Repérée lors de soirées étudiantes, cette Bretonne participe aux championnats du monde de bowling
Trois ans avant le sommet
Mis à part lors de ses premières expériences à la Wii, Célia n’avait pas d’affinité particulière avec le bowling avant d’être étudiante. Il y avait bien cet oncle qui tenait un bowling, « mais ça ne m’a pas influencée ». L’histoire entre la jeune femme et les quilles a commencé, comme pour beaucoup d’étudiants rennais, les jeudis soir au bowling d’Alma. « J’y allais régulièrement avec des amis de Rennes 2. Un jour, le président du club de Rennes m’a repérée. » Trois ans et demi plus tard, Célia s’apprête à disputer les championnats du monde à Munich. « Il n’y a pas énormément de licences, comparé au foot et au basket, donc l’ancrage dans le haut niveau est plus facile », explique-t-elle.
C’est qui ?
Âgée de 23 ans, Célia Jeanne-Delafosse est originaire de Saint-Lo, en Normandie. Elle est arrivée à Rennes pour ses études en 2020. Après sa licence information-communication à Rennes 2, elle enchaîne sur un mastère à l’école de management sportif, Amos, à Cleunay. Elle intègre le Roazhon Bowling Club en 2023, avant de rejoindre, l’an dernier, le club de Courbevoie, en Nationale 1. Côté palmarès, Célia a notamment récolté trois médailles de bronze et deux en or aux championnats méditerranéens à Ankara en 2025. Du 12 au 21 octobre, elle participera avec l’équipe de France aux championnats du monde à Munich. Parallèlement au bowling, elle travaille dans une société de transport.
Pop mais pas trop
The Dude. C’est ce personnage iconique de la pop culture dépeint dans le film The Big Lebowski (1998). Pour l’anti-héros fainéant et ses acolytes, le bowling, c’est plus qu’un loisir. « On n’est pas au Vietnam, on est au bowling, tu joues suivant les règles ! », clame Walter dans une réplique culte. Pour eux, comme pour Célia, le bowling, c’est du sérieux. Malgré les clichés. « Oui, le bowling est un sport très masculin, admet-elle, et il est aussi très populaire. Pourtant, quand on est au haut niveau, ça devient vite onéreux. Il faut compter 300 € pour une boule, en général, on en a six. Sans parler des déplacements, souvent à notre charge. »
Pistes aux étoiles
Rennes, place forte du bowling dans l’Hexagone ? « Je trouve qu’au niveau loisirs, le bowling est bien implanté à Rennes. » Avec le plus grand bowling de Bretagne à Cap Malo et Speedpark à Cesson-Sévigné, la capitale bretonne compte plus d’une quarantaine de pistes. Quid de la compét’ ? « Il y a eu un coup dur pour les licenciés avec l’incendie du bowling d’Alma (en janvier 2025). Beaucoup d’entre eux ont perdu leur matériel et certains ont arrêté, mais dans l’ensemble on n’est pas mal. Au club de Rennes, l’an dernier, il y avait environ 130 licenciés. » En revanche, pour le haut niveau féminin, Célia est la seule Bretonne.
Deux trous plutôt que trois
Vous vous élancez pour taper les quilles… Et ce satané pouce bousille votre trajectoire. Pour Célia, ce problème de « la sortie du pouce » est terminé. « Je me suis blessée et j’ai dû jouer sans le pouce, avec les deux mains et deux doigts. Après, j’ai compris que c’était une technique récurrente dans le bowling, surtout chez les hommes. Finalement, c’est beaucoup plus efficace. » Un peu plus esthétique aussi ? « Ce n’est pas le but du bowling. Les effets, ça permet de faire tomber un maximum de quilles. Il faut savoir que l’état de la piste change avec les passages, notamment l’huile. Un coup qui a marché six fois peut ne pas marcher une septième. »
Training day
Au haut niveau, le bowling est surtout une histoire de concentration. « Je ne dirais pas que c’est le plus important, mais pour moi, la partie mentale est plus importante que la technique. D’ailleurs, on a un préparateur mental en équipe de France. » Sur le plan physique, pas besoin de passer des heures à la salle. « J’en suis la preuve, je pèse 45 kg et je n’ai pas de muscles apparents. » La seule véritable contrainte physique, c’est le geste, qui implique une fente - une position du corps où la jambe est placée devant, genou fléchi, tandis que l’autre jambe est derrière- à chaque lancée. « Quand on a des tournois et qu’on fait 24 parties dans le week-end, ça fait beaucoup de fentes. »