Le département se laisse la possibilité de rajouter un étage.

· La Seine-Saint-Denis maintient ses investissements

En Seine-Saint-Denis, la période de rattrapage intensif touche aussi à sa fin, avec 131 établissements dans le paysage. A l'ouest du département, un léger tassement a déjà conduit à transformer un projet de construction en rénovation. « Nous ne construirons probablement plus qu'un collège ou deux selon les besoins, note Stéphane Troussel, son président. Mais je ne baisserai pas pour autant le niveau des investissements. Profitons-en pour rénover, restructurer le bâti, réduire le nombre d'élèves par classe et améliorer l'offre pédagogique ». Un moyen, notamment, de lutter contre la concurrence du privé, qui serait, toujours selon les projections de l'Education nationale, moins touché par l'érosion. Rappelant que dans la capitale la baisse des effectifs est déjà engagée, l'élu appelle à « mettre fin aux frontières administratives » en intégrant son département dans l'académie de Paris pour rééquilibrer les moyens.

· L'Essonne veut « s'adapter à la nouvelle donne »

Après une forte hausse, l'Essonne connaît une démographie stable : 63.775 collégiens étaient recensés dans le public en 2025 et ils ne seront qu'un petit millier de moins en 2030, avant une chute plus significative en 2035. Le département maintient donc son plan d'investissement. « Nous avons gagné 10.000 élèves entre 2015 et 2025, ce qui nous a conduits à un plan très ambitieux de création de huit collèges pour arriver à 108 », précise François Durovray, son président (LR). Outre l'ouverture du collège de Wissous, deux sont prévus à Fleury-Mérogis et Viry-Châtillon. « Pour le reste, nous devrons nous adapter à la nouvelle donne », poursuit l'élu. A Corbeil, où 300 collégiens supplémentaires sont attendus en 2030 avant une baisse, des bâtiments modulaires seront créés « afin de tenir compte des élèves supplémentaires sans réaliser des établissements surdimensionnés ». « Quand on a réalisé un collège, c'est normalement pour au moins une cinquantaine d'années », rappelle François Durovray.

· Des études en cours dans les Yvelines

Avec 66.759 collégiens en 2025, les Yvelines ont déjà amorcé leur baisse de la démographie scolaire. Le département a perdu 600 élèves entre 2023 et 2025, et ce retournement va se poursuivre et même s'accélérer avec, en 2035, 58.953 élèves attendus. « Nous sommes en train d'étudier très finement les données car les dynamiques ne sont pas les mêmes dans les territoires : il va falloir confronter les évolutions à notre programme d'investissement », explique le département. Les derniers plans ont déjà intégré la tendance : la reconstruction du collège d'Epône, commencée au printemps dernier, prend en compte la baisse probable des effectifs.

· La Région imagine de nouvelles vies pour ses lycées

A longue échéance, l'enjeu sera aussi de savoir quoi faire des classes libérées de leurs lycéens. Après avoir investi des milliards dans ses établissements, la Région ne veut pas « les voir vides ou les fermer deux ans ou quatre ans après leur réalisation ». James Chéron indique travailler avec l'Education nationale, les universités et le monde économique pour faire entrer davantage de formations post-bac dans les lycées. Ainsi, BTS, formations à Bac +2, campus des métiers et des qualifications pourraient ainsi venir occuper les espaces laissés disponibles par la baisse des élèves dans des secteurs, comme le tourisme, l'hôtellerie-restauration, les énergies durables ou même l'industrie.