Dans le viseur du RN, les intercommunalités montent au créneau pour défendre leur utilité

Par Laurent Thévenin
Début de mandat sous pression pour les intercommunalités. Leur association Intercommmunalités de France, qui tient son congrès jusqu'à vendredi à Dunkerque, est vent debout contre le projet de loi de finances (PLF) pour 2027, actuellement examiné à l'Assemblée nationale et prévoyant une contribution de 5,5 milliards d'euros pour les collectivités locales au titre du redressement des comptes publics. « L'effort global qui est demandé aujourd'hui n'est pas soutenable », déplore dans un entretien aux « Echos » Boris Ravignon, le maire (Horizons) de Charleville-Mézières et président de la communauté d'agglomération Ardenne Métropole, qui a été élu mercredi à la présidence d'Intercommunalités de France pour le premier jour de sa convention annuelle. Il plaide pour que l'addition soit ramenée à un niveau « acceptable ». Au risque sinon d'un « énorme coup de frein sur l'investissement », prévient-il.
« Une répartition plus juste »
Il espère que la discussion parlementaire sur le PLF permettra notamment de revenir sur la baisse du taux du Fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée (FCTVA) pour les dépenses qui ne sont pas « vertes » ou liées à la voirie. Dans un communiqué commun publié mercredi après-midi, les associations d'élus locaux ont appelé le Parlement « à réécrire la copie du gouvernement pour obtenir un budget juste, concerté et soutenable ». Autre point de « vigilance » pour Boris Ravignon : il s'agit, selon lui, de « revenir à une répartition plus juste de l'effort » entre niveaux de collectivités, après deux années où « les intercommunalités ont été mises à contribution à hauteur de 37 % pour 2025 et de 51 % pour 2026, alors qu'elles représentent 20 % de la dépense publique locale ». « On a l'impression que cet enjeu est aujourd'hui compris en partie par le gouvernement », reconnaît-il. Selon les simulations faites par Intercommunalités de France, « notre part dans l'effort demandé à l'ensemble des collectivités est de 26 %, il faudrait se rapprocher de 20 %, qui serait pour nous le seuil juste et normal. » 15 % des intercommunalités sont dans une situation financière difficile.
Boris Ravignon, président d'Intercommunalités de France
Pour Boris Ravignon, il est par ailleurs « étonnant » que 100 % des intercommunalités soient assujetties à la « contribution progressive des collectivités territoriales et de leurs groupements à l'effort budgétaire » (CPEB), le nouveau prélèvement que le gouvernement entend mettre en place, contre 40 % des communes et 60 % des départements - l'Outre-mer n'étant pas concerné. « C'est comme si l'on considérait qu'aucune intercommunalité n'est en difficulté. Or, on sait que 15 % d'entre elles sont dans une situation financière difficile », insiste-t-il.
Le RN veut « mettre fin au millefeuille administratif »
Une autre menace plane sur les 1.263 intercommunalités (métropoles, communautés d'agglomération, etc.). En tête dans les sondages pour l'élection présidentielle de 2027, la candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, promet de « mettre fin au millefeuille administratif français » et prône leur suppression, comme indiqué dans son contre-budget. Une mesure « inepte », selon Boris Ravignon, qui rappelle que 70 % des communes ont moins de 1.000 habitants et « 4 agents en moyenne ». « Le RN prétend défendre les territoires ruraux, mais à qui la suppression des 987 communautés de communes va-t-elle faire du tort ? D'abord aux territoires ruraux, qui justement trouvent là un certain nombre de services et de moyens d'investir que les communes qui les composent n'avaient plus », avance-t-il, soulignant que les intercommunalités portent des sujets majeurs tels que l'eau, la collecte des déchets, mais aussi des équipements sportifs ou culturels.
Vision positive des Français
« Comment peut-on ventiler tous ces services publics entre 35.000 communes ? C'est absurde, cela ne peut pas fonctionner », cingle-t-il. « Cette défiance totale » exprimée par le RN « ne correspond pas à la vision qu'ont les Français de l'intercommunalité », affirme-t-il, s'appuyant sur une enquête présentée ce jeudi. D'après un baromètre réalisé pour Intercommunalités de France par l'Ifop auprès d'un peu plus de 2.000 personnes, 85 % d'entre elles pensent que « l'intercommunalité est globalement une bonne chose » pour leur commune. Elles sont 73 % à se dire satisfaites du travail qu'elle accomplit, contre 68 % en 2024 et 75 % en 2022.