Aux obsèques de François Patriat, Emmanuel Macron rend hommage à un fidèle « grognard » et met en garde Edouard Philippe et Gabriel Attal

Ils affluent depuis les rues et ruelles qui mènent à la collégiale de Semur-en-Auxois (Côte-d’Or), modeste église bourguignonne en rénovation. Ministres et sénateurs en costumes gris, figures de droite, mitterrandistes d’autrefois, jospinistes d’un temps. Ils sont venus rendre un dernier hommage au sénateur François Patriat, président du groupe macroniste au Sénat, ancien ministre de Lionel Jospin, et fidèle d’entre les fidèles d’Emmanuel Macron, mort le 19 août, à l’âge de 83 ans. Lorsque le cercueil d’un bois clair a traversé la nef, avec sa famille et le président de la République marchant à sa suite, un souvenir de dix ans a refait surface. Celui des premières heures de la macronie, auxquelles M. Patriat a participé. Dans les travées de la collégiale, il ne manquait personne de cette époque révolue : le président du Conseil constitutionnel, Richard Ferrand, Alexis Kohler, ex-secrétaire générale de l’Elysée (2017-2025), le commissaire européen Stéphane Séjourné, ou encore Julien Denormandie, qui fut ministre de l’agriculture (2020-2022). Les « combattants » de la campagne présidentielle de 2017 assis à côté de partenaires de route – François Bayrou, Bruno Le Maire, Jean-Michel Blanquer – et de ceux qui ferment aujourd’hui le bal de près de dix ans de macronisme – le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, et ses ministres Jean-Noël Barrot (affaires étrangères), Laurent Nuñez (intérieur) et Annie Genevard (agriculture). Jusque très récemment, François Patriat ne cachait pas son espoir de voir revenir Emmanuel Macron pour l’élection présidentielle de 2032. Une façon pour ce « grognard » de battre en brèche l’idée selon laquelle le macronisme, cette promesse avortée sinon inopérante du dépassement des clivages partisans, rendrait l’âme avec la fin du second quinquennat. Pourtant, cette idée de fin aura résonné tout au long des funérailles, jusque dans les mots du président de la République venu « en ami » et présenté comme tel dans le carnet de messe. Nostalgique tout au long de son discours, il s’est souvenu : « Lorsque d’aucuns parlaient, il y a un peu plus d’une décennie, d’un “nouveau monde” politique, beaucoup furent surpris de voir ce sénateur qui avait déjà quelques décennies de vie politique en devenir le chantre et le porte-parole. »
« Lui, il se battait »
« Fanfan, c’était la vie (…). Il fut de tous les combats. A chaque fois que je me suis retourné, François était là », a-t-il rappelé, comme si la vie du macronisme s’arrêtait avec la mort de François Patriat. Et de saluer cet ex-socialiste, rare « mitterrando-rocardien », qui fut « l’homme de plusieurs “en même temps” ». « Quand il a fallu essayer de réconcilier les écologistes les plus virulents et les chasseurs [en 1997], Lionel Jospin fit appel à lui. Voilà François Patriat qui montre que l’opposition est factice et qu’on peut réconcilier ces deux chemins », a relaté M. Macron. Un éloge funèbre des plus politiques à l’aube d’une campagne présidentielle où deux figures du bloc central, Edouard Philippe et Gabriel Attal, espèrent lui succéder. Une campagne où les deux devront se positionner face au bilan de dix ans de macronisme. « Dans des temps où beaucoup pensent que l’inventaire vaut mieux que d’assumer bravement, [François Patriat] assumait bravement. Là où beaucoup pensent que l’esprit de défaite a déjà gagné, lui, il se battait », a piqué le président, déplorant à demi-mot que ses deux anciens premiers ministres soient avares d’éloges sur son bilan. « J’ai un regard lucide. Je pense qu’il y avait cette promesse en 2017 de faire de la politique différemment, de partager davantage le pouvoir, d’être plus efficace dans l’action publique. De ce point de vue-là, effectivement, il y a un certain nombre d’échecs », avait ainsi déclaré M. Attal au mois d’avril, au micro de RTL. Sur le parvis de l’église de Semur-en-Auxois, alors que s’en va le cercueil de François Patriat, ministres, actuels ou d’hier, élus et autres paroissiens du macronisme quittent les lieux au son de l’opéra King Arthur du compositeur anglais Henry Purcell (1659-1695). Une musique qui rend hommage au pouvoir de l’amour d’un roi qui fut trahi par les siens.