Blocage des lycées : la note de renseignement qui pointe le rôle clé de LFI

Blocage des lycées : la note de renseignement qui pointe le rôle clé de LFI
EXCLUSIF - Selon ce document de la préfecture de police de Paris, « les origines du mouvement résident de toute évidence dans une instrumentalisation de structures syndicales étudiantes et de mouvements politiques proches de l’extrême gauche ».
Qu’est-ce qui a pu pousser Oumar, Keliane, Jawad ou Frédéric, élèves en Seine-Saint-Denis, à entrer dans la ronde infernale de la contestation lycéenne qui s’intensifie partout en France ? Le Figaro a eu accès aux analyses du service de renseignement à la main du préfet de police de Paris. Dans une note récente, dont nous publions les extraits, ces fonctionnaires alertent leur hiérarchie et remettent à plat les événements pour bien comprendre comment la révolte gagne du terrain, attisée, selon eux, par la gauche la plus radicale. La galaxie Mélenchon à la manœuvre, vraiment ? Le premier ministre, Sébastien Lecornu, en est convaincu : « LFI et ses proxys de l’ultragauche » sont « à l’origine du mouvement » qui a basculé en « violences urbaines », croit pouvoir affirmer l’hôte de Matignon. Ses services relèvent que, ce 29 septembre, une vingtaine d’élus nationaux LFI étaient d’ailleurs « impliqués dans le mouvement », de Lille à Rennes, en passant par Toulouse, Albi, Rouen, Clermont-Ferrand, Bègles ou Avignon. « Actions lycéennes en Seine-Saint-Denis : un mouvement à la physionomie inédite ». Ainsi est titré le rapport dont nous extrayons les éléments clés. Ses conclusions témoignent, à tout le moins, qu’il y a lieu de prendre l’affaire des lycées très au sérieux. Car le mouvement s’est étendu dans de nombreuses villes en région désormais, avec des agressions commises, y compris contre des professeurs, de multiples dégradations et incendies qui se propagent, de Nantes à Marseille, selon des ressorts que les experts parisiens pensent avoir cernés, pour leur part, sur leur territoire.
« Une stratégie d’embrasement » avant les élections
À les lire, « les actions lycéennes qui ont débuté le 21 septembre en Seine-Saint-Denis ont été aussi violentes que soudaines ». Car c’est dans le bouillant 93 que tout a commencé. « Une recherche de désordre et la mise en œuvre par les lycéens de modes opératoires utilisés d’ordinaire lors d’épisodes de violences urbaines en font un mouvement inédit », insistent-ils. Selon eux, « les origines du mouvement résident de toute évidence dans une instrumentalisation de structures syndicales étudiantes et de mouvements politiques proches de l’extrême gauche ». Et de poursuivre : « Le climat de tension sociale qui en découle marque une inflexion en cette rentrée sociale plutôt calme et peut correspondre à une stratégie d’embrasement de la part des structures syndicales et politiques parmi les plus radicales pour imposer leurs idées à l’approche d’échéances électorales nationales. » » LIRE AUSSI - Saint-Denis : le maire LFI Bally Bagayoko cité dans la plainte d’une policière dont la voiture a reçu des coups Suit une description millimétrée d’une situation explosive que nul n’a vraiment vu venir et qui enfle jour après jour. « Des visuels diffusés sur les réseaux sociaux, notamment TikTok , avaient certes annoncé le mouvement mais ces affiches n’étaient pas revendiquées par une structure particulière et consistaient en des déclinaisons d’un visuel généré par intelligence artificielle (IA), modifié en fonction des lieux et dates des démonstrations », écrivent les policiers. Les élèves y ajoutaient leur patte, au style et à l’orthographe « approximatifs » : « Sorte (sic) les mortiers » ; « Venez nombreux, ramenez mortier, extincteur, bombe, cocktail Molotov. » Le 21 septembre, premier rassemblement à Saint-Denis, « peu mobilisateur ». Dès le 22, « montée en puissance des mouvements », « tentative de blocus avorté », premiers « jets de pierre et tirs de mortier » en direction des forces de l’ordre, premières poubelles qui brûlent. « Une rumeur d’attaque du commissariat de la police local a circulé parmi les élèves du lycée Denis-Papin à La Courneuve. »
Un militant interpellé lors d’un « attroupement armé »
