Des maires de gauche reprochent à David Lisnard ses propos sur le massacre du 17 octobre 1961

Peut-on être candidat à la présidentielle tout en étant à la tête d’une association transpartisane ? David Lisnard le pense. Le maire de Cannes (Alpes-Maritimes), président de l’Association des maires de France (AMF) et candidat à sa réélection, s’est lancé dans la course à l’Elysée au nom de son mouvement politique, Nouvelle Energie. Mais les maires de gauche, qui assurent à ses côtés « le copilotage transpartisan », de l’AMF en doutent. Dans un courrier que Le Monde s’est procuré, Jean-François Debat, maire (Parti socialiste) de Bourg-en-Bresse (Ain), et André Laignel, actuel premier vice-président de l’AMF, demandent à David Lisnard de « faire preuve de retenue dans [ses] propos afin que ceux-ci ne puissent pas créer de confusion entre [son] expression de candidat et celle de l’AMF ». Et ils lui demandent de corriger « publiquement » ceux qu’il a tenus récemment. Ce qui a blessé de nombreux élus de gauche est une déclaration faite par David Lisnard sur le plateau de LCI, lundi 19 octobre, à propos de la manifestation du 17 octobre 1961. Ce jour-là, à Paris, des Algériens défilaient pour l’indépendance de leur pays. La répression policière, sous l’autorité du préfet de police Maurice Papon, avait causé la mort de plusieurs dizaines à plus de deux cents manifestants, dont les corps ont été jetés dans la Seine. « Un massacre colonial », selon le Musée de l’histoire de l’immigration. Interrogé sur cet épisode, David Lisnard a répondu : « Non, mais je m’en fous. J’en ai rien à cirer. J’étais pas né. Depuis, il y a eu l’indépendance de l’Algérie. » Des propos « inacceptables », écrivent André Laignel et Jean-François Debat : « Cette prise de position brutale ne peut que susciter l’incompréhension. Elle heurte toutes celles et ceux qui, bien au-delà de la gauche, sont attachés à promouvoir notre histoire dans la mémoire commune. » Contacté par Le Monde, M. Lisnard évoque « certains maires de gauche qui lui reprocheraient cette repartie », lesquels s’arrêtent « à trois mots » et ne veulent pas voir, dit-il, « qu’il s’agissait de ne pas accepter l’utilisation d’un drame historique pour justifier des exactions actuelles, rhétorique habituelle et cynique de l’extrême gauche ».
Sévère rappel à l’ordre
Les deux cosignataires évoquent également le déplacement du président de l’AMF à Limoges, le 18 octobre. David Lisnard souhaitait soutenir le maire, Guillaume Guérin (Les Républicains), affecté par l’incendie qui a ravagé l’hôtel de ville, la veille, après la manifestation locale contre la vie chère. « Vos propos ont largement dépassé le cadre transpartisan qui est celui de l’AMF pour rejoindre davantage ceux du candidat à l’élection présidentielle », considèrent André Laignel et Jean-François Debat. Ils rappellent également que ce n’est pas la première fois que M. Lisnard pratique le « mélange des genres ». En avril 2025, déjà, le président de l’AMF avait évoqué un « RN socialiste » à la radio et demandé l’interdiction du syndicat de la magistrature. « La mise en cause de l’intégrité des magistrats, dont certains sont menacés de mort, contribue à alimenter le mouvement de rejet des institutions dont nous, maires, sommes également victimes », avaient écrit à M. Lisnard les maires de gauche de l’AMF, considérant que ces « déclarations polémiques ne sont pas compatibles » avec ses fonctions de président de l’AMF. David Lisnard avait alors déploré « une pression politique » et « des manœuvres ». « J’ai toujours séparé mes positions personnelles de celles portées par notre association », avait-il rétorqué. Et de nouveau, cette fois-ci, il répond : « Je ne fais pas plus de politique nationale que certains qui me le reprochent ou surtout que certains de mes prédécesseurs, dont le talentueux François Baroin. Mais tout est bien cloisonné. Comme nous en avons l’habitude et l’usage à l’AMF. Et comme j’y veille. » Ce sévère rappel à l’ordre des maires de gauche ne les conduit cependant pas à remettre en cause l’accord de gouvernance conclu en septembre avec David Lisnard. Dans ce cadre, gauche et droite feront liste commune pour l’élection du comité directeur et du bureau de l’AMF, en novembre. De même, la gauche ne présentera pas de candidat pour le scrutin devant désigner le président de l’association, mais ne donnera pas de consigne de vote. Joint par Le Monde, Jean-François Debat « confirme les termes de ce courrier ». A propos du 17 octobre 1961, celui qui devrait devenir en novembre premier vice-président délégué de l’AMF, en remplacement d’André Laignel, considère que David Lisnard, « même s’il parlait en tant que candidat à la présidentielle, est président de l’AMF en permanence et ses propos sont aussi lus ainsi ». Le maire de Bourg-en-Bresse met en garde : « Le congrès de l’AMF ne peut pas devenir un temps de campagne présidentielle. »