Au Blanc-Mesnil, un projet de « Harvard à la française » cristallise les tensions entre les municipalités successives

Par Adèle Loisel
Que reste-t-il du projet du campus trilingue imaginé au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) ? En théorie, un immense établissement scolaire privé - hors contrat - allant de la classe élémentaire à la terminale devait s'établir sur la ZAC de la Molette, une zone industrielle de 47 hectares en quête d'un second souffle. Ce « Harvard à la française » devait y accueillir 1.600 élèves qui auraient suivi un enseignement alliant français, anglais et chinois à partir de la rentrée 2029. Le groupe Fazheng International Education et des financements privés étaient, aux côtés de la ville, les locomotives de ce projet à 60 millions d'euros. Là était le plan défendu depuis 2021 par l'ancien maire et sénateur LR Thierry Meignen. Mais une élection municipale plus tard, deux visions s'opposent désormais. Battu aux municipales en mars, l'ex-édile le défend toujours en l'état. « C'est grâce à mes contacts que ce projet existe » estime-t-il.
« Adapter à la sociologie »
De l'autre, le nouveau maire Demba Traoré (DVG) juge que le campus trilingue ne peut pas s'envisager sous la forme défendue par son prédécesseur. Il en attend les preuves concrètes. « A mon arrivée, il n'y avait aucune trace de ce campus : ni permis de construire, ni promesse d'investissement, ni opérateur. Ce n'était qu'une parole électorale », considère le nouvel élu. Pour l'heure, chacun avance ses pions. Thierry Meignen espère une seconde manche au tribunal : il a déposé un recours dénonçant des « irrégularités » de campagne et espère redevenir maire début 2027. Demba Traoré, lui, veut faire évoluer le projet de campus pour l'« adapter à la sociologie » des 62.000 habitants du Blanc-Mesnil. La commune longtemps dirigée par une municipalité communiste, dont près de la moitié de la population vit en quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV), compte 14.000 élèves pour 49 groupes scolaires. Aucun n'est un établissement privé sous contrat. La mairie étudie donc la construction de sa première école, maternelle et primaire, privée.
Besoin d'une école privée
« Nous en avons besoin puisque des Blanc-Mesnilois se scolarisent dans ce genre d'écoles ailleurs. Nous ne voulons toutefois pas d'un établissement dont presque aucun élève de la ville ne pourra profiter », insiste Demba Traoré, pointant des frais de scolarité annuels supérieurs à 7.000 euros dans le campus imaginé par le sénateur. Idem pour la refonte de la ZAC dans laquelle devait s'établir le campus. Initialement, l'établissement devait servir de figure de proue au quartier pensé par Thierry Meignen pour gentrifier la ville, en attirant notamment les familles des cadres de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, à proximité. Il aurait dû compter un food court, pléthore de commerces et plus de 5.000 appartements, dont 200 seulement auraient été des logements sociaux. La nouvelle municipalité planche sur un projet de « mixité » afin de proposer plus de logements sociaux et intermédiaires, « en cohérence avec le parcours locatif des habitants », projette Demba Traoré.