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Comment les élus se préparent au vieillissement de la population et à la baisse des naissances

Le Monde · 16/08/2026 · ← revue

Une fois de plus, ils seront en première ligne. C’est aux élus locaux qu’il reviendra, et qu’il revient déjà, d’affronter sur le terrain les effets redoutables de l’« hiver démographique », qui a débuté en France, selon les mots de Clément Beaune, haut-commissaire au plan. Le 8 juin, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) en a précisé les contours : depuis 2025, il y a davantage de décès que de naissances dans le pays ; la population vieillit toujours davantage au point, à terme, de diminuer. « Le vieillissement s’est accéléré depuis les années 2010 avec les retraités du baby-boom, notamment sur le littoral et dans les territoires ruraux », observe Anton Paumelle, docteur en géographie à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Et, constate le chercheur, « un mouvement s’enclenche chez les élus locaux ». Départ des jeunes ou arrivée de retraités, le phénomène est hétérogène selon les lieux. Par conséquent, les enjeux varient pour les élus. Mais c’est aussi une question de vision politique. « En matière démographique, on dit souvent que l’on a dix ans d’avance sur le pays », note Quentin Brière, maire (divers droite) de Saint-Dizier (Haute-Marne). La ville perd des habitants depuis 1975, victime de la désindustrialisation et du vieillissement de la population, passée de 37 000 à 23 000 habitants. « Il y a deux choses qu’un maire doit faire, estime l’élu. D’abord, accompagner le vieillissement, mais on ne peut pas s’en contenter. Ensuite, il faut comprendre que la municipalité a un impact énorme sur le projet d’enfant. » Les couples disent vouloir en moyenne 2,5 enfants, mais ils n’en font que 1,5, explique M. Brière : « C’est un constat d’échec collectif. » Les maires, pense-t-il, doivent s’emparer, y compris dans le discours, de ce sujet et « permettre aux parents d’aller au bout de leur projet ». La municipalité est « l’acteur n° 1 », qu’il s’agisse de logement, de garde d’enfant et de sécurité. M. Brière a une cible privilégiée : le jeune qui a grandi à Saint-Dizier, mais a étudié et a commencé sa carrière professionnelle ailleurs. Rapidement, suppute-t-il, il constate que son mode de vie se dégrade. C’est là que la municipalité de Saint-Dizier intervient. Un plan pour la petite enfance « hyperincitatif », vante le maire, a été concocté : places en crèche supplémentaires, reprise en gestion de quatre microcrèches associatives, soutien aux assistantes maternelles… La ville offre également l’accompagnement de professionnels (comme des architectes ou des fiscalistes) et jusqu’à 10 000 euros aux jeunes couples qui achètent et rénovent un logement. « C’est de la dentelle, mais ça marche très bien », se réjouit M. Brière.

Un minimum d’élèves

L’éducation est un enjeu décisif lorsque les élèves ne sont plus assez nombreux. Les régions, chargées des lycées, y réfléchissent depuis plusieurs années. En Centre-Val de Loire, par exemple, certains établissements sont désormais ouverts en dehors du temps scolaire pour accueillir des tiers. Le département Deux-Sèvres va perdre un quart de ses collégiens en dix ans, expose la présidente (divers droite) du conseil départemental, Coralie Dénoues. En 2023, elle a lancé un plan Collège 2050 : trois établissements sur 35 seront fermés et l’offre scolaire sera réorganisée. Ce n’est pas une mince affaire : il faut un minimum d’environ 300 élèves pour être sûr d’avoir une équipe d’enseignants stable et à plein temps. Il ne faut pas trop de temps de car scolaire et garantir le choix entre public et privé aux parents. « Au début, on n’a pas mesuré la défiance vis-à-vis de la parole publique, se souvient Mme Dénoues. Les gens disaient : “On n’a jamais vu des politiques faire de beaux collèges pour les enfants de la campagne.” La seule solution, c’était de tenir ses promesses. » De 2010 à 2024, il y a eu 6 000 fermetures d’école en France. Et ce n’est qu’un début. Pour éviter le psychodrame annuel de la carte scolaire, qui répartit les postes d’enseignant, une expérimentation officielle prévoit d’en partager l’élaboration avec les élus locaux. « On nous propose la scie et on nous confie le soin de choisir les branches à couper », transcrit Vincent Chauvet, le maire (MoDem) d’Autun (Saône-et-Loire). Président de l’Association des maires de la Loire, Yves Nicolin prévient ses collèges « qu’ils vont devoir accepter la fermeture des écoles. Ils sont très frileux, mais ce sont des combats perdus d’avance ». A Roanne, ville dont il est maire (Les Républicains, LR) depuis 2001 (sauf entre 2008 et 2014), les effectifs scolaires sont passés de 7 500 en 1975 à 2 400. « J’ai fermé six écoles sur 17, depuis 2001 », explique-t-il. Attirer des jeunes ménages qui vivent ailleurs pour avoir des élèves, tous les élus y pensent. Mais cette politique, qui peut se faire au détriment des personnes âgées sur place, est « en partie inefficace », considère M. Paumelle, car le phénomène est national et structurel. Même si, tempère le chercheur, les maires « ont un rôle important en matière d’adaptation » au choc démographique.

