« Nous ne sommes plus en mesure d’assurer votre formation » : à Rennes, ce grand campus universitaire cesse brutalement ses activités
« Nous ne sommes plus en mesure d’assurer la poursuite de votre formation. » Les élèves ont été prévenus par un courriel lapidaire qui leur a été adressé hier, mardi 1er septembre, à 19 h 21. « À la suite de la décision du conseil d’administration du 31 août, l’établissement a été placé en cessation d’activités. Cette décision, prise dans un contexte contraint, entraîne l’arrêt immédiat de l’ensemble des activités pédagogiques. (…) La direction et les équipes restent mobilisées, pour un temps limité, exclusivement dédié à la mise en œuvre des obligations administratives liées à cette décision. » Établi sur un site de 7 ha à la Lande du Breil à Rennes, The Land se présente comme un campus « hybride ». Il regroupe une trentaine d’entités, dont une douzaine d’écoles supérieures, une offre en formation continue, des logements, une épicerie fine, un Think tank, un incubateur d’entreprises, des espaces « events »… Il employait environ 200 personnes, selon son directeur général.
Divorce avec les lycées agricoles
Créé en 2020, il comptait également trois lycées agricoles privés, scolarisant 700 élèves à Rennes, Vitré et La Guerche-de-Bretagne jusqu’à leur retrait du campus en novembre 2025. Cette séparation, imposée par leurs tutelles (DDEC, ministère de l’agriculture et Draaf), était intervenue après de multiples alertes des enseignants et la découverte de la situation financière dans lequel se trouvait The Land. Dans la foulée, le directeur général du campus, Jean-Marc Esnault, avait annoncé la transformation de The Land en The Land School of Management et conservé sa direction.
Crise managériale
Depuis 2024, The Land était secoué par une crise qui opposait Jean-Marc Esnault et les enseignants des lycées agricoles. En février 2024, lors d’une grève inédite et très suivie, ces derniers avaient exigé la démission de Jean-Marc Esnault et demandaient de recouvrir « leur liberté pédagogique, sans la tutelle de The Land ». En cause, les méthodes managériales du directeur général, son « opacité », « son mercantilisme », « l’invisibilisation des lycées au profit de The Land » et la chute continue de leurs effectifs. À l’époque, Jean-Marc Esnault s’était déclaré « très à l’aise sur (son) bilan ». « Je suis droit dans mes bottes. J’agis en accord avec mes convictions. », avait-il indiqué au Télégramme le 22 mars 2024. Depuis que je suis à la direction générale, The Land a vu ses effectifs apprenants et ses résultats économiques multipliés par trois. J’ai embauché 200 personnes." À cette crise managériale s’est ajoutée une crise économique. Sous l’impulsion de son médiatique directeur général, le groupe avait engagé près de 20 millions d’euros d’investissements en 2023 pour moderniser son site de la rue Fernand Robert à Rennes et lancer des programmes immobiliers. Cette expansion rapide reposait sur un modèle économique hybride cherchant à diversifier les revenus hors des subventions traditionnelles.Le 30 octobre 2025, une enquête réalisée par l’ONG Splann avait notamment révélé le déficit de 1,2 million d’euros du campus pour l’exercice 2023-2024 contre 75 000 € attendus au budget. Selon Splann, les délégués du personnel et les enseignants des trois lycées avaient appris l’info « avec stupeur » le 27 août 2025, juste avant la rentrée. Dans la foulée, la journée de pré-rentrée avait été brutalement annulée. En 2026, celle-ci avait été fixée le 7 septembre. Elle n’aura pas lieu. Jean-Marc Esnault n’a pu être joint à l’heure où nous mettons en ligne. Et le standard téléphonique de The Land sonne dans le vide.