Revue de presse

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Concert interrompu de Barbara Butch : l’embarras de la direction de LFI face à une action locale

Le Monde · 24/07/2026 · ← revue

Lundi 20 juillet, Allan Brunon avait été très prompt à répondre aux sollicitations du Monde. Le conseiller d’opposition La France insoumise (LFI) à Grenoble, leader d’une manifestation pour perturber le concert de la DJ Barbara Butch à un festival de la ville deux jours plus tôt, redisait sa « fierté » d’avoir interrompu au bout de vingt minutes la prestation de l’artiste juive de 45 ans, figure LGBTQ+. Trois jours plus tard, jeudi, la tête de liste des « insoumis » aux municipales de mars a cette fois laissé nos messages sans réponse. Symbole d’un changement de stratégie de communication dans cette forte séquence médiatique mais aussi d’un certain embarras à la direction du mouvement, qui n’a pas plus répondu à nos sollicitations. En début de semaine, malgré les attaques venues de tous les camps, les plus hautes sphères de la coordination faisant pourtant bloc pour défendre leurs troupes locales, qui avaient appelé au boycott de la DJ. La raison : sa signature d’une tribune de mars en soutien à la proposition de loi contestée de la députée Caroline Yadan contre « les nouvelles formes d’antisémitisme » (que l’artiste avait entretemps publiquement regrettée) ainsi qu’une prestation à l’ambassade de France à Tel-Aviv, en Israël, le 12 juin 2025. C’est donc pour ses « prises de position politiques » que l’artiste a été la cible de cette protestation, justifie le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, au micro de Franceinfo lundi. Si les insultes et les violences sont jugées « inacceptables » par le bras droit de Jean-Luc Mélenchon, elles sont aussi constamment remises en question par les porte-parole du mouvement sous une forme hypothétique. « Nous ne validerons jamais, s’ils ont existé, ni les insultes ni les jets de projectile », a par exemple défendu la présidente du groupe à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, en conférence de presse, mardi matin. Plutôt que de reconnaître un éventuel faux pas, le mouvement s’arc-boute sur une défense parfois hasardeuse. Quitte à dire comme Manuel Bompard, qui précise au passage qu’il n’y avait « pas que la section locale » LFI sur place mais « aussi des militants de la cause palestinienne », que le concert n’a pas été interrompu par les militants « insoumis » mais par les autorités locales, comme si les manifestants n’y étaient pour rien. Autre défense : s’étonner du « deux poids deux mesures » des voix s’élevant pour défendre Barbara Butch mais silencieuses pour l’actrice Blanche Gardin [qui expliquait dans Télérama avoir reçu des menaces à la suite d’un sketch controversé lors d’une soirée de soutien aux Gazaouis en juillet 2024], le chanteur Médine ou l’humoriste Akim Omiri dont le spectacle avait été perturbé, en mai, par le collectif Nous vivrons, qui l’accuse d’antisémitisme.

Cyberharcèlement homophobe et grossophobe

Pour autant, des signes laissent percevoir le malaise du mouvement face à cette affaire. Dans le groupe parlementaire, certaines voix expriment leur gêne de voir une telle campagne contre une femme déjà victime de cyberharcèlement homophobe et grossophobe par l’extrême droite depuis sa prestation à l’ouverture des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Des figures extérieures, comme le philosophe Etienne Balibar qui s’était fermement opposé à loi Yadan et avait signé l’appel à participer à la marche contre le racisme et l’extrême droite du maire « insoumis » de Saint-Denis, Bally Bagayoko, le 21 juin, ont aussi montré leur désapprobation de la méthode employée en signant la tribune du chercheur antiraciste Jonas Pardo dans Libération en soutien à l’artiste. De nombreuses critiques ont notamment ciblé le tract distribué par les militants pour appeler au boycott. Ce dernier montrait la DJ éclaboussée de sang devant un drapeau LGBT siglé de l’étoile de David. Si elle a nié les accusations d’antisémitisme, Mathilde Panot a reconnu à demi-mot sur BFM-TV que le document était « mauvais ». Le député de l’Oise Paul Vannier faisait preuve de la même mise à distance chez Mediapart en parlant d’un mode d’action qui « engage ses auteurs et n’a pas été organisé, pensé et discuté avec LFI ». Et d’ajouter : « On va avoir une discussion avec les “insoumis” grenoblois. »

« Pas une initiative nationale »

Pour autant, il est facile de la part de la direction de La France insoumise de faire mine de découvrir cette action. Les appels au boycott de la section iséroise étaient déjà relayés dans les médias en mai. La coordination du mouvement précisait alors qu’il ne s’agissait « pas d’une initiative nationale ». Ils n’ont pour autant rien fait pour mieux l’encadrer entre-temps alors que la section locale ne cachait pas ses combats sur les réseaux sociaux. De même, sur le site de l’Action populaire, la distribution du fameux tract, avec un premier aperçu du visuel, était annoncée sur trois événements de la ville les 15, 16 et 17 juillet. Grenoble est pourtant une grande ville dans le radar des « insoumis », où ils ont fait élire la députée Elisa Martin. Allan Brunon n’est pas non plus un inconnu sorti de nulle part puisqu’il était collaborateur du député Gabriel Amard (Rhône) entre 2022 et 2024, gendre de Jean-Luc Mélenchon. Alors que le mouvement avait fait bloc pour défendre Raphaël Arnault lors de l’affaire Quentin Deranque – des proches du député sont mis en cause dans la mort du militant d’extrême droite, à Lyon, en février –, le leader LFI à Grenoble ne semble pas disposer du même soutien indéfectible. D’autant que l’élu a pu agacer en interne par son comportement lors des élections municipales, marquées par quelques dérapages médiatiques. Le mouvement n’a pour l’instant fait aucun commentaire sur l’avenir de son représentant. De son côté, le responsable grenoblois, issu des milieux antifascistes, maintient le caractère pacifique de son action. Sur le live Twitch de la streameuse Emmodem, le 22 juillet, il se dit même « très heureux qu’il y ait eu des dépôts de plaintes » de la mairie de Grenoble et de Barbara Butch pour « prouver qu’il n’y a pas eu de violences de la part de La France insoumise ». S’il reconnaît lui-même que le tract pouvait être « choquant », mais « fait par des personnes concernées qui sont légitimes pour mettre en avant certaines choses », il le légitime en qualifiant Barbara Butch de « militante politique » et en renvoyant à « la vraie violence du génocide en Palestine ». Par la voix de son avocat, Me Rafik Chekkat, M. Brunon a aussi annoncé, jeudi 23 juillet, saisir la justice après « une virulente campagne de cyberharcèlement, accompagnée de nombreuses injures, notamment à caractère raciste ». Le même jour, Barbara Butch a communiqué sur le dépôt de plusieurs plaintes, notamment contre le mouvement LFI et certains de ses élus, alors que le parquet de Grenoble a ouvert une enquête pour « délit d’entrave concertée aux libertés ». Vendredi 24 juillet, la maire de Grenoble, Laurence Ruffin (divers gauche), doit convier la presse pour annoncer le dépôt d’une nouvelle plainte de la ville au sujet de cette affaire.