Revue de presse

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« Ne pas se laisser imposer des décisions venues de Rennes » : pourquoi la périphérie bascule à droite ?

Le Télégramme · 02/10/2026 · ← revue

Six. C’est le nombre de communes -et non des moindres – perdues par la gauche lors des élections municipales en mars 2026 dans la périphérie rennaise.

Comment expliquer ce fossé entre la grande ville, indéboulonnablement ancrée à gauche, et sa périphérie, qui tend à basculer à droite ? Il y a évidemment la différence de perception de l’insécurité. Mais les réponses recueillies lors de nos appels à témoignages, comme les commentaires sur les réseaux sociaux en attestent : le sentiment d’être laissé-pour-compte grandit à mesure que l’on s’éloigne du cœur de métropole.

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Le sentiment de relégation des communes périphériques

Transports publics, équipements, offres culturelles… Les métropolitains disent se sentir lésés par rapport à la capitale bretonne et utilisent leur bulletin de vote pour dénoncer la différence de traitement – réelle ou fantasmée – entre les communes périphériques et Rennes. « Ce qui a déterminé mon élection, c’est la question du terminus de la ligne de trambus, illustre Jean-René Houssin (centre droit), fraîchement élu à la tête de Bruz. Les Bruzois ont souhaité reprendre la main et ne pas se laisser imposer des décisions venues de Rennes. »

Ce « dégagisme » ambiant se mesure aussi lors des scrutins nationaux. Le vote d’extrême droite augmente à mesure que l’on s’éloigne des grandes villes. Ce décalage entre la ville, sa périphérie et les espaces périurbains n’est pas propre à Rennes. Il se mesure de plus en plus, selon Jérôme Fourquet et Sylvain Manternach, géographes, par le « capital résidentiel » 1. À l’instar du capital culturel et du capital économique, chers au sociologue Pierre Bourdieu, l’indicateur du prix au mètre carré est devenu un marqueur essentiel du sentiment d’exclusion. Et du vote RN.

Concrètement, plus le prix de l’immobilier est élevé, plus le vote d’extrême droite est bas. « On constate que le niveau de vote RN est indexé sur ce que l’on a appelé un “gradient d’urbanité”, c’est-à-dire la distance qui sépare la commune étudiée de l’agglomération de plus de 100 000 habitants la plus proche. Sur le plan national, l’intensité du vote RN est la plus faible (24,6 %) dans les zones situées à moins de dix kilomètres du centre d’une agglomération de 100 000 habitants. Au fur et à mesure que l’on s’éloigne (…) de ces communes dont le capital résidentiel des habitants est tendanciellement le plus élevé, le vote RN monte en puissance alors que le capital résidentiel diminue. »

Aux élections législatives anticipées de 2024, le RN a ainsi recueilli 12 % des suffrages à Rennes, contre 22 % à Bruz, et 32 % à Domagné.

1- Comprendre la géographie du vote RN en 2024, Jérôme Fourquet, Sylvain Manternach, institut Terram, septembre 2024