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Les écoles, collèges et lycées français accueilleront, mardi 1er septembre, quelque 161 000 élèves de moins qu’à la rentrée 2025. Si le reflux a commencé il y a déjà plusieurs années, conséquence de l’évolution de la démographie française, le système scolaire n’a jamais connu une telle décrue. La baisse, concentrée sur le premier degré, s’étend désormais au collège. D’ici à dix ans, la France aura perdu 1,7 million d’élèves, soit près de 15 % des effectifs, selon les prévisions ministérielles. Le paysage scolaire va en être profondément transformé. Alors que plus de 5 000 établissements ont déjà fermé depuis 2012, dont 400 depuis 2024, près de 8 % des écoles ne comptent déjà plus qu’une seule classe. Combien d’établissements pourraient être menacés de fermeture ? Quel est le temps de trajet maximal acceptable pour un élève ? Des questions cruciales d’aménagement du territoire se posent, en particulier en milieu rural, et la crainte des déserts scolaires est désormais dans toutes les têtes des élus locaux. « Nous sommes face à un défi que la France n’a jamais connu. Il s’agit de garantir une offre éducative sur tout le territoire », prévient Kamel Chibli, vice-président de la région Occitanie chargé de l’éducation auprès de Régions de France. Ministère et collectivités sont sortis du déni pour tenter de planifier ces évolutions. « Nous devons prévoir et en profiter pour améliorer et diversifier l’offre scolaire », affirme le ministre de l’éducation nationale, Edouard Geffray, qui en a fait une priorité. Dans cette perspective, une « direction de la politique territoriale de l’école et de l’anticipation » doit voir le jour d’ici à octobre, au sein du ministère, alors que « l’administration centrale ne comptait aucun démographe ou géographe », souligne M. Geffray. L’éducation nationale a lancé, en avril, une expérimentation dans 18 départements pour construire la carte scolaire, non plus de manière annuelle, mais sur cinq ans. Cette méthode doit être généralisée à l’ensemble des départements à partir de 2027 et aboutir à des contractualisations entre les collectivités et l’Etat. « Aucun maire – et aucun citoyen – ne doit plus découvrir au mois de mars les ouvertures ou les fermetures du mois de septembre », assure le ministre.
« Une école pour le village »
Avec plus d’un élève sur dix en moins dans les cinq prochaines années, le Doubs fait partie des départements pilotes. Le directeur académique des services de l’éducation nationale (Dasen) du département, Samuel Rouzet, a mené des réunions tout le printemps avec les maires, à l’échelon des communautés de communes. « Il ne s’agit pas de faire du président de l’intercommunalité notre interlocuteur privilégié, mais d’avoir des zones d’échange à taille humaine », dit-il, surpris d’avoir vu les « trois quarts des maires » se déplacer. M. Rouzet s’est lancé dans un « grand travail d’explicitation » en présentant un « brouillon de carte scolaire à cinq ans », conscient que « chaque territoire n’avance pas au même rythme ». « La zone frontalière suisse connaît une déprise moins forte que d’autres endroits du département, mais ce déclin démographique est un choc pour ses élus après des décennies de croissance », explique ce cadre de l’éducation nationale. En Charente aussi, l’heure est à la rencontre avec les élus locaux, afin de « cartographier les écoles et leur devenir », selon les mots du Dasen Thierry Claverie. Ce département va connaître une diminution de 17 % à 20 % de ses effectifs en dix ans. D’ici à 2031, quatre collèges vont compter moins de 100 élèves, et huit écoles ferment déjà à la rentrée 2026. « Il s’agit aujourd’hui de dépasser le concept d’une école dans le village pour passer à une école pour le village », remarque M. Claverie. « Pour un maire, c’est toujours un sacrifice de fermer son école. Il nous faut donc travailler sur la plus-value que la nouvelle carte va apporter et privilégier une approche systémique qui intègre la petite enfance et les équipements sportifs et culturels », détaille-t-il à propos de ce dossier « complexe et sensible ». Les réticences peuvent encore être vives, tant la présence d’un établissement scolaire est synonyme d’attractivité pour un territoire. Néanmoins, les regroupements d’écoles de communes voisines sur un seul site sont de moins en moins tabous. « Les maires sont lucides et responsables. Ils sont conscients qu’il vaut mieux parfois sauver une école par territoire que fermer les deux existantes, même si les questions de mixité, d’inclusion et de proximité doivent trouver leur place dans cette nouvelle carte », dit Antoine Jouenne, maire adjoint (Parti socialiste, PS) à Châtillon (Hauts-de-Seine) et coprésident de la commission éducation de l’Association des maires de France.
« Ne pas construire pour rien »
L’expérimentation menée dans ces 18 départements doit trouver de premières traductions concrètes dans le projet de loi de finances 2027, a-t-on assuré au ministère de l’éducation. Cette volonté d’aller vite suscite des inquiétudes. « Les discussions sont menées en toute opacité en dehors des instances de la carte scolaire, excluant les représentants du personnel et des parents », regrette Sandrine Monier, l’une des responsables du syndicat SNUipp-FSU. « Nombre de familles déplorent déjà de ne plus avoir d’écoles à proximité. Cette expérimentation ne peut pas seulement conduire à la multiplication de fusions d’établissements. La baisse démographique doit avant tout permettre d’améliorer les conditions d’études et de travail », prône plus globalement Elisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du syndicat SE-UNSA. Pour les territoires les plus reculés, l’équation n’est pas simple. Régions de France projette de revitaliser les internats ou de créer des « maisons de l’éducation », sur le modèle des maisons de santé, afin de garantir une offre scolaire de proximité. Le concept est encore assez flou, mais il pourrait rassembler école et collège ou collège et lycée sur un même site. « Nos territoires peuvent être des laboratoires pour tester des organisations innovantes », affirme le président (divers droite) du département de la Meuse, Jérôme Dumont. Pour le co-vice-président de la commission éducation de Départements de France, il s’agit aussi d’« établir une politique de long terme, afin de ne pas construire ou rénover du bâti scolaire pour rien ». Olivier Jacquin, sénateur (PS) de Meurthe-et-Moselle, s’en est rendu compte au contact des maires du département, qui comptera un quart d’élèves en moins d’ici à dix ans. « L’un avait fraîchement rénové son école et subissait déjà deux fermetures de classe. L’autre avait prévu une école de 15 classes, pour n’en ouvrir que 13. Cela représente un gâchis d’argent public », rapporte l’auteur d’une proposition de résolution sur la « politique de résilience des bâtiments scolaires ». Le parlementaire plaide depuis pour « rendre le bâti scolaire plus adaptable ». « Les locaux libérés doivent accueillir des permanences médico-sociales, une bibliothèque, un accueil France Services et même des logements pour les enseignants », énumère-t-il. Face à ces transformations d’ampleur, certains veulent fixer des limites. Marie-Jeanne Bellamy, sénatrice (Les Républicains) de la Vienne, est de ceux-là. Elle a déposé durant l’été une proposition de loi, non inscrite aujourd’hui dans le calendrier parlementaire, pour « garantir le maintien d’une offre scolaire de proximité dans les communes peu et très peu denses ». Outre une concertation renforcée sur les évolutions de la carte scolaire, le texte prévoit que le gouvernement rende des comptes tous les trois ans sur les moyens alloués aux territoires ruraux. Pour elle, « il faut introduire des garde-fous pour que l’Etat ne soit pas que dans une logique comptable ».