Revue de presse

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A Limoges, la « colère » » et la « sidération » après l’incendie qui a ravagé l’hôtel de ville

Le Monde · 18/10/2026 · ← revue

« J’étais horrifiée, mais malgré la violence de ce que je voyais, je n’arrivais pas à partir. » Au lendemain de l’incendie volontaire qui a ravagé l’hôtel de ville de Limoges, samedi 17 octobre, Anne (qui n’a pas souhaité donner son nom comme toutes les personnes citées par leurs prénoms) est revenue sur les lieux et se dit encore « effarée ». Comme cette enseignante de 47 ans, des centaines de badauds étaient présents dimanche matin, devant la façade en partie noircie de l’édifice, pour constater le désastre. « J’éprouve du dégoût », réagit Yacine, 26 ans, quand Marine, 18 ans, étudiante à la faculté de lettres, au bord des larmes, dit avoir « mal au cœur ». « Je ne comprends pas comment on a pu en arriver là. » Dimanche soir, un rassemblement pour déplorer les violences a été organisé place de la République, rassemblant 7 000 personnes selon la mairie. La veille, à l’issue de la manifestation contre la vie chère, qui a rassemblé 5 500 personnes à Limoges, un groupe d’individus s’est attaqué à l’aile est de la mairie, provoquant un incendie volontaire. En trois heures, la toiture du bâtiment historique inauguré en 1883, dont l’architecture s’inspire de l’Hôtel de ville de Paris, s’est totalement embrasée. La scène du brasier a suscité stupeur et incrédulité. « On voit d’ordinaire ces images sur BFM-TV à Paris, Lyon, Marseille, mais pas ici », commente Marie-Laure David, sapeuse-pompière volontaire, venue relayer ses collègues de Haute-Vienne mobilisés tout au long de la nuit. A Limoges, ville de 130 000 habitants (hors agglomération), du côté des manifestants, l’incompréhension est partagée. « D’habitude, quand on manifeste, c’est toujours bon enfant », poursuit Anne, l’enseignante dans le second degré, qui était dans le cortège dès 14 heures. « Il y avait de la tension, on a pris un peu de lacrymo, mais je ne me suis pas sentie en danger, et puis à 15 h 30, tout d’un coup, ça s’est dégradé. »

« Ça n’a aucun sens »

Même impression chez Jean-François Lahoucine, 40 ans, qui avait commencé le mouvement le matin. « On a déjà eu des manifs houleuses, se souvient ce facteur, syndiqué à la CGT. Là, au début, ça s’est super bien passé, et puis ça a dégénéré avec des échanges violents des deux côtés. On était près de l’autoroute, on s’est dispersé, mais j’ai entendu des groupes particulièrement énervés dire qu’ils allaient à la mairie, ça m’a inquiété. » Les faits lui ont donné raison. « J’éprouve de la tristesse et de la colère, contre ceux qui ont brûlé l’hôtel de ville, mais aussi contre l’Etat qui a laissé tomber Limoges », poursuit-il, relayant une polémique sur le retard des forces de l’ordre pour venir protéger l’édifice. Personne ne semble avoir vu venir l’attaque dans cette ville longtemps dite « rouge », surnommée la « Rome du socialisme », où fut fondée la CGT en 1895 et où des émeutes historiques se sont tenues en 1905. Chef de file de l’opposition municipale, le député La France insoumise (LFI) de Haute-Vienne, Damien Maudet, s’est dit lui-même « abasourdi, comme tous les Limougeauds » : « Ça n’a aucun sens. » « Il faut totalement déconnecter ces violences d’une tradition locale », analyse l’historien Philippe Grandcoing, qui souligne « une lecture complexe » et une « dimension nationale alimentée par les réseaux sociaux ». Mais il est possible que « la mairie étant passée à droite en 2014, elle soit devenue un point de fixation et de ralliement de la contestation » et, désormais, « de la haine ». Bien que l’enquête soit en cours, pour le maire (Les Républicains, LR) de Limoges, Guillaume Guérin, les coupables sont tout désignés : « C’est une manifestation pacifique, organisée pour des raisons légitimes, qui a été infiltrée par des gens cagoulés, surentraînés et armés. Ce ne sont ni des lycéens ni les jeunes des quartiers qui ont plutôt été dans un pillage d’opportunité des magasins, mais des militants de l’ultragauche. » Et de cibler la responsabilité de LFI dans ces violences. Des « accusations simplistes », selon Damien Maudet : « Personne n’a appelé à ce type de violences. C’est déplorable d’essayer de nous faire porter le chapeau. » « L’identification des casseurs étant en cours », le préfet de Haute-Vienne, Maurice Barate, évoque, au Monde, une « réaction coordonnée par des gens avec un objectif précis : faire tomber la société » ; « on est devant quelque chose de l’ordre du jamais-vu. On est face à des comportements dangereux de sauvagerie, de barbarie, totalement injustifiés et injustifiables. » Dix-sept interpellations ont déjà eu lieu, en majorité des pilleurs. Certains casseurs, selon le préfet, ne seraient pas de Limoges. « Cela reste à confirmer. »