« Sans subventions, le billet dépasserait 100 € » : à Rennes, comment ce lieu culturel survit face aux coupes budgétaires
Pourquoi mettre en place un « tarif au choix » cette année ?
Patrice Le Floch, directeur du Triangle : Nous sommes confrontés à de nombreuses coupes budgétaires. Notre budget global de 900 000 € connaît une baisse d’environ 30 000 € sur deux ans. Cela impacte directement notre enveloppe artistique. Nous essayons d’y répondre en aménageant notre organisation interne ou en réduisant notre politique d’achat. Nous aurions pu augmenter brutalement le prix des places, comme cela se fait ailleurs. Mais cela aurait constitué un frein financier à l’accès à la culture. Sans subventions, le prix réel d’un billet d’entrée dépasserait les 100 €.
En quoi consiste votre initiative ?
Après concertation avec des habitants, des associations, des artistes ou encore des partenaires, nous avons donc décidé de préserver notre ancien tarif unique de 9 €, qui s’appelle désormais « tarif solidaire ». Puis nous suggérons un nouveau palier à 12 €, le prix que nous aurions dû normalement imposer si nous avions augmenté nos prix. Enfin, un tarif à 15 € pour les personnes qui souhaitent soutenir activement le projet. Cela permet de financer en parallèle des « billets suspendus ».
Comme les cafés suspendus, que l’on paye en avance dans les bars pour en faire profiter ceux qui ne peuvent pas se payer une conso…
Oui, ce sont des billets gratuits que nous mettons de côté pour des personnes très éloignées de l’offre culturelle. D’autres structures l’ont déjà testé avant nous, nous ne l’avons pas inventé.
Certains théâtres ont opté pour un prix libre où chacun donne ce qu’il veut, même rien du tout. Pourquoi pas vous ?
Le Triangle l’a déjà expérimenté il y a quelques années. D’un point de vue technique, c’est très lourd pour notre logiciel de billetterie. De plus, les gens auraient pu être déstabilisés et ne pas savoir combien payer.
Et ça marche ?
Il est trop tôt pour tirer un bilan, mais les premiers indicateurs sont particulièrement encourageants. Nous avons constaté une augmentation de nos recettes dès le premier jour.
Vous basez-vous sur des études de public ?
Non. Nous connaissons très bien notre territoire et ses habitants. Nous avons d’ailleurs célébré les 40 ans du Triangle l’an dernier. Nous préférons recueillir les retours directs du public sur le terrain.
Maintenez-vous le tarif réduit pour les étudiants ?
Oui, comme les autres tarifs de solidarité ciblés. Et nous mettons en place le quotient familial pour nos ateliers culturels. Chaque semaine, nous accueillons entre 700 et 800 personnes dans des cours de danse, de musique ou d’arts plastiques. Enfin, nous développons une programmation de plus en plus accessible : des représentations adaptées, des spectacles traduits en Langue des signes ou proposés en audiodescription. La culture doit rester accessible à tous. C’est crucial à une époque où la culture, au même titre que d’autres services publics, subit des attaques régulières et est trop souvent présentée comme un luxe superflu.