Lupin Dental va équiper les cabinets dentaires de robots d'intervention autonomes

Par Paul Molga
Les robots dentaires autonomes s'apprêtent à débarquer chez les dentistes. Après plusieurs essais cliniques dans trois centres médicaux en Inde et des publications scientifiques relatant leurs performances dans des revues de référence - « The International Journal of Prosthodontics » et « International Journal of Computerized Dentistry » -, leur concepteur marseillais Lupin Dental annonce avoir levé 14 millions d'euros en fonds propres pour amorcer son développement commercial. L'opération est menée par le fonds européen Invus, qui injecte 10 millions et prend 15 % du capital aux côtés des 55 actionnaires historiques - business angels et family offices - réinvestissant 4 millions après avoir financé l'entreprise depuis sa création en 2019. S'y ajoutent 2 millions d'euros de prêts accordés par Bpifrance (1,5 million), Cepac et Crédit Agricole. Les deux cofondateurs, Stefen Koubi et Galip Gurel, maîtres de conférences à la faculté d'odontologie de l'hôpital de la Timone et chirurgiens-dentistes de renommée internationale, conservent 40 % des parts. Leur entreprise, qui emploie 47 personnes dont 40 en France et 7 en Turquie, avait déjà réuni 30 millions d'euros, dont 5 millions sous forme de prêts.
Quinze brevets
L'appareil est un prototype opérationnel dont le bras robotique reproduit, seul, les gestes les plus fins des praticiens à l'aide d'une intelligence artificielle (IA) nourrie par « une base de connaissance universelle ». Plus de quinze brevets protègent sa conception. Selon la société, il équipe depuis janvier trois centres médicaux en Inde et serait intervenu sur une centaine de patients lui permettant d'obtenir une autorisation de mise sur le marché dans le pays, mais aussi aux Philippines et en Grande-Bretagne. « Les premières machines y seront installées en routine l'an prochain », explique son président, Stefen Koubi. La demande de certification européenne MDR (réglementation sur les dispositifs médicaux) sera déposée sous un mois pour une autorisation de commercialisation espérée fin 2027. Le robot Lupin sait intervenir sur des opérations de chirurgie délicates comme la pose d'implants, mais surtout sur le surfaçage dentaire qui nécessite un geste d'une précision de 200 microns hors de portée de la plupart des cabinets dentaires. C'est le premier marché visé par l'entreprise. Elle prévoit d'installer gratuitement ses robots chez des praticiens choisis en contrepartie d'une rétrocession d'honoraire sur chaque intervention, typiquement de 3.000 euros sur une « opération sourire » à 10.000 euros en moyenne comprenant le surfaçage de l'émail et la pose des facettes dentaires, ces coques en céramique qui améliorent l'apparence. Lupin Dental estime s'adresser à un marché mondial de 400 milliards d'euros, dont 7 à 10 milliards concernent l'esthétique et 50 milliards l'implantologie. « Notre robot va permettre aux dentistes de ville de proposer ce service encore réservé aux cabinets les plus prestigieux », ambitionnent les cofondateurs, connus pour le nombre de leurs conférences et ouvrages éducatifs. Lupin est une référence au célèbre gentleman cambrioleur : « On prend le savoir des spécialistes pour le donner aux praticiens lambda », dit Stefen Koubi. Son business plan prévoit l'installation de 120 machines à horizon 2030 pour un chiffre d'affaires espéré de 90 millions d'euros.