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Commerces à Paris : le tourisme et la vente en ligne font toujours la loi

Le Monde · 12/10/2026 · ← revue

Les premières données de l’étude réalisée tous les trois ans par l’Atelier parisien d’urbanisme (APUR) sur les commerces à Paris, rendues publiques lundi 12 octobre, confirment des trajectoires identifiées depuis des années. Selon ce recensement exhaustif réalisé en avril, le tissu commercial de la capitale poursuit ses mutations sous l’influence de deux facteurs principaux : la vente en ligne qui continue d’étouffer des secteurs (habillement, équipements de la maison, bricolage) et la clientèle touristique qui pèse sur d’autres (alimentation, hôtellerie, luxe). Avec, pour conséquence, une augmentation de la vacance commerciale de 0,8 point pour atteindre le taux record de 11,7 %, du jamais-vu depuis le début de ces études, en 2000. Depuis 2023, 510 établissements ont ainsi baissé le rideau, fixant le nombre de commerces en rez-de-chaussée à 60 517, dont 17 722 petits commerces indépendants. Si les auteurs de l’étude, réalisée en partenariat avec la Ville de Paris et la chambre de commerce et d’industrie de Paris, écrivent que leur enquête « confirme l’attractivité du paysage commercial, très dense et divers », le fait est que la vacance continue sa courbe ascendante entamée en 2014, quand le taux était à son plus bas, à 9,1 %.

Infographie : Le Monde

Source : APUR

Seuls cinq arrondissements connaissent une légère baisse de la vacance depuis 2023 (1er, 6e, 8e, 9e et 16e) tandis que le 2e, particulièrement touché par la chute du commerce de gros, est le plus affecté (15,6 % de taux de vacance). La plus forte hausse sur les trois dernières années est relevée dans le 14e arrondissement (+ 2,1 %) où l’on compte beaucoup d’enseignes de prêt-à-porter, affectées par la crise générale du secteur. C’est un des enseignements de l’étude : la santé du tissu commercial de la capitale reste fortement indexée sur la concurrence de la vente en ligne. Tous les commerces vendant des biens qui peuvent être achetés sur Internet poursuivent leur déclin : 363 boutiques d’« équipement à la personne » (habillement) ont disparu depuis 2023 (– 5,4 %) ainsi que 141 d’« équipement de la maison » (– 5,3 %), 31 de bricolage et jardinage (– 3,5 %) et 96 de culture et loisirs (– 1,8 %). Les agences de voyages et bancaires continuent également de disparaître (450 en moins soit – 12,1 %) ainsi que les garages et concessionnaires auto (– 17,9 %), un recul logique dans une ville qui fait la chasse à la voiture. « Malgré un contexte économique difficile et préoccupant, notre tissu commercial résiste, veut croire le maire de Paris Emmanuel Grégoire (Parti socialiste), mais certaines évolutions nous alertent, notamment le recul de certains commerces non alimentaires ou des librairies. »

Infographie Le Monde

Sources : APUR

A l’inverse, les secteurs qui ne peuvent se passer de l’humain sont en meilleure forme, comme le médical (53 locaux en plus, + 2,4 %) et les services aux particuliers (+ 0,2 %). Les bars et cafés, « dont les effectifs étaient stables jusqu’à récemment (2 100 établissements en 2000 et 2 097 en 2023), voient leurs effectifs augmenter de 497 établissements », signalent encore les enquêteurs. Mais cela « se traduit principalement par le développement des coffee shops et bars à chicha, alors que les cafés traditionnels diminuent ». De la même manière, si la restauration se porte plutôt bien, le détail des enseignes nous apprend que 43 brasseries ont disparu en trois ans tandis que 39 établissements de poulet frit ont émergé. Des mouvements qui seraient le signe d’« une clientèle à la fois plus jeune, plus active et plus touristique » pour l’APUR.

Primeurs, boucheries et poissonneries en baisse

Le poids du tourisme se ressent plus largement dans le secteur alimentaire où la croissance globale (0,8 %) est surtout portée par la hausse des pâtisseries, chocolateries et glaciers tandis que les primeurs, boucheries et poissonneries sont en baisse. L’hôtellerie et le luxe profitent aussi de la manne touristique : entre 2023 et 2026, le premier secteur a gagné 57 établissements dans la capitale et le second innerve « le centre de Paris [qui] a retrouvé son attractivité attestée par l’ouverture de nombreuses boutiques haut de gamme dans le Marais ou l’avenue des Champs-Elysées ». Devant ces résultats qui confortent des tendances de fond se pose la question de la responsabilité et de la marge d’action de la mairie de Paris. En 2006, elle a été la première collectivité à introduire le principe de « linéaire de protection commerciale » dans son plan local d’urbanisme : sur 349 kilomètres de rues (sur un total de 1 900), les commerces de proximité ou d’artisanat ne peuvent plus être transformés en autre chose, avec une exception introduite en 2024 pour les locaux médicaux. En 2026, selon l’APUR, les quelque 37 000 commerces concernés connaissaient un taux de vacance limité à 9,8 %, soit deux points en dessous de la moyenne. « Nous devons aller plus loin pour préserver nos commerces de proximité : agir sur les loyers commerciaux, soutenir nos commerces culturels avec un fonds dédié, et renforcer avec nos bailleurs sociaux les actions dans les quartiers les plus fragiles », estime Emmanuel Grégoire, qui voudrait expérimenter l’encadrement des loyers commerciaux. Une idée désapprouvée par le Medef Paris et la quinzaine d’organisations professionnelles regroupées dans l’Institut du monde économique Paris (IME) : dans un rapport de janvier, ils estimaient que « si la situation du commerce se dégrade dans certaines zones, ce n’est pas fondamentalement en raison du niveau des loyers, mais du fait d’un changement des conditions de la chalandise ». Ces représentants plaident surtout pour une systématisation des études d’impact « avant toute mesure réglementaire, en particulier dans le domaine des mobilités ». Une coopération à laquelle s’est engagé le maire de Paris lorsqu’il les a rencontrés le 27 août, aux universités d’été du Medef, proposant que « la Ville devienne un partenaire de l’IME ». « Avec le conseil économique parisien qui sera lancé en novembre et les assises du commerce en 2027, nous voulons construire, avec l’ensemble des acteurs concernés, des solutions concrètes pour maintenir un commerce diversifié, accessible et vivant dans tous les quartiers de Paris », a-t-il de nouveau garanti, lundi 12 octobre.

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