Revue de presse

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Dans l’Aisne, Paul Mougenot, le sénateur inclassable, admirateur de Charles Maurras, embarrasse aussi bien à droite qu’à l’extrême droite

Le Monde · 18/10/2026 · ← revue

A Tergnier (Aisne), à côté de Saint-Quentin, le Musée de la Résistance et de la déportation rouvre après trois ans de travaux, samedi 10 octobre, en présence de nombreuses associations patriotiques et les rares derniers témoins de cette époque sombre. Dans cette ancienne cité cheminote et ouvrière ayant souffert de la désindustrialisation, les élus se pressent pour couper le ruban lors de l’inauguration. Avec son écharpe tricolore, Paul Mougenot, 38 ans, costume cravate et allure soignée, participe fièrement à sa première cérémonie officielle sur ses terres en tant que sénateur. Celui qui s’est présenté à la tête d’une liste « divers droite » lors du renouvellement partiel du Sénat a été élu à la surprise générale à la troisième place avec 19,15 % des suffrages, le 27 septembre. Conseiller départemental de l’Aisne, premier adjoint au maire d’Aguilcourt, petite commune rurale de la Champagne picarde – où il a été élu maire en mars avant de démissionner pour se conformer à la règle du non-cumul des mandats –, et porte-parole de la Coordination rurale axonaise, il rend hommage sur sa page Facebook quelques jours plus tard, photos de l’inauguration à l’appui, à ces « terres mémorielles » où le colonel de Gaulle a mené « l’offensive (…) à Montcornet [Aisne] en mai 1940 » et vu « la libération de Tergnier le 2 septembre 1944, [après] quatre années de souffrance, d’occupation, de résistance ».

« Une campagne populiste »

Des propos qui résonnent étrangement après la polémique survenue au début du mois de septembre, en pleine campagne des sénatoriales. Le quotidien régional L’Union a révélé que le futur sénateur avait collaboré vingt ans plus tôt avec le périodique royaliste d’extrême droite L’Action française (AF), issu du mouvement éponyme fondé en 1899, en pleine affaire Dreyfus. Dans un article intitulé « L’esprit d’AF continuera », ce dernier, alors âgé de 18 ans et étudiant en droit à Reims (Marne), écrit son admiration pour l’écrivain nationaliste, antiparlementaire et antisémite Charles Maurras, condamné en janvier 1945 à la réclusion criminelle à perpétuité et à la dégradation nationale pour intelligence avec l’ennemi. « L’AF, c’est surtout un combat pour la France (…) Nous sommes maurrassiens parce que nous nous réclamons de la vraie France, de la France éternelle », peut-on lire dans ces lignes dont l’esprit semble bien loin de celui de Montcornet et de la France libre. Sollicité par Le Monde, le sénateur n’a pas répondu. Pascale Gruny (Les Républicains, LR), sénatrice de l’Aisne (2014-2026) et ancienne vice-présidente du Sénat, ayant échoué à se faire réélire en partie à cause de cette candidature dissidente, n’est pas étonnée. « Ce monsieur est un menteur et un opportuniste. Il a fait une campagne populiste en se présentant comme un agriculteur et un maire rural alors qu’il exerce la profession de généalogiste et habite à Reims. Son épouse est 8e adjointe du maire [Horizons] Arnaud Robinet. Aucun groupe politique n’a voulu de lui au Sénat. C’est pour ça qu’il a atterri chez les non-inscrits, avec le gendre de Jean-Luc Mélenchon [Gabriel Amard, sénateur La France insoumise du Rhône]. Il aura un pouvoir très limité », attaque la présidente de la fédération LR de l’Aisne qui l’avait pourtant soutenu aux élections législatives de 2022 dans la 1re circonscription remportée par le député du Rassemblement national (RN) Nicolas Dragon.

« C’est quelqu’un qui ose tout ! »

« Il s’était présenté comme adhérent LR et proche de notre président de l’époque, Eric Ciotti [désormais président de l’Union des droites pour la République, alliée au RN]. C’est quelqu’un qui sait cultiver ses réseaux », plaide la conseillère départementale de Saint-Quentin qui a aussi découvert dans la presse une affaire de plagiat : auteur d’une biographie sur Paul Doumer (ancien député de l’Aisne et président de la République assassiné à Paris en 1932), il a été accusé par l’historien Amaury Lorin d’avoir reproduit des parties de son travail de recherche. « Cela a mis dans une colère noire Gérard Larcher, qui avait accepté de préfacer son bouquin avant d’apprendre cette histoire, témoigne cette fidèle du président (LR) du Sénat. C’est quelqu’un qui ose tout ! » Jusqu’à flirter ouvertement avec l’extrême droite durant la campagne des élections municipales, alors qu’il appartenait encore à la majorité départementale de droite et du centre. Il en a été exclu à la suite des révélations de son passé maurassien. Mais cet électron libre de la droite n’a pas trouvé de point de chute dans le parti de Jordan Bardella. « Il avait demandé l’investiture, mais ne l’a pas reçue. Je connais très bien le personnage. Il n’a aucune conviction politique », affirme Paul-Henry Hansen-Catta, conseiller régional (RN) des Hauts-de-France dont la liste a été devancée de 98 voix par celle de Paul Mougenot aux sénatoriales. Selon les informations du Monde, un recours contre son élection aurait été adressé au Conseil constitutionnel. Pour le nouveau sénateur Nicolas Fricoteaux (divers centre), président du conseil départemental de l’Aisne de 2015 à 2026, cette élection est surtout le symptôme du malaise démocratique actuel. « Nous sommes dans un département pauvre, cumulant problématiques sociales et rurales. Aujourd’hui, même les grands électeurs du Sénat sont sensibles à ce type de discours antiélite et antisystème. Ce n’est pas forcément rassurant pour l’évolution de notre République. »