Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeAbonné (cookies session)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

« Cela sera peut-être plus apaisé après la présidentielle » : à Grenoble, Laurence Ruffin veut tenir son couloir entre LFI et la droite

Les Échos · 13/08/2026 · ← revue

Par Florian Espalieu

« Les faits sont graves, une ligne rouge a été franchie », martèle Laurence Ruffin ce 24 juillet. Lors d'une conférence de presse organisée en urgence, la maire de Grenoble - apparentée écologiste - annonce le dépôt d'une nouvelle plainte contre X auprès du procureur de la République, après l'interruption du concert de la DJ Barbara Butch quelques jours plus tôt, dans le cadre d'un festival gratuit de la ville. Le set de l'artiste, perturbé par une foule de militants pro-palestiniens - lui reprochant de s'être produite à l'ambassade de France en Israël et d'avoir signé une tribune en faveur de la loi Yadan -, n'a duré qu'une vingtaine de minutes. L'appel au boycott a notamment été mené les semaines précédentes par LFI et son chef de file au conseil municipal Allan Brunon, présent lors du concert avorté. « Nous pensons qu'il est légitime de protester, mais les violences et les entraves à la liberté d'expression sont des méthodes que nous n'acceptons pas », appuie l'édile.

« Eviter le retour de Carignon »

Ces déclarations marquent la prise de distance avec LFI qui a permis à Laurence Ruffin d'être élue le 22 mars dernier, grâce à une fusion de listes dite « technique ». Avec 56,59 % des voix au second tour dans son duel face à Alain Carignon pour la droite, elle a obtenu 46 des 59 sièges du conseil municipal de Grenoble. Sauf qu'en raison de l'accord passé avec Allan Brunon, ce dernier a ensuite récupéré 13 places. « Nous avions conscience que nous n'avions pas la même ligne mais il s'agissait d'éviter le retour de Carignon qui posait un problème moral, politique et éthique », retrace ce dernier. Position également assumée à nouveau par Laurence Ruffin ce 24 juillet. Nous sommes dans la radicalité politique quand, face à la nécessité de changements, eux sont dans l'accommodement

Allan Brunon, chef de file LFI au conseil municipal

Mais l'Insoumis fustige aujourd'hui le « manque de courage politique » de son alliée de circonstance d'hier. « Nous sommes dans la radicalité politique quand, face à la nécessité de changements, eux sont dans l'accommodement », argue-t-il fustigeant notamment l'alliance de la majorité avec des élus du centre et de droite au niveau de la Métropole. Ou encore le programme des 100 jours de la ville dont, selon lui, « aucun point ne répond à la crise énergétique, climatique et sociale ». De l'autre côté de l'échiquier politique, Clément Chappet, qui a repris le flambeau de la droite - Alain Carignon se retirant après sa défaite -, pointe une plainte contre X pour « protéger Allan Brunon » et lui reproche plus généralement des « gages » donnés à LFI « alors qu'ils cartonnent la majorité ». « Au moins, sous l'ancien maire Eric Piolle, les débats traitaient de sujets locaux, tandis que LFI est dans une logique nationale et se fout de Grenoble », poursuit-il. Il n'est pas moins critique sur les premières mesures : « Elue sans programme, elle parle d'un plan de mandat pour l'automne. Et dans la perspective des 100 jours, outre la réappropriation de l'existant, ne restent que quelques gadgets : des rubans colorés dans une rue en juillet pour le commerce et une trempette dans l'Isère fin août. »

Lutte contre le narcotrafic

Du fait d'une vague récente de fusillades sur fond de narcotrafic - conduisant à une dizaine de morts en six mois -, la thématique de la sécurité a dominé la campagne. Et là non plus, le groupe de droite ne voit « rien de neuf » si ce n'est ce qui existait déjà : « A notre question orale, elle nous a répondu qu'elle partageait ni notre constat ni nos solutions et qu'on faisait de l'instrumentalisation. » Autant d'éléments sur lesquels se défend Laurence Ruffin : « Si le Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) continue à exister, nous avons ajouté une cellule de coordination rapprochée, avec une fréquence beaucoup plus importante. » Elle compte aussi travailler sur les liens entre police municipale et nationale mais aussi bailleurs sociaux et métropole avec une vice-présidence en charge de la prévention de la délinquance. Elle assure aussi qu'une cartographie de l'état de fonctionnement des caméras de surveillance est en cours.

Adaptation aux canicules

Parmi la vingtaine d'autres mesures du programme des 100 jours figurent le début de mise en oeuvre opérationnelle de deux centres de santé ainsi qu'un plan d'animation de la ville en faveur du commerce. « Quand il fait très chaud, les rues sont vides. D'où cette rue colorée et ombragée, en s'inspirant de villes comme Barcelone, qui permet de baisser de 3 à 4 degrés la température ressentie. »

Ce théâtre donne une image regrettable de la politique

LAURENCE Ruffin, maire de Grenoble

« Les canicules que nous venons de vivre seront la norme en 2050 », plaide l'élue qui prévoit à ce sujet une baignade expérimentale dans l'Isère fin août. « Plein de villes européennes le font. Et c'est une mesure très sociale, gratuite, pour les gens qui ne peuvent pas partir en vacances. » Quant à l'ambiance rarement sereine durant les conseils municipaux, dans la lignée d'une campagne électorale pour le moins rugueuse, elle ne s'inquiète pas outre mesure : « Ce théâtre donne une image regrettable de la politique, mais cela sera peut-être plus apaisé après la présidentielle », veut-elle croire en assurant la « grande cohésion » de sa majorité restreinte : « Cette faiblesse est aussi une force car, pour durer, il faut qu'on soit soudés. Nos oppositions sont sans doute moins unies », glisse celle qui a dirigé une société coopérative dans l'informatique durant près d'une décennie. Plusieurs membres ont effectivement déjà quitté leur groupe d'opposition : une à droite et deux chez LFI. Les autres épisodes de notre série « Leurs premiers mois de nouveaux maires » :

Florian Espalieu