Le 23 septembre, à Saint-Denis, « huit étudiants de l’université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis ont distribué des tracts de Jeunesse communiste en marge d’une tentative de blocus ». Puis, « un militant a été interpellé pour “participation à un attroupement armé”, étant en possession de plusieurs manches à balai et parmi les personnes contrôlées lors du tractage, la présence de C. C., individu connu pour son appartenance à la mouvance radicale et issu de l’université de Nanterre (Hauts-de-Seine), a été remarquée », révèle la note. » LIRE AUSSI - « Wesh, il a brûlé » : à Nantes, sidération après l’incendie du lycée Nelson Mandela Ce qui frappe dans ce récit, c’est la manière dont les acteurs de la casse à venir s’organisent. « Le 24 septembre, dès 6 h 40, des feux ont été allumés aux abords du lycée professionnel Bartholdi à Saint-Denis, à partir de mobiliers urbains, canapés, cartons, rapportés en partie depuis les abords par deux jeunes en trottinette effectuant des allers-retours avec le lycée Utrillo de Stains ». Les rassemblements se densifient devant les établissements, des « individus cagoulés » sont signalés. Et face aux tirs de mortier, premier emploi par la police « d’une grenade lacrymogène MP7 ». Les interpellations sont très peu nombreuses. Elles visent notamment « trois individus extérieurs au lycée » concerné. Ils ont, assure la police, « appelé les élèves à bloquer les établissements ». L’un d’eux, E.C., est « connu pour avoir occupé un bâtiment du Crous de l’université Paris-Nanterre (Hauts-de-Seine) entre le 24 et le 26 avril 2026 en compagnie d’une vingtaine de militants du Comité syndical de résidence (CSR) et de la Fédération syndicale étudiante (FSE) ». Ce ne sont plus quelques dizaines de lycéens qui composent bientôt les cortèges de la contestation mais des centaines : « 300 jeunes » à Saint-Ouen, « 200 jeunes » à Noisy-le-Grand… La police est de plus en plus chahutée, répliquant par des tirs de LBD et de lacrymogène. De façon proportionnée, selon elle.
La tactique du regroupement devant le commissariat
« La journée du 25 septembre a confirmé la tendance installée d’un mouvement axé sur la commission de violences urbaines », pointe le rapport. Mais « la tension a continué de monter » : « plus de 300 jeunes » cette fois, devant un lycée de Stain ; « engagement d’une compagnie de sécurisation départementale en renfort ». « Vers midi, les lycéens, qui n’étaient plus alors que 80, ont quitté les lieux pour se regrouper devant le commissariat de police de Saint-Denis pour manifester contre les interpellations de leurs camarades, pratique peu habituelle dans les quartiers, mais qui ressemble davantage aux pratiques des organisations syndicales ou des groupes contestataires radicaux », relèvent les hommes du renseignement de la préfecture de police (PP). « Il convient de souligner que des appels sur les réseaux sociaux » ont été lancés pour bloquer des lycées « dans le cadre d’un “challenge des blocus” lycéens organisé sur le département », ajoutent-ils. « Ceci rappelle fortement le “blocus challenge” lancé en mars 2023 par le député (LFI) du Val-de-Marne Louis Boyard pendant le conflit social lié à la réforme des retraites pour créer une émulation entre lycéens », se souviennent les analystes.
« Une volonté de désordre manifeste »
En quoi la fronde lycéenne actuelle est-elle si « inédite » ? Elle se traduit, selon eux, « par une volonté de désordre manifeste, notamment par la commission de violences urbaines, sans revendications sociales précises ». Ils ajoutent : « De toute évidence, les lycéens sont poussés à ces actions par des éléments d’extrême gauche repérés tant parmi des structures syndicales étudiantes de l’université Paris 8 (Le Poing levé, FSE) ou Paris Nanterre (FSE) que des organisations politiques comme les Jeunes communistes révolutionnaires, Révolution permanente ou LFI ». À les lire, l’existence de rassemblements de soutien de jeunes devant les commissariats où des lycéens ont été placés en garde à vue, à la suite de jets de mortier notamment, est « un élément qui plaide également pour un possible “téléguidage” opéré par des syndicats, cette pratique étant habituelle pour ces structures mais assez rares parmi les jeunes ».
