« Une vraie frontière » : comment la rocade oppose les habitants de l’intérieur et de l’extérieur de Rennes ?
« J’habite Gévezé, je ne mets plus un pied dans Rennes depuis longtemps. » Cette réaction, postée sur Facebook à la suite d’un article du Télégramme (publié le 11 mai 2025), n’est pas isolée. De plus en plus de périurbains semblent vouloir « boycotter » la capitale bretonne.
Magazine curieux et (im)pertinent !
En cause, le sentiment d’insécurité et la difficulté à accéder au centre en voiture. Des réalités, certes, mais qui se heurtent à des barrières socio-culturelles plus profondes. En février 2018, Le Mensuel opposait déjà les « bobos » à vélo du centre-ville contre les « prolos » motorisés de la périphérie. Une représentation caricaturale qui colle à une réalité géographique.
Les métropolitains sont plus attachés à la voiture que les Rennais. Selon l’Audiar, l’agence d’urbanisme de l’aire rennaise, en 2018, 31 % des Rennais effectuaient leurs trajets dans l’aire urbaine en voiture, contre 60 % pour les métropolitains. La faute à un réseau de transport erratique passé la rocade. Mais pas uniquement. « Quand vous quittez votre BMW noire pour prendre le bus, vous abandonnez un statut social et votre liberté, analyse Guy Baudelle, professeur émérite en géographie. En revanche, si vous troquez votre voiture contre un vélo cargo, vous acquérez, aujourd’hui, un statut social plus valorisant. »
Sentiment d’insécurité
Cette fracture ville/campagne se mesure aussi dans la perception du sentiment d’insécurité. Dans l’inconscient collectif, les grands pôles urbains sont de plus en plus perçus comme des coupe-gorges, où vivraient les parias venus des quatre coins de la planète, mais aussi les élites de centre-ville à l’opposé de l’entre-soi rassurant des campagnes. Cette représentation peut sembler caricaturale à l’heure où les programmes d’habitat mixte explosent dans les communes de la périphérie. Elle demeure pourtant vivace, alimentée par le modèle de la « ville-archipel ».
À l’exception du « cœur de métropole », les bourgs restent séparés des tours par des espaces agricoles, la rocade faisant office de « cordon sanitaire ». Si la ceinture verte rennaise n’a jamais eu pour vocation, contrairement à d’autres agglos, d’instaurer une ségrégation sociale, la rocade constitue, de fait, une frontière pour une partie de la population. Cette perception d’une ville de Rennes vue comme une nouvelle Marseille, a aussi été renforcée par les réseaux sociaux et par la diffusion d’un discours anxiogène dans certains médias.
Et les commentaires recueillis sur les réseaux sociaux à la suite d’articles du Mensuel ou du Télégramme en sont un indicateur. Le regard varie selon que l’on habite intra ou extra rocade et selon son milieu socio-culturel. Là où les Rennais les plus favorisés tendent à relativiser les effets du narcotrafic, les métropolitains les plus modestes se montrent davantage enclins à les dramatiser.