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Marée humaine et scènes de pillage : Rennes retournée par la convergence des colères lors de mobilisation du 17 octobre [Vidéos]

Le Télégramme · 17/10/2026 · ← revue

« Je n’avais jamais vu ça », lâchent, de concert, un responsable de la CGT et un élu municipal avec 25 ans de manifs au compteur. Par l’affluence surprise, d’abord : au moins 30 000 manifestants selon les syndicats, 12 000 selon la préfecture. Un étiage très haut pour cette mobilisation du 17 octobre, encore très difficile à cerner la veille. Mais aussi par la multiplicité des revendications, celles des lycéens se mêlant à celles de leurs aînés. Et, enfin, par un niveau de violence rarement atteint, même dans l’éruptive capitale bretonne. Au point où l’ampleur des dégâts est encore difficile à cerner à l’heure où nous mettons en ligne.

Marée humaine dans les rues du centre-ville

Dès 6 h 30, la journée démarre sur les chapeaux de roue. Des groupes mobiles allument des barricades à plusieurs endroits de Rennes. Notamment sur la rocade nord-ouest, fermée à la circulation une partie de la matinée. Des blocages de rond-point sont tentés à trois entrées de la ville. Sur l’un d’eux, dans le quartier Cleunay, on croise surtout des jeunes masqués et vêtus de noir. Mais aussi quelques anciens gilets jaunes, comme Laurent Gallet, 56 ans et AESH : « Les automobilistes sont plus solidaires qu’à l’époque, veut-il croire. Il y a une lassitude que je n’avais pas vue à l’époque. » Il reste jusqu’à l’évacuation du barrage par les forces de l’ordre, à 13 h.

Juste le temps de se rendre au rassemblement place de la République, prévu à 14 h. Là, c’est une marée humaine qui envahit les lieux, en partie occupés par un chantier. Sans savoir où défiler : aucun parcours officiel n’a été déposé en préfecture. Tant bien que mal, la foule démarre, alors qu’un premier feu est allumé par des individus masqués, provoquant, quelques minutes après, des tirs de gaz lacrymogène et l’intervention du canon à eau. Début des affrontements qui ne vont pas cesser de la journée, là encore dans de nombreux secteurs de la ville.

Les forces de l’ordre en difficulté

Ce n’est pas un mais plusieurs cortèges, scindés par les opérations de maintien de l’ordre, qui défilent, dans une sorte de manifestation sauvage géante. De République à la gare, de la place de Bretagne à l’avenue Janvier, il y a du monde dans toutes les rues du centre-ville sud. Les lycéens sont présents en nombre, répétant les revendications des trois dernières semaines. « Il y a aussi beaucoup de familles et adultes », s’étonne Pauline. « Il suffit de voir la multiplicité des mots d’ordre. Il y a aujourd’hui une vraie convergence ». Sur les pancartes se côtoient des critiques de Parcoursup, d’Emmanuel Macron, du RN et du coût de la vie.

Pendant que la foule tourne en rond, les tensions n’ont pas cessé dans le secteur République. Des heures de face-à-face entre les forces de l’ordre et plusieurs centaines de casseurs. Jets de projectile, d’engins de chantier, de feux d’artifice… Sous leurs assauts, le dispositif de maintien de l’ordre, harcelé, recule. Alors que le centre historique, au nord de République, est d’ordinaire protégé de toute intrusion, les accès sont laissés à découvert. Il est alors environ 18 h. Le centre de Rennes bascule dans le chaos.

Pillages et scènes de chaos

Les Galeries Lafayette sont visées par un groupe de jeunes qui détruisent la vitrine puis tentent de défoncer le mur pour s’introduire dans le magasin. À quelques dizaines de mètres, de la fumée s’échappe de la boutique Orange, dont la grille a été défoncée. Plus loin de là, des individus s’introduisent dans le centre commercial Colombia. Zara, Foot Locker, Macadam baskets… La liste des enseignes ciblées par les pillages est trop longue pour être exhaustive.

« Le déferlement de violence orchestré par plusieurs centaines de casseurs et de pillards, qui font régner le chaos depuis le milieu de l’après-midi, est totalement sidérant, réagit la maire de Rennes, Nathalie Appéré. Les dégâts sont considérables (…). Je demande à l’État de tout mettre en œuvre pour protéger notre ville. » Il n’est même pas 20 h. La soirée et la nuit s’annoncent longues.