Sécheresse en Ille-et-Vilaine : l'approvisionnement en eau ...
Des canicules qui n’en finissent pas. De plus en plus longues, et de plus en plus fréquentes. Une crise en 2022 (seuil d’alerte 4 sur 4), une alerte renforcée en 2025 (3 sur 4), mais qu’en est-il de 2026 ? Avec trois épisodes de canicule depuis le mois de mai 2026, le scénario aride de 2022 pourrait se reproduire dans les semaines à venir. Depuis le mois de juin, l’Ille-et-Vilaine est en alerte. Des impacts sur la biodiversité et l’acheminement d’eau potable pointent déjà le bout de leur nez. Dans un département qui compte plus d’un million d’habitants, et qui ne cesse de se développer, la question se pose sérieusement : comment va-t-on réussir à avoir assez d’eau dans les années à venir ? L’Ille-et-Vilaine, et plus largement la Bretagne, stocke en effet très peu d’eau dans ses sols. Cela signifie que 75 % de l’eau que nous consommons provient des cours d’eau et barrages. Le territoire breton est donc particulièrement vulnérable face à la sécheresse.
« D’ici 2040, des sécheresses deux années sur trois »
Mercredi 15 juillet 2026, le cours d’eau du Canut était à sec. Il est l’une des ressources qui remplit le barrage de La Chèze-Canut, responsable de 20 % de l’eau potable. Elle est prélevée par Eau du Bassin Rennais, collectivité en charge du captage et de la distribution d’eau pour 82 communes soit 580 000 habitants. Si le niveau d’eau est déjà bas, le réchauffement climatique ne fait qu’amplifier cette problématique. Pour le président d’Eau du Bassin rennais, Ludovic Brossard : « nous devons travailler en amont avec les agriculteurs pour limiter les pesticides de synthèse et remettre en état les zones humides afin de mieux stocker l’eau . Une étude de l’agence de l’eau Seine Normandie dévoile qu’il coûte treize fois plus cher de traiter l’eau après, plutôt que de prendre le problème à la source , ajoute-t-il. Le département part avec un stock d’eau plus important qu’en 2022, car l’hiver a été pluvieux. Mais avec ces périodes de canicule à répétition, la gestion de l’eau risque de se compliquer. Actuellement, le barrage de La Chèze-Canut stocke 10,5 millions de m³. En 2022, il en comptait 14 millions au mois de juin. En cas de grande sécheresse, un prélèvement dans l’étang des Bougrières peut aller jusqu’à 1,5 million de m³ à partir du mois d’août et jusqu’à la fin de l’année détaille le syndicat mixte. L’enjeu serait donc de restaurer les zones humides. À cela s’ajoute que de polluants sont difficiles à détecter et qu’aucune usine d’eau potable en Ille-et-Vilaine n’est capable de délivrer une eau sans TFA (polluant éternel) termine-t-il. D’ici 2040, les sécheresses, telles qu’on les a connues en 2022, auront lieu deux années sur trois : On risque des ruptures d’eau potable », alerte-t-il. Cela se couple donc, inévitablement, avec une sobriété de notre consommation ».
« Des centaines de poissons morts »
En conséquence, le niveau des rivières, lui, ne cesse de décroître. Et les premières victimes sont les poissons. rapporte Jérémy Grandière, président de la Fédération de pêche d’Ille-et-Vilaine. Avec une température de l’eau avoisinant les 36 degrés pendant la canicule de fin juin, nombreuses sont les espèces qui n’ont pas survécu à ces conditions. Notamment les gros poissons comme le brochet, emblématique du département . Des cours d’eau comme la Seiche, le Marcillé-Robert sont quasi réduits à néant . À cela s’ajoute la disparition progressive de certaines plantes aquatiques qui servent de support de ponte aux poissons, remplacées par des plantes invasives qui accentuent le déséquilibre du milieu. On a l’impression que plus on retient de l’eau, plus c’est efficace alors que c’est complètement l’inverse. Il faut reméandrer (réduire la pente d’un cours d’eau) les zones humides et stocker l’eau correctement, c’est-à-dire, dans les sols », affirme Jérémy Grandière.
Un projet de loi d’urgence agricole
Ces questions sont au cœur des inquiétudes que suscite la loi d’urgence agricole, qui doit être examinée lundi 20 juillet 2026 à l’Assemblée nationale. Ce texte, fortement contesté par la gauche, a été déposé en réponse à la colère des agriculteurs. Il concerne les pesticides et la gestion de l’eau. Il prévoit notamment une augmentation de 50 % de la capacité de stockage de l’eau dédiée à l’agriculture. Il y a une volonté de mettre en tension les activités agricoles avec les autres usages de l’eau, alors que sur le territoire local on arrive à construire des solutions avec les agriculteurs pour retenir l’eau dans les sols », s’indigne Ludovic Brossard. Le président du syndical mixte rappelle enfin l’importance de ces zones humides très menacées : Elles stockent du carbone dans l’eau, ce sont les pépinières des cours d’eau conclut-il. Un projet qui porte un message négatif, estime-t-il vis-à-vis « de ceux qui agissent sur le terrain pour qu’on puisse bénéficier d’une eau en qualité pour la consommation humaine, agricole et les autres usages .