« Soit je devenais ministre de l’Éducation nationale, soit je démissionnais » : qui est Matthieu Blesteau, le directeur de l’Open de Rennes de tennis ?
Jubilé ou relance ? Stan Wawrinka en 2025, Dominic Thiem en 2022, Andy Murray en 2021… Régulièrement, l’Open de Rennes accueille un ex du top 10 mondial. Des stars en fin de carrière diront certains. Des sportifs en quête de points ATP, préfère Matthieu Blesteau. « C’est une vraie piste de relance. Quand Andy est venu, il venait de se blesser et sortait d’une défaite contre Thiem à l’US Open. Derrière, il a retrouvé le top 50 mondial très rapidement, illustre-t-il Pour attirer ces stars, on a la chance d’avoir Nicolas Mahut (numéro 1 mondial en double en 2016, NDLR) comme directeur sportif. Néanmoins, il faut être réaliste. On aura jamais un joueur du top 10 mondial au moment où il l’est. »
Le Mensuel de Rennes
Magazine curieux et (im)pertinent ! DécouvrezC’est qui ? Né il y a 47 ans à Rennes, Matthieu Blesteau a effectué sa scolarité au collège des Hautes-Ourmes et au lycée René-Descartes, avant de se lancer en étude de Staps à Rennes 2 et d’intégrer une université américaine pour jouer en équipe universitaire. Prof d’EPS pendant deux ans, il abandonne finalement le métier faute « d’ambitions sociales ». « Soit je devenais ministre de l’Éducation nationale pour tout changer, soit je démissionnais. » Il choisit la deuxième solution et se met à l’organisation de tournois de tennis de l’ATP Challenger tour, la « deuxième division » du circuit professionnel derrière l’ATP tour. Avec son associé, Arzel Mevellec, Il lance l’Open de Quimper en 2011, puis celui de Vendée, en 2013. Il prend la tête de l’Open de Rennes en 2016, sous la houlette de Rivacom et, depuis un an, de l’agence HopeN qu’il a fondée en 2025
« Rampe de lancement »
Trans musicales, Open de Rennes, même combat ? Matthieu Blesteau revendique en tout cas l’analogie. Quand le festival musical a lancé des stars comme Ben Harper, Kurt Cobain ou Stromae, le tournoi de tennis a été le révélateur de noms comme Jo-Wilfried Tsonga en 2006, Alexander Zverev en 2014 ou Stefanos Tsitsipas en 2018. « C’est le principe d’un tournoi challenger. Celui de l’étoile montante, la “rising star’’. On révèle les talents de demain. En plus de relancer des stars fragilisées, ou qui sont éliminées prématurément de l’US open (qui se déroule quelques jours plus tôt), on est une rampe de lancement. »
Balle au centre
2020. L’Open de Rennes quitte la salle Colette-Besson, à Bréquigny, pour le Liberté. L’entrée dans une nouvelle dimension pour le tournoi rennais. « On est passé de 8 000 spectateurs en 2015, à 20 000 en 2017. On était trop à l’étroit à Colette-Besson. Le déménagement au Liberté nous a permis de dépasser les 30 000. » Et le tournoi est passé de Challenger 75 à Challenger 100, l’échelon médian de la deuxième « division » du circuit professionnel. Conséquence de ce déménagement, il a fallu trouver 230 000 € hors taxes pour louer la grande salle de centre-ville. Comment ? En introduisant un contrat de « naming » avec l’opérateur immobilier Blot.
Court social
Le tennis sport élitiste, contrairement au foot ? Pas forcément, estime celui qui vient des Hautes-Ourmes. « J’ai arrêté d’être prof d’EPS justement car la dimension sociale n’était pas assez présente. » À la tête de l’Open de Rennes, il revendique sa fibre sociale en organisant des stages d’été dans les quartiers prioritaires. Il se targue également de proposer des prix imbattables : à partir de 4 € « pour huit matchs de tennis, même face à des joueurs du standing de Stan Wawrinka ». « Comparez avec un seul match de foot, même à des niveaux bien moins élevés que la L1. On est pas du tout dans les mêmes ordres de prix. » Tennis en terres battues ? Foot, hand, volley, rugby féminin… Si Rennes est une place forte des sports collectifs, elle ne brille pas pour la petite balle jaune. Pas de stars locales ni de véritable club municipal. Pourtant, l’engouement est réel autour du tournoi, que ce soit en affluence ou en ambiance. « On draine un public qui va au-delà des passionnés, grâce aux grands noms et aux animations autour du village en face du Liberté et à des tarifs attractifs. Mais c’est vrai que c’est frustrant d’avoir cette dynamique et, derrière, de devoir envoyer les jeunes dans des clubs d’autres villes, déjà saturés. Après, je sais que la Ville travaille à des infrastructures et à la création d’un club municipal. »