« On est surpris et dégoûtés » : en Ille-et-Vilaine, un projet d’éoliennes autorisé contre toute attente

« Ils passent en force alors que tout le monde est contre. » Mickaël Boittin, membre du collectif La Chapelle-Janson Environnement (LCJE), est en colère. Cet habitant de la Chapelle-Fleurigné, qui milite contre l’implantation d’un parc éolien tout près de chez lui, pensait le dossier en bonne voie pour être abandonné. Mais cet été, le préfet a finalement autorisé la création du parc, malgré tous les avis défavorables récoltés. Les opposants ne baissent pas les bras et ont déposé un recours.
Une série d’avis défavorables
Par un arrêté signé le 26 juin dernier, le préfet d’Ille-et-Vilaine a donc donné son autorisation environnementale pour le projet de parc éolien. Initié en 2019 par le promoteur Voltalia, il prévoit l’implantation de trois éoliennes de 165 mètres sur la crête des « Hauteurs des Marches de Bretagne », pour une puissance totale de 10,8 MW — l’équivalent de la consommation annuelle d’environ 10 300 personnes selon le dossier. Mais – et c’est là que la situation surprend les opposants – cette autorisation intervient alors que tous les avis rendus au cours de la procédure ont été défavorables. Le conseil municipal de La Chapelle-Fleurigné s’est ainsi prononcé contre le projet dès juin 2022. Lors de l’enquête publique, du 17 novembre au 16 décembre 2025, plus de 91 % des contributions exprimées lui étaient également opposées. À son tour, le conseil de Fougères agglomération a voté le 15 décembre dernier contre l’implantation. La commissaire enquêtrice a rendu un avis, lui aussi défavorable, le 29 janvier 2026, suivi le 16 juin par la Commission départementale de la nature, des paysages et des sites (CDNPS) d’Ille-et-Vilaine. L’architecte des bâtiments de France a également maintenu son opposition. Valeur paysagère, zones humides, mesures sonores… Alors pour les opposants, la pilule passe mal. D’autant que plusieurs points négatifs ont été relevés. À commencer par la valeur paysagère du site d’implantation, sur la ligne de crête des Hauteurs des Marches de Bretagne. Le collectif LCJE conteste également la compatibilité avec le plan local d’urbanisme et le respect des zones humides. Ses membres ajoutent que la salamandre tachetée et la grenouille rousse s’y reproduisent, mais aussi que l’activité des chauves-souris y est importante. Ceci alors qu’aucune dérogation espèces protégées n’a pourtant été accordée. Enfin, les riverains s’inquiètent de l’impact sonore, déplorant que les mesures acoustiques ne soient prévues qu’après la mise en service. Autant de points de vigilance qui auraient dû faire pencher la balance aux yeux de LCJE. Mais ces avis restent consultatifs et le préfet avait donc légalement le droit de s’en écarter s’il estimait que le projet répond à l’intérêt général. Et c’est donc le chemin qu’il a choisi de prendre.
Pas opposés aux énergies renouvelables
De quoi provoquer la colère de Mickaël Boittin : « À quoi cela servait-il de consulter tout le monde ? », lance-t-il. Un recours a donc été déposé fin août et le collectif attend de pouvoir présenter ses arguments devant la cour d’appel du tribunal administratif de Rennes. « On n’est pas des militants », tient à ajouter le riverain. D’ailleurs, il rappelle qu’il n’est pas opposé aux énergies renouvelables, au contraire. « Je travaille dans ce domaine et j’en vends, notamment des panneaux photovoltaïques et des pompes à chaleur. Mais ce territoire-là n’est pas un plateau ; il est très vallonné et même si les éoliennes sont implantées à 500 mètres des habitations, le surplomb créera un effet d’écrasement énorme », développe-t-il. « Il y a suffisamment de bâtiments communaux pour faire du photovoltaïque ici. D’ailleurs, entre le photovoltaïque et la méthanisation, le territoire produit déjà l’équivalent de 60 % du rendement du projet éolien. » Ce sera désormais au juge administratif de réévaluer tous ces arguments. En attendant, le collectif veut « alerter davantage la population ». Personnalisez votre actualité en ajoutant vos villes et médias en favori avec Mon Actu.