« On ne peut pas se contenter de 500 000 passagers » : le plan de l’aéroport de Rennes pour éviter le crash [Décryptage]
À l’étage de l’aéroport de Rennes, les principaux acteurs du dossier ont répondu présent, ce lundi 12 octobre. Devant un parterre d’invités de marque, le contrat de concession est signé : il lie pendant vingt ans la Région Bretagne, propriétaire de l’infrastructure, et les « nouveaux » gestionnaires. Les guillemets sont de mise car, pour piloter l’équipement sur les deux prochaines décennies, la collectivité fait le pari de la continuité. Elle reconduit le tandem Vinci - CCI, aux commandes depuis 2010, cette fois associé à la Sealar, spécialiste de la gestion des aéroports régionaux. Leur plan de vol a des allures de mission quasi-impossible : atteindre le million de passagers dans les cinq prochaines années.
Ainsi, les pilotes se voient sommés de doubler le trafic. En 2024 et 2025, quand d’autres réussissaient à renouer avec la croissance, la plateforme rennaise est restée scotchée à 500 000 voyageurs. Loin des 860 000, son record de 2018, avant que la crise sanitaire ne fauche ses perspectives. Mais la Région Bretagne assume son objectif. « On ne peut pas se contenter de 500 000 passagers », tranche Michaël Quernez, le vice-président aux transports. « Nous devons faire en sorte que cet aéroport retrouve l’activité qui devrait être la sienne. C’est le défi collectif qui est le nôtre. »
Pression du conseil régional
La Région n’y va pas par quatre chemins : elle ne financera plus les déficits d’exploitation des quatre infrastructures dont elle est propriétaire. La collectivité, dont les finances sont dans le rouge, a même mis fin à l’aviation commerciale à Quimper en 2023, auparavant maintenue en vie à grands coups d’argent public. La capitale bretonne est-elle promise au même avenir si la courbe ne s’inverse pas ? Michaël Quernez fait planer le doute. Et met la pression : « Il faut que nos plateformes aéroportuaires volent toutes seules. »
Plus facile à dire qu’à faire, alors que les nuages s’accumulent à l’horizon. Le transport aérien traverse de fortes turbulences, entre tensions géopolitiques, hausse du prix du kérosène et difficultés d’approvisionnement d’avions neufs. Un cocktail auquel s’ajoute l’instabilité fiscale. En 2025, les aéroports régionaux avaient vu s’alourdir la taxe de sûreté et de sécurité, répercutée sur les billets. Un tour de vis supplémentaire est annoncé dans le prochain budget. À Rennes, la facture acquittée par le passager passerait ainsi de 17,20 €, il y a encore trois ans, à 22 € à partir de l’année prochaine. D’où la crainte d’une fuite des compagnies low-cost, dont le modèle repose sur la recherche du prix le moins cher.
Attirer les compagnies low-cost, le nerf de la guerre
Certains homologues de Rennes en ont déjà payé le prix. Ryanair a par exemple quitté trois aéroports français en 2025. « Les infrastructures régionales sont en concurrence directe avec leurs homologues européens, souligne Rémi Maumon de Longevialle, directeur général de Vinci Airports. Pour attirer les compagnies aériennes, ils bénéficient souvent de conditions fiscales et réglementaires bien plus avantageuses. Par exemple, un passager au départ de l’aéroport de Barcelone paiera 7 € de taxes sur son billet. Un passager au départ de Rennes payera 35 € de taxes au total. »
Pour la capitale bretonne comme pour les autres, convaincre les low-cost de lancer de nouvelles lignes est pourtant la condition sine qua non du redressement. De ce point de vue, l’ouverture par EasyJet de deux nouvelles destinations vers Milan et Londres-Luton en 2027 est une bonne nouvelle pour l’équipement rennais. Comment répéter ce coup ? Les gestionnaires se gardent bien de dévoiler tous les secrets de leur stratégie pour séduire les grands noms du secteur. Ils comptent en tout cas conforter les atouts de « RNS », notamment la qualité du service apporté aux appareils. Mais aussi aux voyageurs eux-mêmes.
Un réaménagement du site et un « hub énergétique »
Sur ce dernier point, un plan de réaménagement du site, destiné à améliorer l’expérience usagers, a également été présenté ce lundi 12 octobre. Pas de coûteuse extension au programme : les plus gros investissements sont reportés après 2031 et conditionnés au retour à meilleure fortune. En revanche, l’aérogare et l’accès au site doivent être revus. L’arrivée des automobilistes se ferait désormais par le sud et non plus par le bourg de Saint-Jacques-de-la-Lande. La construction d’un « mail » destiné aux modes de transports doux est également sur la table. Des travaux prévus par étapes et échelonnés sur les cinq prochaines années.
Mais le point majeur de ce plan quinquennal est ailleurs : 23 millions d’euros sont annoncés pour déployer des panneaux photovoltaïques, d’une puissance totale de 29 MW. Il ne s’agit pas (seulement ?) de redorer le blason d’un secteur d’activité à l’empreinte carbone particulièrement lourde. Ce « hub énergétique » doit aussi permettre de dégager de nouvelles recettes, grâce à la revente de l’électricité produite sur le site. Ainsi, les pilotes de l’aéroport espèrent diversifier leurs revenus et s’affranchir un peu de la volatilité du marché de l’aviation.
Vinci entrouvre la porte à des « synergies » avec le concurrent de Nantes
Autre piste pour faire redécoller « RNS » : un rapprochement avec l’aéroport de Nantes, propriété de l’État et mastodonte aux 7 millions de passagers. Lequel, grâce à un avantage fiscal, lui fait beaucoup d’ombre. La Région avait plaidé pour une fusion au sein d’une même entité. Une idée a priori frappée au coin du bon sens : alors que Nantes sature, pourquoi ne pas profiter de la proximité de Rennes, sous-utilisée, pour y repositionner une partie des vols ? Las, la collectivité locale s’est heurtée au désintérêt du gouvernement, englué dans le dossier des pénalités à payer à Vinci pour l’abandon de Notre-Dame-des-Landes.
La porte semble cependant s’entrouvrir : Vinci Airports est fortement pressenti pour rempiler dans le cockpit de l’aéroport de Nantes. Aux manettes des deux infrastructures, la société est-elle partante pour organiser des synergies ? « On n’a pas attendu de voir les deux contrats renouvelés pour commencer à y réfléchir », élude son directeur général. Pas question d’entrer dans les détails, le volet nantais n’étant pas encore tout à fait clos. Il ne coupe pas court aux spéculations pour autant : « Les partenaires de la plateforme nantaise font déjà la promotion de Rennes auprès des tour-opérateurs et sur les évènements de l’industrie. Cela existe déjà et se développera, pourquoi pas… Qui sait ? »