« On a utilisé notre lance à eau pour les faire reculer » : à Rennes, la colère des pompiers caillassés par des lycéens
L’alerte tombe à 7 h 45. Un fourgon de la caserne Beauregard à Rennes est envoyé devant le lycée Coëtlogon pour un feu de conteneurs. À leur arrivée, six pompiers font face à une cinquantaine de jeunes venus pour bloquer l'établissement dans le cadre de la mobilisation lycéenne. Immédiatement, la situation dérape. Ils sont la cible de jet de projectiles : bouteilles, pierres ou morceaux d’asphalte arrachés. À 8 h, la police est appelée en renfort. Un chef de groupe est envoyé pour renforcer les équipes.
La tension se déplace ensuite dans la rue qui mène au lycée, où un important brasier est alimenté avec des poubelles du quartier. Mais l’hostilité des jeunes empêche les pompiers d’approcher. « Les manifestants faisaient un gros feu qu’on ne pouvait pas éteindre car on recevait des cailloux, mais ils étaient assez loin », retrace l’officier.
Visés par des cailloux, les pompiers répliquent à la lance à eau
Le basculement intervient vers 9 h 30. Positionnées près du pont de la SNCF, les forces de l’ordre progressent. La foule se replie vers les soldats du feu. « Les jeunes avançaient de plus en plus vers nous », poursuit le lieutenant présent sur les lieux. Durant dix minutes de face-à-face, les pompiers sont caillassés. De lourdes pierres tombent parfois sur leur casque.
Afin de faire retenir l’avancée des jeunes manifestants, les soldats du feu sont contraints d’utiliser les grands moyens : « On a utilisé notre lance et on a visé les jambes pour les faire reculer », décrit le lieutenant. Les pompiers doivent se replier dans l’enceinte du lycée où le personnel ferme les grilles pour les protéger des jets de pierres.
Pour débloquer la situation, les policiers contournent l’établissement par la rue Jean-Louis-Bertrand, traversent l’enceinte et dispersent le groupe à coups de grenades lacrymogènes. Vers 10 h, le brasier principal est enfin éteint.
L’accalmie est de courte durée. Dès le départ de la police, les manifestants reviennent, rallument des foyers et saccagent l’accueil et l’infirmerie de l’établissement. Évacués une première fois sur ordre de leur hiérarchie, les pompiers doivent revenir sous escorte policière pour éteindre un nouveau feu allumé dans l’enceinte du lycée, à quelques mètres des bâtiments. L’intervention prend fin vers 11 h.
« Ce qu’on vivait il y a 25 ans en région parisienne, on le vit à Rennes maintenant »
Pour le chef de groupe, 33 ans de service au compteur dont des débuts à Corbeil-Essonnes, le constat est amer : « Quand je suis arrivé à Rennes en 2001, les jeunes nous disaient bonjour dans les cages d’escalier. Ce qu’on vivait il y a 25 ans en région parisienne, on le vit à Rennes maintenant. »
Miraculeusement, aucun pompier n’a été blessé. Les sept hommes engagés porteront plainte individuellement. Le service d’incendie et de secours d’Ille-et-Vilaine portera également plainte. Ce mercredi en fin d’après-midi, le colonel Mathieu Malfait s’est entretenu avec ses hommes afin de leur assurer « le soutien total de leur hiérarchie. »