« Saint-Malo est la commune bretonne la plus exposée à la submersion marine » : un nouveau plan pour protéger les habitants face à ce phénomène
En cours de révision depuis le 13 mai 2025, l’actuel Plan de Prévention des Risques de Submersion Marine PPRSM), a fait l’objet d’une première présentation publique, le 6 octobre 2026, à Saint-Malo, dans la grande salle de la mairie annexe du quartier de Paramé, beaucoup trop petite. En moins de dix minutes, ses 140 places ont été occupées et au moins une cinquantaine de personnes sont restées à la porte ! « Une nouvelle réunion va donc être reprogrammée dans les prochaines semaines », a annoncé, en préambule, Jean-Bernard Iché, sous-préfet de Saint-Malo.
En introduction à cette première réunion publique, ce dernier a tenu à préciser ce qu’était un PPRSM, quels étaient ses objectifs. Pour rappel, un PPRSM ne donnera en aucun cas lieu à des travaux. « Le Plan de Prévention des Risques de Submersion Marine est un document réglementaire qui ne supprime pas le risque. Il le porte à la connaissance de tous. Le PPRSM organise l’aménagement du territoire afin de réduire la vulnérabilité des populations face à la submersion marine. »
L’actuel système de protection insuffisant
Depuis la mise en application du dernier PPRSM en 2017, toujours actuellement en vigueur, le système d’endiguement de Saint-Malo a été mis a mal par de nombreux événements tempétueux et l’élévation du niveau de la mer est une menace toujours plus réelle. Des tempêtes comme Éléonore, en 2018, Pierrick, en 2024, ont permis de caler de nouveaux modèles. Une étude de danger a même été réalisée par la collectivité au titre de sa compétence Gemapi. Et cette étude a montré que le système de protection face au risque de submersion marine à Saint-Malo était inférieur à une protection centenale. Les services de l’État ont donc été contraints d’engager plus tôt que prévu la révision du PPRSM pour renforcer la protection des populations » ont expliqué les différents intervenants de la DDTM 35 (Direction départementale des territoires et de la mer) à la réunion publique du 6 octobre dernier.
La ville de Saint-Malo, protégée par un important endiguement, est en effet directement menacée par les trois types de submersion marine existants, la submersion par franchissement (les vagues qui passent par-dessus la digue), la submersion par débordement (le niveau de la mer qui dépasse la hauteur des protections) et la rupture d’ouvrage (un morceau de digue qui lâche).
Principales évolutions à venir
L’idée avec le futur PPRSM, c’est de partir de l’existant. Il ne va pas remettre tout à plat mais il prévoit des évolutions. La plus notoire, pour les constructions futures à Saint-Malo (les nouveaux bâtiments comme les extensions des bâtiments actuels), consistera en la prise en compte renforcée de la cote des plus hautes eaux 2125 pour le premier plancher des logements + 30 cm d’épaisseur de dalle « pour s’assurer que les futurs logements seront hors d’eau » a expliqué cette ingénieure de la DDTM 35. « Le nouveau PPRSM prend en compte la hausse du niveau marin dans 100 ans, soit + 0,95M au lieu de + 0,60M. »
Autre évolution dans le futur PPRSM, l’intégration des opérations de renouvellement urbain avec réduction de la vulnérabilité en installant des protections (pose de batardeaux, installation de zones refuge, interdiction de logements en rez-de-chaussée).
Un ajout de bandes de précautions en zone portuaire suite au système d’endiguement en 2022 est aussi préconisé. « En cas de défaillance de l’endiguement, un suraléa sera matérialisé dans le nouveau PPRSM, une bande de précaution derrière les digues du Sillon et de Paramé « le zonage y reste très contraint avec des préconisations particulières par exemple sur les ouvrages, sur les huisseries. »
Quant aux zones rouges et oranges du plan (consultables sur le site officiel pprsm-saintmalo.fr), elles ne seront pas constructibles sauf exception. « C’est-à-dire qu’on peut y construire mais sous condition de réduire la vulnérabilité avec des matériaux adaptés, uniquement du renouvellement urbain avec des constructions au-dessus de l’eau » a précisé, Charles Pottier, le Directeur de l‘ Aménagement et de l’Urbanisme de la Ville de Saint-Malo.
À surveiller aussi à l’avenir selon le nouveau PPRSM, la partie basse du quartier de l’hippodrome de Marville, le secteur sud est de la ville en général. Les projections à 100 ans concernent l’hippodrome, l’hôpital, La Découverte et la zone industrielle sud.
A plusieurs reprises, lors de la réunion publique, des participants ont questionné sur les assurances des habitations dans les zones à risques. « Quand l’assurance d’une copropriété est en question, c’est un réel traumatisme pour les copropriétaires » a rappelé ce Malouin. Les ingénieurs de la DDTM ont tenu à rassurer. « Il faut tordre le coup que ces zones vont devenir des zones blanches en terme d’assurances. Il n’y a pas à ce jour d’assureur qui se désengage mais l’assurabilité reste une vraie question. »
Lancement de l’enquête d’utilité publique début 2027
« L’enjeu essentiel du nouveau PPRSM est bien de renforcer la sécurité des personnes » a répété le sous-préfet lors de la réunion publique. « D’ici son approbation fin 2027, il y aura des adaptations, des révisions dans le futur, rien n’est figé. Nous nous inscrivons dans des hypothèses encadrées. Ce qui m’intéresse, c’est de prendre en compte l’évolution des données scientifiques, des peuplements, des enjeux futurs pour une meilleure prise en compte du risque mais il est déjà plus que temps de faire évoluer le plan de 2017. »
Et Jean-Bernard Iché de rappeler que « le PPRSM, c’est une cartographie du risque de submersion marine qui permet de déterminer des zonages, donc de réglementer. La gestion de crise, c’est un dispositif qui passe par le plan communal de sauvegarde qui va organiser la chaîne de l’alerte si besoin. Le PPRSM est un document à vocation d’urbanisme pour prévenir, aménager le territoire en sécurité. Il sera annexé au PLU sur la commune de Saint-Malo sur lequel il prévaudra. »
iToutes les actions de prévention concrètes (élévation de digues, élargissement de cours d’eau), in situ, relèvent elles du PAPI, le programme d’actions de prévention des inondations.
De ce nouveau PPRSM 2027, il va en être question dans les prochains mois à Saint-Malo avec, tout au long de cet automne, la consultation des collectivités, l’organisation d’une nouvelle réunion publique aussi. Début 2027, l’enquête publique sera lancée et fin 2027, le nouveau PPRSM 2027 devrait pouvoir être approuvé.