Revue de presse

Copie archivée
📄 Copie archivéeBypass BPC (navigateur)Reformaté pour la lecture — sans pub ni fioriture.Ouvrir l'original ↗

Visé par des coups de feu, le prêtre avait fini conspué par la foule : l’incroyable fait divers qui a secoué l’Ille-et-Vilaine

Le Télégramme · 08/09/2026 · ← revue

Quelques minutes avant de se faire tirer dessus, l’abbé Chiloup est en train de célébrer un enterrement en l’église de Thorigné. La femme au pistolet est tranquillement assise au centre de la nef, enveloppée dans son manteau de fourrure. « C’est Jeanne Erhel, murmure le vicaire. Elle a l’air étrange. » Le curé acquiesce. Depuis plusieurs jours, Jeanne répète à tout le voisinage qu’elle va le tuer. L’homme de foi le sait. La police le sait. Pourtant, personne ne réagit à cette chronique d’une mort annoncée.

Le Mensuel de Rennes

Magazine curieux et (im)pertinent !

DécouvrezL’abbé visé par des tirs

Il y a six ans, l’abbé Chiloup a embauché Jeanne comme domestique. Mais il l’a congédiée : elle buvait trop. Depuis, la femme se fait menaçante. Elle le suit comme une malédiction : à Rennes, quand il prend son tramway à la Croix de la Mission. À Paramé, quand il profite de ses vacances. Elle apparaît toujours par surprise, pleure beaucoup et lui réclame de l’argent sous divers prétextes. La dernière fois, c’était 500 francs « pour acheter une auberge ». Une croque-lardon de première bourre ! En général, Chiloup s’esquive. Mais, ce 17 décembre 1904, elle le coince à la sortie de l’office. Le prêtre, agacé, retourne dans l’édifice désormais vide. Il ne voit pas que Jeanne sort son pistolet. Elle tire. Le tonnerre des coups de feu rebondit contre les arcades comme les trompettes du jugement dernier. Une balle troue les vêtements de l’abbé et finit dans une chaise. Terrorisé, il se barricade dans la sacristie, poursuivi par Jeanne en furie qui mitraille à tout-va. Des témoins, alertés par le bruit, interviennent et confisquent l’arme. Allez, hop, direction la police de Rennes. Le jour du procès, le public du Parlement de Bretagne tend le cou pour apercevoir Jeanne. On s’étonne de cette quadragénaire aux cheveux bruns, l’œil vif, qui s’empiffre de chocolat et rigole à chaque fois que le juge l’interroge. Elle est ravie d’être le centre de l’attention et se comporte comme si c’était elle la plaignante.

Pas plus d’une bouteille de cidre par jour

À la barre, les témoins décrivent une femme instable, des colères homériques sur fond d’eau-de-vie. Le docteur lui avait dit de se restreindre : pas plus d’une bouteille de cidre par jour ! Furieuse, Jeanne avait fracturé le cellier à la hache. Elle menaçait régulièrement de tuer le reste du personnel, jetait les assiettes, criait sur l’abbé… « Que voulez-vous, répond-elle, j’étais jalouse ! Je l’aimais ! » Visiblement insensible à ces élans de tendresse, Chiloup avait donc fini par renvoyer Jeanne. Elle avait juré de se venger et de lui faire payer des gages qui, selon elle, lui reviennent de droit. Le juge fronce les sourcils : « C’était un guet-apens ? - Je ne voulais pas le tuer, juste l’amener au tribunal ! » « Et la balle qui a fini dans une chaise ? - Dame, fallait bien qu’elle aille se loger quelque part ! Elle n’allait tout de même pas rester en l’air ! » Le verdict tombe : deux ans de prison, rapporte La Dépêche bretonne. Pourtant, c’est le pauvre abbé Chiloup qui doit s’enfuir du tribunal, sous les huées de la foule, conquise par les punchlines de son ex-employée.