« Une autre page va s’écrire » : le patron des 1 200 policiers d’Ille-et-Vilaine quitte ses fonctions
C’est le dernier chapitre du livre. Le regard de Yannick Blouin, Directeur interdépartementale de la police nationale (DIPN) d’Ille-et-Vilaine, se teinte de mélancolie au moment d’évoquer son départ. Après 46 ans de bons et loyaux services, le patron des 1 200 fonctionnaires bretilliens va officiellement quitter ses fonctions lundi 31 août 2026. Il s’apprête à prendre sa retraite, à l’âge de 64 ans, avec le sentiment d’avoir pu contribuer à changer les choses , mais le regret de ne pouvoir assurer le suivi de certains projets lancés sous sa direction. J’aurais aimé faire l’année de plus, mais on est nommé à discrétion, on est renouvelé aussi à discrétion. Je savais que sur chacun de mes postes, ça pouvait s’arrêter du jour au lendemain , souffle le responsable.
« Je ne m’attendais pas à voir les quartiers dans cet état »
Son arrivée en septembre 2023 dans la capitale bretonne, n’a pas été de tout repos. Yannick Blouin a dû faire face à des mouvements sociaux parfois tendus, mais aussi et surtout au développement du trafic de drogue et son lot de règlements de compte. À l’époque les fusillades avaient déjà commencé, on avait un peu déserté les quartiers avec les mouvements sociaux en début 2023, il a fallu les reconquérir. Cette nuit du 9 au 10 mars 2024 - durant laquelle un commando avait ouvert le feu pendant près d’une heure dans le quartier du Blosne - je m’en souviens encore , confie le DIPN. Ce qui m’a marqué c’est que je ne m’attendais pas à voir les quartiers dans cet état. Il se réjouit de voir que les armes parlent moins en cette année 2026. Tout ce travail que nous avons mené a compté, mais on ne va pas se reposer sur nos lauriers. Les points de deal ont reculé, mais le trafic existe toujours, il s’est adapté. Pour expliquer sa méthode, Yannick Blouin vante les mérites de la réforme de la police nationale, entrée en vigueur en 2024, qui a imposé une unicité de commandement en regroupant les filières. De quoi permettre, selon lui, d’assurer notamment une action collective contre le trafic, en faisant profiter la police judiciaire des renseignements précieux des unités de voie publique comme la Brigade anti-criminalité (BAC), ou les Brigades spécialisées de terrain (BST).
Une cinquantaine de trafiquants mis sous les verrous en 2024 et 2025
On a une cinquantaine de personnes en prison, pour les affaires de 2024 et 2025 , pointe ce policier aguerri. Ce sont des affaires qu’on a traitées en sept à huit mois maximum, grâce à la bonne entente avec le chef de parquet. À chaque fois, on lui dit où on en est dans l’enquête, ce qu’on a, et il décide quand on doit taper et combien de personnes. Tout cela ce sont des stratégies réfléchies. Avec en parallèle, une occupation du terrain via le lancement des opérations XXL à Rennes depuis fin 2023. La CRS 82, on l’a trois fois par semaine. Un pilonnage que cet ancien membre du régiment d’infanterie de marine se réjouit d’avoir pu initier. Lui qui s’est toujours passionné pour le judiciaire depuis qu’il a intégré les rangs des gardiens de la paix, sans diplôme en poche, avant de gravir marche par marche tous les échelons de la profession. Je pense qu’on ne m’aura rien épargné, je suis tout allé chercher tout seul. Grâce aussi à ma femme, qui m’a poussé pour que je passe les concours internes et qui a quand même accepté quatorze déménagements. Une aventure humaine que ce sexagénaire tenu à mener en gardant toujours une proximité avec les gens et les agents .
« Un homme humain et engagé »
Rénovation des locaux du commissariat de Rennes, négociations pour obtenir des places de stationnement pour les agents devant l’hôtel de police… Le responsable conserve l’image d’un chef à l’écoute des besoins des policiers. Nous garderons de lui le souvenir d’un homme profondément humain et engagé , confie Anthony Grelet représentant du syndicat Alliance Police. Dans une période de contraction des effectifs, avec de nombreux départs en retraite attendus, Yannick Blouin se réjouit d’avoir aussi pu expérimenter, en Ille-et-Vilaine, la formation initiale des policiers adjoints. Mais aussi d’avoir contribué à porter l’ouverture de deux hôtels de police, à Dinard et Cesson-Sévigné. Chose rare, en juillet dernier. Pour rendre hommage à ce directeur faisant l’unanimité en interne, des représentants et agents de tous les services se sont réunis dans la cour du commissariat pour lui rendre hommage. Ça fait chaud au cœur , souffle Yannick Blouin, encore ému. Une autre page va s’écrire pour moi maintenant. À compter du 14 septembre prochain, c’est la commissaire Laurence Lairet qui prendra la suite de la Direction interdépartementale de la police nationale d’Ille-et-Vilaine, pour une durée de trois ans.