« On est votre avenir »

Certains rechignent, victimes de « représentations négatives assez courantes », constate M. Paumelle. A Autun, Vincent Chauvet l’a constaté. Dans sa ville, le nombre de décès dépasse celui des naissances depuis 1998. « On nous a longtemps pris pour des arriérés. En réalité, on est votre avenir, proclame le maire. Nous ne sommes pas un territoire que les gens fuient. Au contraire, on observe un retour assez important de jeunes retraités. Et on n’a pas le vieillissement honteux, mais heureux. » Leur présence accrue représente « plein d’opportunités », défend M. Chauvet. La vie associative est dynamique, assure-t-il. Le niveau de vie des retraités, supérieur à celui des actifs, permet aussi de faire travailler les commerces et les artisans. « On a déjà transformé une ancienne école en résidence senior, poursuit M. Chauvet. Certains de ceux qui s’y sont installés avaient été scolarisés au même endroit. » Une action « commerces accueillants » a été lancée : les personnes âgées peuvent s’y asseoir, prendre un verre d’eau et aller aux toilettes. La ville offre également une large palette de solutions de logement, du béguinage à l’habitat intergénérationnel. Comme dans le Lot-et-Garonne, où le vieillissement est également une réalité : y vivent 93 000 personnes de plus de 65 ans ; elles seront 140 000 en 2048, annonce Sophie Borderie, présidente socialiste du conseil départemental. Entre le domicile et l’Ehpad, il manquait une option. Le département s’est lancé dans « une troisième voie », explique l’élue : l’habitat partagé. Des logements privatifs, des espaces communs et des services. Neuf résidences ont déjà été financées, d’autres sont envisagées. Parallèlement, la collectivité soutient le modèle associatif des aides à domicile. « C’est toute une politique à revoir si on veut s’occuper des personnes âgées comme il faut, prévient Mme Borderie. Et là, ça relève de la solidarité nationale. »

Politique migratoire

Une autre question dépasse de beaucoup les élus locaux : l’immigration. Même si, là encore, ils sont en première ligne. « Quel aveu de faiblesse ! Non, cela ne peut pas être la seule solution, considère M. Nicolin. Ce qu’il faut au pays, c’est une politique familiale et une politique du logement. Et une politique migratoire maîtrisée. En 2025, on a eu 500 000 entrées sur le territoire [le solde migratoire s’établit à 176 000 en prenant en compte les sorties] et on a construit 90 000 logements : on va les loger où ? » A Autun, le maire constate, lui, que « dans nos territoires à taille humaine l’intégration se passe extrêmement bien ». Il sait bien que, sur cette question, l’acceptation de la population est décisive. Mais « lorsque la personne respecte les lois de la République, il n’y a pas de rejet ». Dans les Vosges, c’est aussi une piste explorée. Les mineurs non accompagnés, « ils sont là, ils sont bien encadrés et ça se passe bien », témoigne François Vannson, président (LR) du département. Comme M. Chauvet, il rappelle cependant qu’il faut respecter certaines conditions. Ils décrochent un bac pro, s’intègrent et parlent le français « mieux que moi », dit-il encore. « Ce sont des gamins méritants. Je les reçois et je leur dis : “La France s’est occupée de vous, et vous avez été à la hauteur. En contrepartie, je vous demande d’épouser les valeurs de la République, dont la laïcité” », raconte l’élu local. En précisant cependant une chose : « C’est de 100 à 200 mineurs par an. Même si on en accueillait davantage, ça ne suffirait pas, de toute façon, à régler le problème. Et ça coûte… »