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Le tourisme des Côtes-d'Armor à l'épreuve du changement climatique

Les Échos · 31/08/2026 · ← revue

Le légendaire temps breton pourrait bien devenir un atout supplémentaire face au changement climatique. Alors que les épisodes de chaleur se multiplient dans l'Hexagone, les Côtes-d'Armor pourraient gagner en attractivité estivale, si l'augmentation des risques ne vient pas fragiliser l'activité touristique, deuxième secteur économique du département. Pour les anticiper, Côtes-d'Armor Destination, l'agence de développement touristique du département, s'est associée au Haut Conseil breton pour le climat. Une première étude de vulnérabilité a été menée dans quatre communes aux profils différents : Perros-Guirec, Lannion, Binic-Etables-sur-Mer et Jugon-les-Lacs. Avec l'objectif de mesurer les conséquences locales du changement climatique sur le tourisme et identifier des réponses concrètes. « Il ne faut pas attendre que la situation devienne trop complexe », résume Nadège Durand, directrice de Côtes-d'Armor Destination. Les diagnostics ont croisé les projections climatiques avec les documents d'urbanisme, les plans de prévention des risques et les données touristiques. Recul du trait de côte, submersion, inondations, baisse des débits des cours d'eau, qualité de l'eau ou évolution des écosystèmes ont été passés au crible.

La ressource en eau

Les diagnostics montrent surtout la diversité des conséquences du changement climatique selon les territoires. La ressource en eau apparaît comme un enjeu transversal, avec des conséquences sur l'alimentation en eau potable, les activités nautiques et la qualité des eaux de baignade. À Perros-Guirec, l'étude a confirmé le caractère stratégique de cette question, d'ailleurs considérée comme « un sujet majeur » par le maire de la ville, Erven Léon. « Nous avons été l'une des premières communes de Bretagne à nous lancer dans l'action « Commune engagée pour l'eau » menée par l'association Eau & Rivières. Cela s'est traduit par un certain nombre d'actions relatives à la sobriété, à la fois en interne et auprès des professionnels ». La commune a, par exemple, supprimé ses douches de plage en 2022 et cherche des ressources alternatives, notamment dans d'anciennes carrières, pour l'arrosage ou le nettoyage des rues.

Un afflux de visiteurs

Autre chantier : les mobilités. Quelque 87 % des visiteurs de Perros-Guirec arrivent en voiture. La commune développe ses navettes et ses infrastructures cyclables. Sa navette vers les plages a transporté 75.000 personnes en deux mois l'an dernier. « Cela montre un vrai changement d'habitude », observe Erven Léon. L'enjeu est d'autant plus important que la fréquentation pourrait progresser. Perros-Guirec accueille environ deux millions de visiteurs par an, avec des pointes à 60.000 personnes l'été pour 7.500 habitants permanents. « Nous devenons de véritables refuges climatiques », constate le maire, qui observe des visiteurs venus de territoires voisins lors des épisodes de forte chaleur. Pour Nathalie Travert-Le Roux, présidente de Côtes-d'Armor Destination et vice-présidente du conseil départemental, l'adaptation doit dépasser le seul secteur touristique. « Nous ne pouvons pas travailler en silo. Nous devons travailler ensemble, à l'échelle du département, des EPCI [établissements publics de coopération intercommunale, NDLR] et avec les acteurs économiques ». L'agence de développement touristique prévoit de relancer l'expérimentation dans deux nouvelles communes à la fin de l'année.

Stéphanie Bescond