Près de Redon, le Transformateur est un site hors du temps qui intrigue
Le large portail est solidement verrouillé par un câble antivol, comme un lieu interdit. De quoi faire demi-tour. Pourtant le site du Transformateur, au carrefour de la Vilaine et du canal de Nantes à Brest, à Saint-Nicolas-de-Redon (Ille-et-Vilaine) vaut le détour et se visite. Une fois l’accès trouvé, tout à côté de ce portail, le premier ressenti, en cet été 2026 caniculaire, est une énorme bouffée d’air chaud venue du sol. Et pour cause, une immense dalle de béton s’étire au loin.
De béton et de rouille
Deux immenses rangées d’arches métalliques attaquées par la rouille forment un squelette qui n’abrite plus rien mais qui accroche le regard. Ici ou là, la nature semble avoir repris ses droits alors qu’au loin la végétation plus dense laisse deviner les marais. Le mélange est étrange et confère à la visite un petit côté urbex. D’autant qu’en cheminant entre bâtiments fantômes et bosquets, on tombe sur des graffs d’artistes reconnus ou plus étonnamment sur des constructions en terre cuite. Décidément, le Transfo semble avoir vécu plusieurs vies. C’est le cas. Tout a commencé à l’après-guerre et l’installation sur ce site vierge, d’une entreprise industrielle de bois autour de la famille Sébilleau, dont Gaston l’un des fils du fondateur, ancien résistant, a été l’un des fondateurs des Seiz Breur.
Héritage d’un passé industriel
Dans le silence actuel des lieux, difficile d’imaginer aujourd’hui qu’à l’âge d’or, dans les années 1960, quelque 300 ouvriers s’y affairaient autour de la fabrication de caisses à bouteilles avec notamment plusieurs contrats avec des entreprises nationales. Alors que le plastique devient à la mode, s’y tourner est trop lourd puis trop tard. L’entreprise ira sur le marché industriel mais finira par péricliter. En 1983, Roger Sébilleau donne sa société à ses ouvriers sous forme de Scop qui se tournera vers l’habitat léger sans succès. Nous vivons dans un monde fait de violences et de compétitions sans pitié, où l’on gaspille les ressources naturelles […], nous courons à la catastrophe avec ce système inhumain, qui engendre des tensions insupportables , prophétisait alors l’industriel. Toute activité manufacturière s’est arrêtée en 1994 et le site de stockage qui a succédé a été fermé en 2001 après plusieurs inondations majeures.
Un site expérimental
Les élus locaux, peut-être inspirés par Roger Sébilleau, cherchent une alternative à la déconstruction. Des élèves de l’École nationale supérieure du paysage s’emparent du sujet du devenir du site avec les habitants. La conclusion sera détonante à l’époque : enlever les matériaux pollués ou dangereux et laisser la végétation s’emparer des cinq hectares, en confiant la gestion à une association, les Amis du Transfo. Avec une mission pas facile : faire comprendre que rendre à la nature ne passe pas forcément par la déconstruction et in fine l’enfouissement des gravats. Bien que minéral, le Transfo devenu propriété du conseil général de l’époque est contre toute attente, classé « espace naturel sensible ».
Reconquête végétale
C’est ainsi que grâce aux bénévoles, des chênes poussent entre les structures, que le Milan des marais a montré le bout de son bec et que les herbes percent les interstices du sol près des stalles de vaches nantaises qui ruminent paisiblement près de la Vilaine et que des petites forêts poussent à nouveau. Lieu ouvert, le site a accueilli plusieurs éditions de Graffo Transfo, une performance de graffeurs de haut vol donnant aussi un intérêt artistique à la visite. Il abrite aussi un centre de formation en écoconstruction. Reste une énigme : pourquoi le site s’appelle le Transformateur ? La réponse est selon les uns à chercher dans le passé industriel, pour les autres dans l’avenir. Le site du Transfo, rue des Chantiers à Saint-Nicolas-de-Redon. Respecter les interdictions sur place.