Au Conseil de Paris, Emmanuel Grégoire engage la Ville dans une plainte en diffamation contre Rachida Dati

Comme dans le ciel de la capitale, la menace d’orage au Conseil de Paris s’est dissipée, vendredi 17 juillet, après deux premières journées de climat électrique. Le sujet annonçait pourtant du grondement dans l’air de l’hémicycle : le maire, Emmanuel Grégoire (Parti socialiste, PS), soumettait à ses pairs une délibération lui permettant de poursuivre Rachida Dati (Les Républicains, LR) pour « diffamation publique envers un corps constitué » « au nom et pour le compte de la Ville de Paris ». En cause : trois messages publiés sur X par la maire du 7e arrondissement en mai dans lesquels elle affirmait que la mairie encourrait une « responsabilité pénale » pour avoir notamment déplacé des « prédateurs sexuels » d’une école à une autre. Mais le souhait de tous de ne pas éterniser des débats qui devraient déjà mordre sur le week-end, couplé à celui de l’exécutif de rester dans la retenue, ont eu raison du tonnerre. En une demi-heure, sans expression des orateurs de la majorité qui ont renoncé à leur prise de parole, les conseillers de Paris ont adopté le texte à 82 voix pour et 53 contre. Des élus LR du groupe Paris Liberté ! jusqu’à la gauche radicale du Nouveau Paris populaire (La France insoumise, LFI) en passant par la droite modérée de Paris apaisé et les centristes de Paris au centre, tous se sont opposés à « un règlement de comptes, une entreprise mesquine de diversion », selon les mots du maire du 6e arrondissement, Jean-Pierre Lecoq (LR). « Depuis quand une collectivité mobilise-t-elle sa direction des affaires juridiques pour poursuivre une opposante politique ? », a interrogé ce proche de Rachida Dati, qui avait été l’un des premiers à soulever le problème du périscolaire en 2015. « On nous demande de poursuivre en diffamation des propos dont la matière est aujourd’hui même entre les mains de la justice », a-t-il déploré, demandant à la place que la Ville saisisse la procureure de Paris « afin qu’un magistrat soit désigné pour centraliser l’ensemble des procédures en cours ». « Nous ne pensons pas qu’il revienne à la Ville de Paris de financer des procédures qui s’apparentent davantage à un prolongement de ces affrontements politiques qu’à la défense de l’intérêt général », a appuyé Antoine Lesieur (Renaissance).
« Politiquement lâche »
« Cette délibération ne vise pas à protéger l’honneur de la Ville, elle vise à protéger Emmanuel Grégoire », a, de son côté, dénoncé Sophia Chikirou, cheffe de file des élus LFI qui ne « voteron[t] pas cette utilisation de l’argent public, des services juridiques de la Ville et de l’autorité du Conseil de Paris pour faire taire une adversaire lorsqu’elle soulève une question aussi grave ». Pour l’ex-candidate « insoumise » aux municipales de mars, le procédé est « politiquement lâche » : « Si vous estimez que c’est votre honneur personnel qui est mis en cause, attaquez en votre nom », a-t-elle lancé à l’adresse d’Emmanuel Grégoire, qui avait laissé sa première adjointe présider la séance. Le coprésident du groupe, Emile Meunier, a également mis en garde le maire : « Vous offrez [à Rachida Dati] une tribune et des moyens d’aller chercher des preuves : une condamnation ne prouvera pas que la Ville a bien agi. En revanche, une relaxe vaudra validation de la thèse de Mme Dati », qui n’était pas présente en séance. Envoyé au front pour justifier la mesure, l’adjoint (PS) au développement économique, Richard Bouigue, s’est contenté d’une réponse aussi brève que retenue pour expliquer que si « chacun est libre de critiquer les choix de l’exécutif, de contester une politique publique et d’exprimer ses convictions », « cette liberté ne saurait conduire à franchir les limites fixées par la loi ni à mettre en cause l’honneur d’une institution ». Façon de clore sobrement le long épisode périscolaire de ces derniers mois, avant une reprise certaine à la rentrée.