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Blocage des lycées : aux avant-postes de la contestation, le jeu trouble de Bally Bagayoko et des Insoumis

Le Figaro · 29/09/2026 · ← revue

Blocage des lycées : aux avant-postes de la contestation, le jeu trouble de Bally Bagayoko et des Insoumis ANALYSE - Accusés par le gouvernement d’attiser les braises de la contestation, le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, et ses camarades Insoumis n’hésitent pas à se mettre en scène aux côtés des lycéens qui bloquent leurs établissements.

N’allez surtout pas y voir une énième tentative de récupération politique… Devant les grilles condamnées, dont certaines arrachées, du lycée Paul-Éluard à Saint-Denis, Bally Bagayoko jure être là « avant tout » en tant que « père de famille », « enfant » et, bien sûr, « maire » de cette ville de banlieue populaire. « Moi, je récupère rien du tout ! », a évacué ce mardi l’édile Insoumis, cerné par une marée de caméras. La veille, d’étonnantes images avaient pourtant enflammé la toile : on y voyait le quinquagénaire porté à bout de bras, telle une rock star, par des lycéens qui bloquaient l’établissement. « On reproche à Bally Bagayoko d’être acclamé par des lycéens ! », a préféré ironiser Manuel Bompard au micro de France Inter. Sur d’autres vidéos, le maire dionysien entonne, le bras en l’air, La Marseillaise avec une bande de jeunes, puis, quelques minutes plus tard, tente de calmer un petit groupe visiblement agacé par les forces de l’ordre. La consigne avait été donnée par Jean-Luc Mélenchon en personne : les élus et militants Insoumis sont tenus de « s’interposer » partout où des blocus prennent forme pour dénoncer des manques de moyens. Les voilà donc en médiateurs, voire en protecteurs, d’une jeunesse manifestante et « inoffensive » qui, toujours selon le quadruple candidat, serait victime de la « sauvagerie policière ». « Il n’y aura ni oubli ni pardon, pour personne », a-t-il prévenu mardi, avant le départ de la mobilisation de la fonction publique dans les rues de la capitale. » LIRE AUSSI - «La cocotte-minute bout très fort» : Jean-Luc Mélenchon se présente en porte-voix de l’«exaspération» des Français Et tant pis si les Insoumis sont, une fois de plus, accusés d’instrumentaliser le mouvement lycéen en alimentant une « surenchère irresponsable », comme l’a dénoncé lundi Sébastien Lecornu, qui a fait état de « tirs de mortier », d’« incendies » et de « violences » aux abords de plusieurs structures scolaires. « La violence, à un moment donné, peut être légitime. Mais chaque fois qu’on peut l’éviter, c’est mieux », lui a répondu Bally Bagayoko, depuis le lycée Paul-Éluard, où deux policiers ainsi qu’une jeune élève ont été blessés lundi. Comme un prolongement de sa sortie polémique, début mai, lorsqu’il partageait son « intime conviction » qu’une « forme d’insurrection populaire » pourrait se lever en cas de victoire du Rassemblement national. « Bally Bagayoko mériterait qu’on lui envoie la facture », réplique Valérie Pécresse, la patronne LR de la région Île-de-France, alors que plusieurs lycées ont subi des dégradations.

Une « chair à canon électorale »

Aux portes du lycée Paul-Éluard, des équipes de BFMTV ont par ailleurs été chassées de la manifestation, mardi après-midi, sous les insultes et les cris jubilatoires d’adolescents. « On ne veut pas de médias racistes », a expliqué une jeune lycéenne, aussitôt adoubée par le maire de Saint-Denis sur X : « Elle a raison ! » « Un élu de la République ne devrait pas soutenir les violences contre les médias », s’est indigné la Société des journalistes (SDJ) de la chaîne télévisée, régulièrement ciblée par les Insoumis. LFI essaie de raviver les “gilets jaunes”, elle n’y arrive pas ; elle essaie de remettre une grève générale, elle n’y arrive pas.

Valérie Pécresse

Jean-Luc Mélenchon n’a, lui, pas manqué de voir un « arrière-goût raciste évident » dans la « répression » qu’aurait ordonnée le gouvernement. « Cette violence est assumée parce que ce sont des lycées de banlieue », argue le député LFI Paul Vannier, qui s’est lui aussi « interposé » devant un établissement bloqué d’Argenteuil (Val-d’Oise). « C’est une manipulation. LFI essaie de raviver les “gilets jaunes”, elle n’y arrive pas ; elle essaie de remettre une grève générale, elle n’y arrive pas, s’agace Valérie Pécresse. Donc elle envoie les jeunes, sa chair à canon électorale. » Les Insoumis, dont certains n’hésitent pas haranguer, mégaphone en main, des troupes de « bloqueurs », se défendent pourtant de toute arrière-pensée électoraliste. « Je ne viens pas avec un paquet de tracts qui dit : “Rejoignez LFI” », rétorque Paul Vannier. » LIRE AUSSI - Présidentielle 2027 : à la Fête de l’Humanité, Jean-Luc Mélenchon vole la vedette aux communistes Il n’empêche, Jean-Luc Mélenchon n’ignore pas qu’une partie de ces lycéens mobilisés, et pour beaucoup politisés, seront en âge de voter à l’élection présidentielle du printemps prochain. Un précieux réservoir de voix pour le septuagénaire, qui surclasse déjà tous ses adversaires chez les 18-24 ans. L’Insoumis en chef n’a-t-il pas lui-même encouragé les plus jeunes à influencer leurs aînés ? « On dit : “Allez convaincre vos grands-parents” parce qu’en général ils ne sont pas de notre bord !”», professait-il encore la semaine dernière à Noisy-le-Grand, où il rendait visite à de jeunes apprentis du BTP. Une « campagne moléculaire », selon la formule théorisée par Manuel Bompard, conçue pour déclencher des réactions en chaîne. Mais, à force de tout conflictualiser, les Insoumis prennent aussi le risque d’être eux-mêmes dépassés par cette nouvelle génération, sans doute plus radicale que la précédente. « Les jeunes, c’est comme le dentifrice, quand ils sont dans la rue, c’est très difficile de les faire rentrer », les a avertis lundi soir François Hollande, en marge d’une conférence à la Fondation Jean Jaurès.