Des structures syndicales classiques invisibles
Par ailleurs, « si des revendications sont effectivement exprimées par des lycéens lors des rassemblements, ces dernières sont disparates et relèvent plus de ressentis personnels que d’un message unifié en faveur de l’Éducation nationale dans le second degré, laissant à penser à un abandon total des lycéens face à ce mouvement par les structures syndicales classiques qui, étonnamment, sont invisibles sur le terrain ». » LIRE AUSSI - Blocus des lycées : des jeunes pillent et incendient un camion des marins-pompiers à Marseille En revanche, « certaines de ces structures, comme SUD-éducation 93, sont promptes à récupérer les actions lycéennes après coup mais sous l’angle des « violences d’État » et de la « répression policière », appelant les personnels des établissements concernés à soutenir les élèves dans leurs revendications et à s’opposer à la répression. Des préavis de grèves quotidiens sont déposés, permettant de débrayer ». Manquait l’inévitable volet sur le maire de Saint-Denis que chacun a pu voir danser devant les flammes en soutien aux élèves en colère lundi dernier. Ce que la police en dit dans son rapport reste purement descriptif : « Sans surprise, dès le 24 septembre au soir, l’édile de Saint-Denis, Bally Bagayoko , a publié un communiqué dans lequel il déclare qu’il “ne se satisfait pas d’apprendre qu’un agent municipal sur place (à Bartholdi) portait un LBD alors même que la situation ne l’exigeait pas” tout comme il ne “se satisfait pas non plus de voir que des jeunes gens sont arrêtés puis mis en garde à vue par des agents de la police nationale pour leurs revendications”. »
L’usage opportun des messageries Snapchat et TikTok
Quant aux « modes opératoires » des casseurs, ils perturbent aussi la police d’intervention. D’abord, à lire ce rapport, les deux tiers des interpellés sont « inconnus des services ». Ensuite, ces « inconnus » emploient les méthodes utilisées « lors des dérives urbaines ». Précision utile : « Les boucles de certains réseaux sociaux comme Snapchat ou TikTok permettent aux jeunes d’établir des contacts entre lycées et de mutuellement se prêter main-forte lors des tentatives de blocages. Elles permettent aussi de lancer à la volée des idées de projets, comme, cette semaine, l’attaque du commissariat de police de La Courneuve, davantage pour tenter les plus téméraires que pour mettre au point les actions elles-mêmes ». » LIRE AUSSI - «Quand on fait des manifestations, on ne nous écoute pas» : chauffés à blanc par LFI, les lycéens veulent poursuivre les blocages Autre constat : « Le recours à l’intelligence artificielle pour établir des visuels annonçant les blocages est aussi un phénomène nouveau venant donner une certaine contenance aux appels mais de manière anonyme, se substituant aux habituels tracts syndicaux. » Il peut même désarçonner : « Cette pratique est venue participer d’un certain trouble dans la prise en compte des actions de voie publique puisque, malgré l’impression d’organisation qu’elle renvoie, elle constitue surtout un parasitage, notamment pour les forces de l’ordre, une grande partie des actions annoncées n’étant pas suivie d’effet ». Des tracts numériques trop beaux pour être vrais ? Sur la quarantaine d’interpellations détaillées dans la note de la PP, un quart concerne des « personnes extérieures aux lycées » concernés Reste l’utilisation des trottinettes électriques, nouvelle elle aussi. Pour « établir des liaisons interlycées, assurer des missions comme la livraison de mortiers, ou permettre la fuite des tireurs à peine leur méfait commis ». Elle « a largement été constatée ». Et les policiers de conclure : « Ce n’est sans doute pas un hasard si les villes concernées par les plus grands débordements cette semaine sont celles qui reviennent le plus fréquemment dans les épisodes de violences urbaines que connaît le département comme, en tout premier lieu, Saint-Denis ». Au final, un rapport aussi instructif qu’inquiétant. La police décrit à l’envi ce qui pourrait bien ressembler à cette « convergence des luttes » tant espérée lors des émeutes de 2023 dans les rangs de la gauche radicale. Pure spéculation ? Une chose est certaine : sur la quarantaine d’interpellations détaillées dans la note de la PP, un quart concerne des « personnes extérieures aux lycées » concernés. Et parmi eux, tous sont des militants d’extrême gauche qui ont depuis longtemps quitté les bancs du lycée, étant tous nés entre 1999 et 2005.