Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeAbonné (cookies session)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

A Paris, pour son premier budget, le maire Emmanuel Grégoire accusé de « marchandiser » la ville

Le Monde · 02/10/2026 · ← revue

D’un côté, maintenir des dépenses d’investissement ambitieuses. De l’autre, ne pas aggraver la dette ni augmenter la taxe foncière. Pour le maire de Paris, il n’y a guère d’autre solution pour concilier les deux objectifs : aller chercher davantage de financement en externe. Alors qu’Emmanuel Grégoire (Paris socialiste, PS) doit présenter le premier budget de son mandat en décembre, les arbitrages en cours agitent déjà des pans de la majorité comme de l’opposition, qui se retrouvent sur une même crainte : voir Paris de plus en plus privatisée. Plusieurs projets concourent à cette inquiétude. Sur les Champs-Elysées, la malle géante Louis Vuitton, installée en 2024 pour masquer les travaux de la future boutique LVMH, avait déjà contrarié les élus écologistes. Dans une délibération soumise au Conseil de Paris qui s’ouvre mardi 6 octobre, la mairie va plus loin : elle compte déléguer entièrement la rénovation d’une partie des deux rues adjacentes, Bassano et Galilée, à l’entreprise de Bernard Arnault, « en vue de les apaiser au bénéfice des piétons ». Les travaux sont estimés à 2 millions d’euros, et le texte prévoit que la société du milliardaire prenne « intégralement en charge ce coût, y compris les éventuels dépassements », « sans aucune contrepartie ». Une proposition de LVMH acceptée par la Ville « sous réserve d’un contrôle accru de l’opération », a garanti l’adjoint (PS) en charge de l’espace public, Thomas Chevandier. Pas de quoi rassurer les oppositions : « Paris n’est pas à vendre, l’espace public appartient à tout le monde », a critiqué Maud Gatel, cheffe de file des élus centristes, lors d’une conférence de presse, jeudi 1er octobre, quand le groupe de La France insoumise (LFI) a déploré une « marchandisation de la ville » et « un retour en arrière » par la voix de son coprésident, Emile Meunier. Les Ecologistes, intégrés à la majorité municipale, ont, eux, prévenu qu’il ne faudra pas compter sur leurs voix.

Cessions d’actifs

Un autre contrat est dans leur viseur comme dans celui des élus LFI, qui prévoit de doubler les emplacements publicitaires sur les panneaux des murs aveugles appartenant à la Ville. « Oui, 21 panneaux de plus, mais plus petits : la surface publicitaire totale baisse de 16,5 % », a assumé sur X la première adjointe socialiste, Lamia El Aaraje, indiquant que cela rapporterait « 20 millions pour la Ville sur cinq ans ». « Personne n’aime la publicité mais on a besoin de financer l’investissement », justifie également auprès du Monde l’adjointe (PS) en charge des finances, Johanne Kouassi. Les publicités qui s’étalent sur certaines bâches de travaux de façades ne sont pas non plus près de disparaître puisque la Ville compte développer le mécénat et les cofinancements de fonds français comme internationaux. « Comme dit le maire, il vaut mieux une bâche publicitaire et rénover le patrimoine que ne pas rénover le patrimoine », défend Johanne Kouassi, tandis que son entourage glisse que les Jeux olympiques de Paris 2024 ont permis de promouvoir « des objets qui, visuellement, se vendent bien ». Les cessions d’actifs détenus par la Ville sont également appelées à s’intensifier, avec l’objectif d’en tirer entre 80 et 100 millions d’euros par an. La vente des hôtels particuliers de Haviland et de Montmorency a déjà permis de rapporter 11 millions et le maire espère obtenir un bon prix du Parc des Princes, toujours en négociation avec le Paris-Saint-Germain. Entre une dette qui a augmenté de 133 % sous Anne Hidalgo et que son successeur veut désormais « contenir », et des dépenses d’investissements qu’il souhaite maintenir autour de 1,6 milliard d’euros par an, l’exécutif ne voit pas comment relever autrement la part d’autofinancement. D’autant que, comme tous les ans, l’Etat se voit reprocher de faire peser une « contrainte budgétaire lourde » en poursuivant son désengagement des finances locales. « Le premier chiffrage des impacts du projet de loi de finances 2027 pour la Ville s’élève à 220 millions. Cela va être encore pire que l’année dernière », insiste Johanne Kouassi. Avec, à son appui, les communiqués du Comité des finances locales et des Départements de France qui dénoncent respectivement « une ponction inédite totalement disproportionnée » et la « brutalité des mesures annoncées ». Quant aux dépenses de fonctionnement, elles seront « optimisées », assure Johanne Kouassi, mais aucune économie drastique n’est à l’étude.

« Tournant de la rigueur »

Elus « insoumis » et écologistes ont pourtant une autre solution : augmenter la taxe foncière, déjà rehaussée de plus de 50 % en 2023. Si la proposition figurait dans le programme des premiers, les seconds s’y sont rangés progressivement. Aujourd’hui, ils l’évoquent « sans aucun tabou » : « Chaque point de hausse de la taxe foncière devrait rapporter entre 85 et 90 millions d’euros par an », calcule Guillaume Durand, coprésident du groupe écologiste. Soit, détaille-t-il, « 145 à 290 cours oasis, quatre à huit rénovations énergétiques complètes de groupes scolaires ou 22 à 44 kilomètres de pistes cyclables par point supplémentaire ». Durant la campagne, Emmanuel Grégoire n’envisageait pas d’agir sur cet impôt, mais ses adjointes Lamia El Aaraje et Johanne Kouassi se bornent maintenant à dire que ce n’est pas prévu « à ce stade ». « Le maire va taper fort sur la taxe foncière après les législatives 2027 », pronostique Grégory Canal, coprésident du groupe Les Républicains, qui voit venir un « tournant de la rigueur » après les élections. En attendant, la majorité municipale a déjà voté le doublement de la taxe sur les logements vacants et fait du lobbying à l’Assemblée pour obtenir deux autres leviers fiscaux : la « décorrélation » entre taxe foncière et taxe d’habitation sur les résidences secondaires pour pouvoir augmenter librement cette dernière, et la hausse de la taxe de séjour pour les palaces et hôtels de luxe. Enfin, d’autres recettes sont aussi en cours d’arbitrage : la création d’une redevance pour les voituriers des hôtels de luxe, une hausse des tarifs de piscine, une révision de ceux des stationnements ou encore une réforme du règlement des terrasses, qui compte 255 tarifs distincts et date de 2005.