Mort de Charles Josselin, ex-ministre et ancien président du département des Côtes-d’Armor
« Je sais la trace qu’il laisse et la douleur de tous ceux qui l’ont côtoyé et aimé. À sa famille, ses amis, ses camarades, j’adresse mes plus sincères condoléances », salue Olivier Faure, ce mardi en début d’après-midi, en mémoire de Charles Josselin, décédé à l’âge de 88 ans. L’homme politique né à Pleslin-Trigavou en 1938, dans le département des Côtes-du-Nord, dont il a dirigé le conseil départemental de 1976 à 1997 et l’a d’ailleurs renommé « Côtes-d’Armor ». Il avait également exercé durant toute sa carrière politique un grand nombre de mandats, tour à tour eurodéputé, député, conseiller régional, sénateur et maire de Pleslin-Trigavou de 1977 à 1997 ; mais aussi un certain nombre de fonctions ministérielles, comme secrétaire d’État au transport (1985-1986), à la mer (1992-1993) et ministre délégué à la coopération et la francophonie (1997-2002).
Un combat après le naufrage de l’Amoco Cadiz
Parmi ses batailles, il avait créé, aux côtés de l’ancien sénateur-maire de Ploudalmézeau (Finistère) Alphonse Arzel, un syndicat mixte de défense des communes du littoral nord de la Bretagne, destiné à obtenir réparations après les dommages provoqués par le naufrage au large de la Bretagne du pétrolier Amoco Cadiz en mars 1978, qui avait entraîné une importante marée noire. En avril 2008, il avait été reconnu coupable, avec le président PS du conseil général des Côtes-d’Armor de l’époque Claudy Lebreton, d’usage à des fins personnelles de voitures de fonction du conseil général à la fin des années 1990. Il avait été cependant dispensé de peine, le tribunal correctionnel de Paris jugeant que le dommage avait été « réparé », les sommes en cause remboursées et qu’en outre les faits étaient « anciens » et « isolés ».
Pluies d’hommages
Le président de la Région Bretagne Loïg Chesnais-Girard loue « un homme d’une grande culture, servie par une insatiable curiosité pour le monde qui l’entourait ». Selon lui, « elle nourrissait son goût de la conversation et l’attention qu’il portait à chacun et chacune ». Il salue également « une sacrée force de caractère » qui « savait où il voulait aller et ne renonçait pas facilement ». « Rocardien dans un Parti socialiste alors largement mitterrandien, il ne cherchait pas à gommer ce qui le distinguait, ajoute-t-il. Il croyait aux territoires et à la capacité des élus locaux à agir ». L’ex-ministre et ancien président de la Région Jean-Yves Le Drian se remémore sa victoire aux législatives, en 1973, contre René Pleven, dans les Côtes-du-Nord, comme d'« un événement majeur de l’histoire politique bretonne ». « Elle marque le début de l’essor et de l’enracinement des socialistes en Bretagne et ouvre une nouvelle période dont Charles aura été l’un des principaux artisans ». Celui qui dit avoir perdu « un compagnon de route de plus de quarante ans » ajoute : « Charles était de ceux qui ont compté dans mon propre parcours. Je lui devais beaucoup et je n’ai jamais oublié ce que ses conseils et sa confiance m’ont apporté ». Le député apparenté Renaissance des Côtes-d’Armor Éric Bothorel, venu du PS, y va également de son hommage. Sur le réseau social « X », il partage ce souvenir du temps où « Bernard Cazeneuve [était] son chef de cabinet quand Charles Josselin était à la Mer. Il le résumait ainsi : ''Charles Josselin, c’est une voix, une force, un engagement. C’est un Breton''. On ne saurait mieux dire. Mes pensées à sa famille et à ses proches ». L'actuel président du conseil départemental Christian Coail, rappelle, de son côté, ses grands faits d'armes : « C'est, d'abord, à Charles Josselin que les Côtes-d'Armor doivent leur nom. Je pense ensuite à son combat par rapport à l’Amoco Cadiz qui marqua les esprits dans la région (...) Sa vie fut faite d’engagements : opposition à la guerre en Algérie, lutte contre les inégalités, défenseur de la décentralisation. Autant de causes qui le conduisirent naturellement dans son engagement socialiste. Engagement socialiste et républicain qu’il incarna avec brio aussi bien en tant que maire de Pleslin-Trigavou, qu’au conseil général ou au Parlement. (...) Succédant à René Pléven à la présidence du conseil général en 1976, il fut en quelque sorte le précurseur des conquêtes de la gauche en Bretagne. A la tête du conseil général, il impulsa des politiques de justice sociale et, de manière précurseuse, en faveur de la protection de l’environnement. Je garde, enfin, en souvenir la personne, dont la chaleur humaine faisait un compagnon agréable avec qui échanger ».