Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeAbonné (cookies session)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

Congrès des maires ruraux à Auch : après son départ du gouvernement, Michel Fournier retrouve des édiles divisés

Le Monde · 12/10/2026 · ← revue

Christophe Bouillon cite Du Bellay : « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage. » Au congrès des maires ruraux, à Auch (Gers), vendredi 9 et samedi 10 octobre, le président de l’Agence nationale de la cohésion des territoires s’adresse à Michel Fournier. L’ancien ministre délégué chargé de la ruralité, qui a quitté le gouvernement le 22 septembre, a retrouvé en effet son « petit village », « [s]a pauvre maison/Qui [lui] est une province, et beaucoup davantage », pour reprendre les mots du poète : Michel Fournier a été réélu président de l’Association des maires ruraux de France (AMRF), samedi 10 octobre. Sa liste unique a recueilli 87 % des voix. La participation a été de 69 %. Son passage par le gouvernement serait « transitoire », il avait prévenu « Sébastien » [Lecornu, premier ministre]. Il est comme ça, Michel Fournier : direct. Quand, en 2018, il avait reçu Emmanuel Macron dans le village vosgien dont il est maire, Les Voivres, il s’était plaint que le protocole lui interdise de dire un mot d’accueil. « Vous êtes le patron ici, vous faites ce que vous voulez », lui avait répondu le président de la République. Michel Fournier se targue d’avoir vu, lors de ses déplacements, les gens s’étonnant de ce ministre qui « parle comme nous ». Il n’a pas fait l’ENA, et se contente d’un « bac − 3 ». Fils de paysans, il a élevé des brebis, mais aussi vendu des fleurs ou des vêtements, comme il l’avait expliqué à Libération en février. « Je sais ce que c’est que d’avoir faim, mais réellement faim », explique-t-il. Il cite Charles Aznavour, « qui s’obligeait à ne pas manger avant un récital », pour retrouver « l’intensité, la vérité » de ses débuts dans la vie. « Je n’oublie pas d’où je viens », lâche Michel Fournier en proclamant sa devise, empruntée à la résistance lorraine : « A jamais libre et non incorporable. » Mais quand on dirige un ministère, « ce n’est pas la règle, ça, note-t-il. La règle, c’est de se prêter au jeu que propose la structure ». Comme Ulysse, a supputé Christophe Bouillon, Michel Fournier « a dû en voir des sirènes essayer de faire échouer [s]es projets ». En effet, raconte l’intéressé, il s’est confronté à une technostructure qui « se protège » et essaye de protéger le ministre contre lui-même. « On me répétait sans arrêt : “Attention, Michel. On te protège.” Mais me protéger de quoi ? » L’ancien ministre n’a pas la réponse.

« Reconnaissance symbolique »

Au gouvernement, assure-t-il, il y en avait un autre qui refusait d’être mis sous « cloche » : le premier ministre lui-même. « C’est pour ça que j’apprécie énormément Sébastien Lecornu », dit Michel Fournier. Le chef du gouvernement le lui rend bien. Samedi, dans un message vidéo diffusé lors du congrès, il l’a remercié « publiquement pour le travail accompli ». Et Sébastien Lecornu en a profité pour promettre de travailler « à une réponse spécifique pour les stations-service rurales isolées » lors de la réunion avec les distributeurs pétroliers qui doit se tenir lundi 12 octobre. Ulysse avait rencontré des cyclopes, a rappelé Christophe Bouillon. Et, a-t-il lancé à Michel Fournier, lui-même en a croisés « qui n’ont pas forcément le même regard que [lui] sur la ruralité. Et c’est ce regard qui fait qu’aujourd’hui, on parle des aménités rurales ». Soit les terres agricoles, les forêts, et toutes les ressources naturelles que les territoires ruraux entretiennent, notamment au profit des villes. Dans sa vidéo, le premier ministre a rappelé que le projet de loi de finances pour 2027 prévoit une dotation nouvelle de 50 millions d’euros pour 9 000 communes rurales, qui tient compte des espaces naturels et non plus du nombre d’habitants. « L’une de vos attentes historiques », et « c’est d’abord le résultat de ton travail de gouvernement », a-t-il considéré en s’adressant à Michel Fournier. « Pendant des décennies, tous les politiques pensaient que l’avenir de notre pays était dans nos métropoles », souligne l’ancien ministre. C’est donc « une reconnaissance symbolique » autant que pécuniaire de ce que représente la campagne. « Une réussite », vante le président de l’AMRF. Il cite également son combat pour maintenir le programme Villages d’avenir, lancé en 2023 pour aider les bourgs à monter leurs projets. Il défend le plan France santé. « J’ai 76 ans, témoigne-t-il. J’ai été opéré de partout. Mon médecin traitant, je l’ai trouvé à une heure de chez moi. Et encore, par relation. Je sais ce que c’est qu’un désert médical. » Il évoque le label « Musée rural », obtenu du ministère de la culture.

« Bilan mitigé »

A l’AMRF, pourtant, le bilan ne fait pas consensus. L’entrée au gouvernement de Michel Fournier en octobre 2025 a provoqué un malaise dans une association qui se vivait jusque-là comme un groupe d’« anarcho-syndicalistes », selon l’expression de l’ancien président (1999-2008) Gérard Pelletier citée dans La Gazette des communes. Certains ont boudé le congrès à Auch. D’autres, comme Gérard Poujade, maire (divers gauche) du Séquestre (Tarn), quittent l’association nationale en espérant pouvoir rester dans la fédération départementale. « Tout le monde est très mécontent, témoigne-t-il. Avec le passage au gouvernement, on n’a plus rien revendiqué. On est devenu une courroie de transmission du pouvoir. L’AMRF ne sert plus à rien. » Jacky Favret, maire « modéré » de Blondefontaine (Haute-Saône), était à Auch. Il trouve pour sa part que « le passage au ministère a été d’un grand intérêt pour l’association ». « Michel Fournier ne s’est pas mal débrouillé, pense-t-il. Ça a fait bouger les lignes. Le verbe, c’est bien. L’action, c’est mieux. » Certes, « il y a eu de la houle, mais le bateau est costaud », estime-t-il. De fait, le malaise a été amplifié par plusieurs départs au sein de l’équipe permanente de l’association, et notamment le licenciement de l’ancien directeur général, Cédric Szabo, qui a saisi les prud’hommes. « Une crise de croissance », rétorque Michel Fournier, justifiée par l’essor rapide de l’AMRF, forte aujourd’hui de « 13 500 adhérents ». Pour lui, cette « situation un peu perturbée » n’est donc « pas liée » à son expérience ministérielle. « Le fait d’y avoir été, je leur ai apporté plus qu’ils n’auraient jamais eu », avance-t-il. Mais il l’admet, le bilan est « peut-être mitigé » : des choses ont été gagnées, d’autres non. Certains attendaient trop de lui, se défend-il : « Ils m’ont pris pour Jésus. J’ai essayé de marcher sur l’eau, j’ai coulé. » En tout cas, a-t-il affirmé, « cet engagement ministériel, ce n’était pas un plan de carrière. C’est une mission qu[’il a] acceptée pour que les territoires ruraux soient enfin assis à la table où les choses se décident ». Et de conclure : « Aujourd’hui, on nous consulte et on nous respecte. »