Avant les élections sénatoriales, la gauche tente de s’unir pour préserver son statut de deuxième groupe

Quelques mois après les élections municipales, les états-majors des partis de gauche doivent à nouveau ressortir carte de France, calculatrice et listes d’investiture dans la perspective des élections sénatoriales du 27 septembre. Ce sont 178 sièges de sénateurs, soit un peu plus de la moitié de l’Hémicycle, qui seront à renouveler au scrutin indirect dans 58 départements métropolitains et plusieurs territoires d’outre-mer. Pour le Parti socialiste (PS), l’enjeu est clair : conserver sa place de deuxième groupe le plus important du Sénat, derrière Les Républicains (131). Avec 64 sièges, le groupe Socialiste, écologiste et républicain (SER) est talonné par l’Union centriste et ses 59 membres. Le groupe Ecologiste, 16 élus, est, lui, théoriquement menacé : une défaite de la totalité des 7 sortants le ferait passer en dessous du seuil de 10 sénateurs nécessaire pour former un groupe. Mais Guillaume Gontard, le président des Ecologistes au Sénat, écarte cette hypothèse et espère maintenir son effectif autour de 14 unités. Quant au Parti communiste français (PCF), il ne voit que 4 de ses sièges renouvelés et espère gagner quelques élus supplémentaires. Du côté de La France insoumise (LFI), les espoirs se portent avant tout dans le Rhône, sur la candidature du député local Gabriel Amard, en attendant 2029 et le renouvellement des sièges de la région parisienne où se trouvent la majorité des mairies conquises par les « insoumis ». Le 20 juillet, le mouvement a dévoilé sur son site Internet la liste de ses chefs de file dans 58 circonscriptions sur 64, accompagnée d’un texte dénonçant les « tentatives réitérées de la vieille gauche d’empêcher les “insoumis” d’entrer au Sénat ».
« C’est de l’alchimie »
Le parti, qui ne dispose actuellement d’aucun élu au Sénat, part seul. En revanche, le PS, les Ecologistes et le PCF ont validé un principe d’alliance. L’objectif est de trouver des accords par circonscription afin de faire élire le plus possible de sénateurs de gauche. Des listes communes ont déjà été bouclées dans le Gard, où la perspective de l’élection d’un sénateur Rassemblement national a facilité l’alliance entre PS et PCF, ou encore dans les Bouches-du-Rhône, où les noms de trois candidats PS, PCF et Ecologiste figureront sur le même bulletin face à quatre listes de la droite et du centre. Mais composer des listes d’union n’est pas chose aisée. Il faut parvenir à représenter les différents territoires du département tout en tenant compte des revendications de chaque parti et d’éventuelles incompatibilités d’humeur. « C’est de l’alchimie, il faut mélanger différents ingrédients pour trouver la bonne formule, mais ce n’est pas une science exacte », résume le président du groupe socialiste Patrick Kanner. Le facteur mathématique doit aussi être pris en compte. Un candidat peut avoir davantage de chances d’être élu en constituant une liste indépendante plutôt qu’en figurant à la deuxième ou troisième place d’une liste d’union. Pour toutes ces raisons, le dirigeant national du PCF, Pierre Lacaze, signale que l’absence d’union n’est pas synonyme d’absence d’accord. L’élu communiste en sait quelque chose. Chargé de mener les discussions nationales avec ses homologues Pierre Jouvet (PS, député européen) et Thomas Dossus (Les Ecologistes, Rhône), il devrait présenter sa propre liste dans son département de Haute-Garonne, indépendamment de la candidature commune du PS et du Parti radical de gauche soutenue par Place publique.
Discordes et équilibres
Les considérations stratégiques ne suffisent toutefois pas à expliquer la persistance de certains désaccords. Le cas de la Seine-Maritime illustre les difficultés de la gauche à parler d’une même voix. Le 24 juillet, les Ecologistes annonçaient par un communiqué que la conseillère municipale de Fécamp, Bénédicte Martin, figurerait en deuxième position sur une liste commune avec le PS. Une réussite pour l’élue dont la candidature se heurtait au veto du maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol. Mais, le même jour, le premier secrétaire de la fédération locale du PS démentait la nouvelle dans l’hebdomadaire Le Courrier Cauchois, annonçant communiquer début septembre sur la liste complète. Les listes doivent être déposées entre le 7 et le 11. Cette discorde menace de fragiliser d’autres équilibres locaux à la manière d’un jeu de dominos. Ainsi l’absence de liste commune en Seine-Maritime bloque les discussions entre les Ecologistes et le PS dans le département voisin de l’Eure, où aucun candidat socialiste n’a encore été officiellement désigné. Dans le Rhône également, l’alliance attendue entre le sénateur sortant écologiste Thomas Dossus et la socialiste Hélène Geoffroy se fait attendre. Dans un communiqué publié début juillet, les Jeunes Socialistes du Rhône ont remis en question la légitimité de l’ancienne maire de Vaulx-en-Velin (Métropole de Lyon) à se présenter à cette élection après sa défaite aux élections municipales. Un travail d’alchimie qui se poursuit alors même que la campagne a déjà commencé.