A Marseille, premières tensions entre le maire Benoît Payan et son adjoint Amine Kessaci

Le temps des accolades débordantes d’émotion et du pacte politique est-il terminé entre le maire de Marseille, Benoît Payan (divers gauche), et son jeune adjoint écologiste âgé de 22 ans Amine Kessaci ? Les deux hommes devaient se voir, mercredi 23 septembre, dans le bureau du premier nommé pour évoquer des divergences qui ont explosé au grand jour plus d’une semaine auparavant. L’enjeu : statuer sur la proposition surprise du militant engagé dans la lutte contre le narcotrafic, qui a annoncé sa démission de la présidence du bailleur social de la ville, Marseille Habitat, qu’il pilote depuis mai 2026. La rencontre est finalement repoussée sine die, confirmant que la proximité et l’entente quasi filiale que les deux élus affichent depuis la campagne des municipales 2026 ne sont plus vraiment d’actualité. La crise couvait en interne. Elle s’est révélée mardi 15 septembre, lors du conseil d’administration de Marseille Habitat, au cours duquel Amine Kessaci a été mis deux fois en minorité par les élus de son propre camp, le Printemps marseillais. Les administrateurs ont d’abord rejeté la nomination à la direction générale de la candidate qu’il avait proposée, avant de refuser de lui confier directement le poste de président-directeur général. Deux camouflets que l’élu écologiste avait anticipés : il avait pris soin de convier des journalistes à la porte d’un conseil d’administration dont il comptait faire un quitte ou double. Désavoué, il leur annonce alors qu’il présente sa démission de la présidence de Marseille Habitat à Benoît Payan. « Ce sera à lui de décider s’il l’accepte ou pas », affirme-t-il, déterminé. Ce dernier prend son temps pour répondre à l’oukase de son jeune adjoint. Un délai d’autant plus surprenant que, depuis son élection, Amine Kessaci occupe le bureau juste en face de celui de Benoît Payan. Quand on lui fait remarquer qu’il n’a qu’à traverser le hall pour parler au maire de la ville, l’intéressé ne peut réprimer un éclat de rire juvénile. « Je comprends que l’agenda du maire de Marseille soit très chargé. Je suis à sa disposition », se reprend-il rapidement. Au quotidien La Marseillaise qui l’interroge sur la situation, Benoît Payan répond qu’il recevra l’intéressé car il a « besoin de comprendre ce qui l’a poussé à faire ce choix ». A la mairie, on s’étonne de l’obstination d’Amine Kessaci. « Amine a été prévenu que nous voterions contre sa proposition de directrice générale. Même le maire lui a dit », témoigne un membre du conseil d’administration.
« Aucune rupture politique »
Pour la majorité municipale, le curriculum vitæ de la candidate proposée – une ancienne directrice juridique de 13 Habitat, le bailleur social du département des Bouches-du-Rhône, visé par des enquêtes judiciaires et un rapport très critique de l’Agence nationale de contrôle du logement social – est rédhibitoire. Dans le camp Payan, on reproche aussi au jeune élu de ne pas avoir répondu aux appels dans les jours précédant le conseil d’administration. Et, faute originelle, de s’être séparé en juin du directeur général en poste jusqu’alors, un homme proche du Printemps marseillais et dont Benoît Payan estime qu’il a « donné toute satisfaction ». A ses proches, Amine Kessaci a dit sa colère et a aussi évoqué la possibilité de créer un groupe écologiste au sein de la majorité municipale. Une idée dont il sait parfaitement qu’elle horripile Benoît Payan et qu’Amine Kessaci dément au Monde, assurant qu’il n’y a « aucune rupture politique avec Benoît Payan ». Alors que se profile le procès des assassins présumés de son frère aîné, en octobre, qui va de nouveau le propulser au-devant de l’actualité, le jeune Marseillais abat aussi ses cartes sur le plan national. Amine Kessaci a officiellement déposé sa candidature au poste de porte-parole des Ecologistes, en remplacement de l’ancien maire de Grenoble Eric Piolle, dans l’élection interne qui se déroulera du 23 au 26 octobre. Il ne cache pas non plus son envie de se présenter de nouveau aux élections législatives, probablement programmées après la présidentielle. Un autre point de friction potentiel avec le maire de Marseille qui, en 2024, a pesé de tout son poids dans les candidatures concernant sa ville.