Revue de presse

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Carcassonne : une vidéo de policiers municipaux tenant des propos racistes et misogynes en pleine rue diffusée ; le parquet ouvre une enquête

Le Monde · 09/09/2026 · ← revue

Une vidéo de novembre 2025 dans laquelle des policiers municipaux de Carcassonne tiennent des propos racistes, sexistes et complotistes au cours d’une patrouille nocturne a été diffusée, mardi 8 septembre, par le quotidien régional Midi libre. Le parquet de Carcassonne a annoncé mercredi auprès de l’Agence France-Presse (AFP) qu’une enquête avait été ouverte, sans en préciser la date. « Ils roulent vite, ces bougnes, hein ? Hier, ils étaient sur un chameau, aujourd’hui une voiture… », déclare notamment l’un des agents, qui prend le plus souvent la parole sur la vidéo accidentellement captée par la caméra-piéton d’un des policiers, dont des extraits ont été rendus publics mardi soir par le Midi libre. « J’en peux plus, en centre-ville, du bicot, du nègre, du nègre, du bicot, de l’Afghan… », poursuit-il sur cette vidéo, avant de lancer : « On est devenus chrétiens sous Clovis, on va devenir musulmans sous Macron. » Un des autres policiers présents dans la voiture lance également, en croisant un passant : « C’est un bougnoule qui pue le kebab. » Après l’appel d’une administrée qui dit avoir percuté un animal avec sa voiture, l’un des policiers s’inquiète : « J’espère que ce n’est pas un gamin, ou quelqu’un, qu’elle a percuté. » L’agent qui prend le plus la parole lui répond en plaisantant : « Non, c’est peut-être un migrant, un petit Kirikou », avant d’ajouter, en imitant un accent caricatural : « Kirikou dans la savane, il est percuté, il est venu en France, il est percuté par un véhicule. » Le même policier relaie également, dans une tirade homophobe, la théorie complotiste selon laquelle Brigitte Macron serait une personne transgenre. « On essaye de cacher ça au monde entier », dit-il. Après avoir visionné une vidéo sur la guerre d’Algérie, il commente : « Et alors ? On a niqué des bougnoules, on a niqué des bougnoules ! Et eux, combien de soldats ils ont niqués ? (…) Après, où commence la torture ? »

Membre du service d’ordre de Jordan Bardella, en visite à Carcassonne

Selon le Midi libre, le policier municipal qui prend le plus la parole est un ancien parachutiste, très investi au Rassemblement national (RN). Il a notamment prêté main-forte au département protection sécurité (DPS), le service d’ordre du parti, en assurant la sécurité rapprochée du président du RN, Jordan Bardella, lors de son déplacement à Carcassonne, le 7 février 2026, pour y soutenir l’actuel maire de la ville, Christophe Barthès (RN), alors candidat aux élections municipales. Une présence captée par des photos prises par l’AFP et Le Monde au cours de ce déplacement. Mercredi soir, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez a annoncé sur X sa décision de faire procéder à un contrôle de la police municipale de Carcassone par l’inspection générale de l’administration. « J’en ai bien sûr informé le maire », a précisé M. Nuñez, affirmant que « les propos à caractère racistes, homophobes et misogynes par des policiers municipaux de Carcassonne, dévoilés dans une vidéo aujourd’hui, sont indignes de l’uniforme de la police municipale et des valeurs de la République ». La mairie de Carcassonne, dirigée désormais par M. Barthès, avait réagi plus tôt dans un communiqué, précisant que les images, obtenues selon elle à partir d’une caméra-piéton « dérobée », remontaient à 2025, « sous la précédente municipalité ». Le maire et l’ensemble de l’équipe municipale « condamnent sans aucune réserve » ces propos, indique le communiqué, qui annonce l’engagement de « procédures » et des « sanctions » à la hauteur de la gravité des faits. La municipalité affirme également que l’ancienne équipe « a étouffé l’affaire sans y apporter la moindre réponse » et précise qu’une « remise à plat » du fonctionnement de la police municipale a été engagée depuis mars 2026. Dans un communiqué publié mercredi matin, la direction du RN a « condamné avec la plus grande fermeté les propos tenus, pénalement répréhensibles, qui vont à l’encontre des valeurs portées par notre mouvement », et a affirmé avoir « immédiatement procédé à sa radiation des effectifs du service d’ordre ainsi qu’à son exclusion du Rassemblement national ». « On ne peut pas tolérer ça », a réagi auprès de l’AFP Louis Alliot, maire de Perpignan et vice-président du RN. « Ces gens-là sont des irresponsables dangereux. Ils jettent la suspicion sur l’ensemble du corps de la police municipale. C’est évidemment un cas isolé », a-t-il assuré.

« Libération de la parole raciste »

Les propos tenus dans la vidéo suscitent une vague de réactions indignées. La ministre déléguée chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes et de la lutte contre les discriminations, Aurore Bergé, a dénoncé mercredi sur RMC des propos « absolument inacceptables », qui constituent selon elle un « délit », et a regretté « une libération de la parole raciste ». « Que ceux qui passent leur temps à dédiaboliser le Rassemblement national ouvrent les yeux : rien n’a changé dans ce parti infesté par le racisme et le fascisme », a lancé sur X le coordinateur national de La France insoumise, Manuel Bompard. La présidente (PS) de la région Occitanie, Carole Delga, s’est dite « écœurée par ces propos racistes, misogynes, et ces appels à la violence de policiers municipaux de Carcassonne », et a appelé à ce que des sanctions soient prises.