Un véritable crash : en Ille-et-Vilaine, quand la justice se mêle du fiasco du campus The Land
Marketing béton mais diplômes bidon. Dans son édition d’octobre, en kiosque depuis vendredi, Le Mensuel de Rennes consacre une enquête aux « marchands de vent », ces écoles supérieures privées qui dérapent dans la capitale bretonne. Dérégulation, milliards d’argent public, opacité de gestion… le magazine revient sur leurs techniques pour appâter le chaland, les conditions de leur développement et les raisons de leurs difficultés du moment.
Alors qu’elles scolarisent près de 25 % des 78 467 étudiants rennais, l’enquête pointe notamment la multiplication des fermetures de certaines d’entre elles, survenues depuis le début de l’année 2026. Avec à la clef des étudiants, non diplômés ou dotés de titres sans valeur, laissés sur le carreau, endettés et sans perspective d’emploi.
Parmi ces dernières, le récent crash du campus The Land, installé à la Lande du Breil sur sept hectares, constitue un symbole de ces dérives.
Un crash qui se confond avec la trajectoire de son directeur, Jean-Marc Esnault. Inséré dans les cercles de notabilité, celui-ci a su surfer sur la libéralisation de l’alternance, l’absence de contrôle des contenus pédagogiques et une gestion peu contrôlée. Depuis la fermeture brutale du campus, l’intéressé, très présent dans les médias - il se présentait notamment comme directeur d’une revue, baptisée Ruralités, éditée par Ouest-France - a disparu de la circulation.
« Complicité » ou « excès de naïveté » ?
« Ce n’est pas la faute d’un seul homme, rappelle cependant Jean-Romain Chapy, délégué CGT-EP et membre du CSE de The Land dans Le Mensuel. On l’a laissé faire, malgré nos alertes. Est-ce par complicité ? Par excès de naïveté ? » Le magazine répond en partie à ces questions en les replaçant dans leur contexte politique et économique. À propos The Land, il révèle notamment les initiatives prises par le procureur de la République après l’annonce de la cessation d’activités le 1er septembre.
Le 7 septembre, le Parquet de Rennes a saisi la chambre des procédures collectives du tribunal judiciaire pour qu’elle vérifie « un éventuel état de cessation des paiements de l’association concernée ». De quoi permettre à la juridiction d’ordonner l’ouverture d’une procédure collective susceptible de sécuriser les parties. Une première audience s’est tenue le 21 septembre. Elle a été renvoyée au 16 novembre, la cessation de paiements n’ayant pas été formellement caractérisée.
Plainte au pénal étudiée
Selon nos informations, cette initiative visait notamment à vérifier que les frais d’inscription engagés par les étudiants à The Land seraient bien remboursés. Le doute a été levé sur le sujet.
En parallèle, des réflexions sont menées par certains parents d’élèves pour tenter de porter l’affaire devant une juridiction pénale, indique Le Mensuel. Les étudiants, soutenus par plusieurs initiatives émanant de la Direction de l’enseignement catholique (DDEC), de la Métropole et de l’État, ont réussi à trouver des solutions. Pour certaines très onéreuses. Reste néanmoins le sort des anciens salariés du pôle privé, le devenir du campus et des créances.
Imbroglio
L'enquête décrit l’imbroglio dans lequel doivent évoluer les autorités de tutelle. En cause : la cessation d’activités de The Land est intervenue alors que la scission entre son pôle d'écoles lucratives et les trois lycées agricoles privés réunis au sein du groupe Saint-Exupéry était encore en cours. Conséquences : il faut démêler des fils qui n’ont cessé d’être emberlificotés ces cinq dernières années (trésorerie, dettes, contrats de travail, actifs…).
Point positif, depuis l’annonce de la cessation d’activités, les différentes parties prenantes du conseil d’administration se parlent, explique l’un des membres de cette instance. Plusieurs conseils ont été réunis. « Il reste encore beaucoup de travail, mais nous sommes sur une trajectoire de sortie de crise », décrit cette même source. Restera ensuite à jauger de l’addition que chacun aura eu à payer dans cet épisode.